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— Je comprends ce que vous voulez dire », répliqua Élayne avec une grimace. Nynaeve en doutait – Élayne avait une confiance totale en la Tour –mais elle avait aussi confiance en Rand.

Nynaeve ne voyait pas l’aura de la saidar, naturellement, mais l’intensité avec laquelle la jeune fille fixait ces objets détestables lui indiqua qu’elle canalisait. Les bracelets et le collier gisaient là. Élayne fronça les sourcils ; son regard devint encore plus intense. Brusquement, elle secoua la tête. Sa main resta en l’air un moment avec hésitation, au-dessus d’un des bracelets avant de le ramasser. Et de le relâcher aussitôt, le souffle coupé. « Il donne l’impression… Il est plein de… » Elle respira à fond et reprit : « J’ai fait ce que vous avez demandé, Nynaeve. Un marteau aurait fondu sous le Feu que j’ai tissé dedans, mais il n’est même pas chaud. »

Donc Moghedien n’avait pas menti. Sans doute avait-elle jugé que c’était inutile, qu’elle gagnerait sûrement. Comment cette femme s’était-elle dégagée ? Mais comment disposer de ces objets ? Elle ne les laisserait tomber entre les mains de personne.

« Maître Domon, connaissez-vous un endroit très profond dans l’océan ?

— Oui, Maîtresse al’Meara », répliqua-t-il lentement.

Avec précaution, s’efforçant de rester insensible aux émotions, Nynaeve poussa le collier et les bracelets à travers la table vers lui. « Alors jetez ces choses-là dedans, où nul ne pourra jamais les repêcher. »

Au bout d’un instant, il hocha la tête. « D’accord. » Il les fourra précipitamment dans la poche de sa tunique, répugnant visiblement à toucher quelque chose qui devait avoir un rapport avec le Pouvoir. « Dans la fosse la plus profonde de l’océan que je connais, près de l’Aile Somera. »

Egeanine regardait par terre d’un air sombre, sans doute songeant au départ du marin d’Illian. Nynaeve n’avait pas oublié qu’elle l’avait jugé « un bel homme bien bâti ». Elle-même avait envie de rire. C’était presque fini. Dès que Domon pourrait mettre à la voile, ces abominables bracelets et collier disparaîtraient à jamais. Elles pourraient partir pour Tar Valon. Et ensuite… Ensuite revenir à Tear ou dans n’importe quel endroit où se trouvait al’Lan Mandragoran. Avoir affronté Moghedien, se rendre compte combien elle avait été près d’être tuée ou pire, ne rendait que plus pressante sa volonté de mettre les choses au point avec lui. Un homme qu’elle devrait partager avec une femme qu’elle détestait mais, si Egeanine était capable de considérer avec affection un homme qu’elle avait naguère capturé comme prisonnier – et Domon, c’est certain, lui portait de l’intérêt – et si Élayne pouvait aimer un homme voué à devenir fou, alors elle-même était bien capable d’imaginer un moyen de se satisfaire de ce qu’elle obtiendrait de Lan.

« Si nous descendions voir comme “Thera” s accommode d’être une servante ? » proposa-t-elle. Bientôt en route pour Tar Valon. Bientôt.

56

Les-Yeux-d’Or

La salle commune de L’Auberge de la Source du Vin était silencieuse, à part le grincement de la plume de Perrin. Silencieuse et déserte à part lui et Aram. La lumière de fin de matinée formait des petites nappes de clarté sous les fenêtres. Aucune odeur de cuisson ne provenait de la cuisine ; aucun feu n’était allumé nulle part dans le village et même les braises couvant sous les cendres avaient été noyées. Inutile de mettre à portée de la main le cadeau du feu. Le Rétameur – il se demandait parfois si c’était juste de penser encore à Aram de cette façon, mais un homme ne pouvait cesser d’être ce qu’il était, avec ou sans épée – était appuyé au mur près de la porte d’entrée, observant Perrin. Qu’attendait-il ? Que voulait-il ? Plongeant sa plume dans le petit encrier de pierre, Perrin mit de côté le troisième feuillet et en commença un quatrième.

Franchissant la porte, arc en main, Ban al’Seen frotta d’un doigt du haut en bas son gros nez avec malaise. « Les Aiels sont de retour », dit-il d’un ton calme, mais ses pieds remuaient comme s’il ne réussissait pas à ce qu’ils se tiennent tranquilles. « Des Trollocs arrivent du nord et du sud. Par milliers, Seigneur Perrin.

— Ne m’appelle pas comme ça », répliqua machinalement ce dernier en regardant la page, les sourcils froncés. Il n’était pas habile à manier les mots. Il ne savait certes pas dire les choses de la manière élégante qu’aiment les femmes. Tout ce dont il était capable, c’est d’écrire ce qu’il ressentait. Trempant de nouveau sa plume, il ajouta quelques lignes.

Je ne demanderai pas ton pardon pour ce que j’ai fait. Je ne sais pas si tu pourrais me l’accorder, mais je ne veux pas le demander. Tu es plus précieuse pour moi que la vie. Ne pense jamais que je t’ai abandonnée. Quand le soleil brille sur toi, c’est mon sourire. Quand tu entends la brise souffler à travers les fleurs de pommier, c’est moi qui murmure que je t’aime. Mon amour est à jamais à toi.

Perrin

Pendant un instant, il étudia ce qu’il avait écrit. Cela ne disait pas assez, mais devrait suffire. Il n’avait pas les mots justes pas plus qu’il n’avait de temps.

Séchant soigneusement l’encre humide avec du sable, il plia les pages ensemble. Il faillit écrire dessus « Faile Bashere » avant de le transformer en « Faile Aybara ». Il s’avisa qu’il ne savait même pas si une épouse prenait le nom de son mari dans la Saldaea ; il y avait des endroits où elle ne le prenait pas. Bah, elle s’était mariée avec lui dans les Deux Rivières ; elle aurait à se conformer aux usages des Deux Rivières.

Il plaça la lettre au milieu de la tablette de la cheminée au-dessus de l’âtre – peut-être qu’elle finirait par la recevoir – et rajusta le large ruban rouge de mariage derrière son col pour que les pans tombent correctement sur les revers de sa tunique. Il était censé le porter pendant sept jours, une indication à tous ceux qui le verraient qu’il était nouvellement marié. « J’essaierai », dit-il très bas à la lettre. Faile avait voulu lui nouer un ruban dans la barbe ; il regrettait de l’en avoir empêchée.

« Pardon, Seigneur Perrin ? demanda Ban qui remuait toujours ses pieds avec anxiété. Je n’ai pas entendu. » Aram se mordait la lèvre, les pupilles dilatées et le regard effrayé.

« Temps de se mettre à l’ouvrage », dit Perrin. Peut-être la lettre lui arriverait. D’une manière ou d’une autre. Il prit son arc sur la table et l’accrocha dans son dos. La hache et le carquois étaient déjà suspendus à sa ceinture. « Et ne m’appelle pas comme ça ! »

Devant l’auberge, les Compagnons s’étaient rassemblés à cheval, Wil al’Seen avec cette ridicule bannière à la tête de loup, la longue hampe reposant sur la ferrure de son étrier. Combien de jours depuis que Wil avait refusé de porter ce machin ? Les survivants de ceux qui s’étaient joints à lui dès le premier moment en gardaient jalousement le droit à présent. Wil, avec son arc sur le dos et une épée au côté, avait l’air fier comme un imbécile.

Tandis que Ban se hissait sur sa selle, Perrin l’entendit qui disait : « Le gars est aussi calme qu’une mare en hiver. Comme de la glace. Peut-être que cela ne se passera pas trop mal aujourd’hui. » Il y prêta à peine attention. Les femmes étaient rassemblées sur le Pré Communal.