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Sur la corniche même se tenait une femme blonde aussi couverte de bijoux que la femme là-bas près des pavillons de la foire, un châle gris drapé sur ses bras – Sevanna, bien sûr, – et quatre chefs de clan, aucun armé à part son long poignard de ceinture, et un qui était l’homme le plus grand que Rand avait jamais vu. Bael, des Aiels Goshiens, d’après les descriptions données par Rhuarc ; il était plus grand d’au moins une main que Rhuarc ou lui-même. Sevanna parlait, et un effet de résonance due à la forme du canyon propageait nettement partout ce qu’elle disait.

« … l’autoriser à prendre la parole ! » Sa voix était tendue et coléreuse. Tête haute et dos droit, elle essayait de dominer la corniche par sa seule force de volonté. « Je l’exige comme étant mon droit ! Jusqu’à ce qu’un nouveau chef soit choisi, je remplace Suladric et les Shaidos. J’exige le respect de mes droits !

— Vous représentez Suladric jusqu’à ce qu’un nouveau chef soit choisi, Maîtresse-du-toit. » L’homme aux cheveux blancs qui parlait d’un ton irascible était Han, chef de clan des Tomanelles. Le visage comme du cuir sombre ridé, il aurait été plus grand que la moyenne au pays des Deux Rivières ; pour un Aiel, il était petit, encore que bâti en force. « Je ne doute pas que vous ne connaissiez bien les droits d’une Maîtresse-du-toit, mais peut-être pas aussi bien que ceux d’un chef de clan. Seul celui qui est entré dans Rhuidean est autorisé à parler ici – ainsi que vous qui représentez Suladric. » – Han n’en paraissait pas réjoui, mais aussi il avait l’air d’être rarement content. – « Or les Exploratrices de Rêves ont dit à nos Sagettes que Couladin s’était vu refuser le droit d’entrer dans Rhuidean. »

Couladin cria quelque chose, manifestement furieux mais impossible à comprendre – apparemment, l’effet de résonance du canyon ne se produisait que depuis la corniche – mais Erim, des Chareens, ses propres cheveux roux presque à moitié blancs, lui coupa rudement la parole. « N’avez-vous aucun respect pour la loi et la coutume, Shaido ? N’avez-vous pas d’honneur ? Gardez le silence ici. »

Quelques yeux sur les pentes se tournèrent pour examiner les arrivants. Une série de coups de coude se propageant de proche en proche fit se tourner d’autres à la vue de deux étrangers à cheval en tête des chefs d’enclos, et l’un des cavaliers suivi de près par des Vierges de la Lance. Combien d’Aiels le dévisageaient ? se demanda Rand. Trois mille ? Quatre ? Davantage ? Pas un n’émettait un son.

« Nous nous sommes rassemblés ici pour entendre une grande proclamation quand tous les clans seront là », déclara Bael. Ses cheveux roux foncé grisonnaient aussi ; il n’y avait pas de jeunes gens parmi les chefs de clan. Sa haute taille et sa voix grave attirèrent sur lui les regards. « Quand tous les clans seront là. Si ce dont Sevanna désire seulement discuter est qu’on donne la parole à Couladin, je rentre attendre dans mes tentes. »

Jheran, des Shaarads, ennemis mortels des Goshiens de Bael, était un homme élancé, avec de nombreuses mèches grises dans ses cheveux châtain clair. Élancé, comme l’est une lame d’acier ; il parla sans s’adresser à l’un des chefs en particulier. « Je dis que nous ne retournions pas dans nos tentes. Puisque Sevanna nous a amenés ici, discutons de ce qui est à peine moins important que la proclamation que nous attendons. De l’eau. Je désire discuter de l’eau à la Halte de la Crête de la Chaîne. » Bael se tourna vers lui d’un air menaçant.

« Imbéciles ! s’exclama sèchement Sevanna. J’en ai assez d’attendre ! Je… »

C’est alors que ceux qui se trouvaient sur la corniche prirent conscience des nouveaux venus. Dans un silence profond, ils les regardèrent approcher, les chefs de clan la mine sévère, Sevanna l’air furieuse. C’était une jolie femme, loin d’avoir atteint l’âge mûr – et paraissant d’autant plus jeune d’être parmi des hommes qui avaient largement dépassé ce stade – mais avec une bouche qui lui donnait une expression cupide. Les chefs de clan avaient de la dignité, même Han avec son visage revêche ; elle avait quelque chose de calculateur dans le regard de ses yeux vert clair. Au contraire de toutes les Aielles que Rand avait rencontrées, elle portait son ample corsage blanc délacé assez bas pour montrer une importante partie du sillon entre ses seins hâlés, encadré par ses nombreux colliers. À leur façon d’être il aurait reconnu les hommes comme des chefs de clan ; si Sevanna était une Maîtresse-du-toit, elle ne ressemblait strictement en rien à Lian.

Rhuarc s’avança à grands pas droit vers la corniche, confia ses lances et son bouclier, son arc et son carquois à ses Boucliers Rouges et monta sur la plateforme. Rand tendit ses rênes à Mat – qui marmotta : « Que la chance soit avec nous ! » en examinant les Aiels autour d’eux ; Adeline adressa un signe de tête encourageant à Rand – et il passa directement de sa selle à la corniche. Un murmure surpris résonna dans le canyon.

« Qu’est-ce qui te prend, Rhuarc, d’amener ici ce natif des Terres Humides ? s’exclama Han d’un ton mécontent. Si tu ne veux pas le tuer, au moins fais-le descendre, qu’il ne se tienne pas ici comme un chef.

— Cet homme, Rand al’Thor, est venu parler aux chefs des clans. Est-ce que les Rêveuses ne t’ont pas averti qu’il m’accompagnerait ? » Les paroles de Rhuarc suscitèrent un murmure bruyant de la part de ceux qui écoutaient.

« Mélaine m’a raconté bien des choses, Rhuarc, répliqua Bael d’une voix lente, en regardant Rand d’un air sévère. Que Celui qui Vient avec l’Aube était sorti de Rhuidean. Tu ne veux pas soutenir que cet homme… » L’incrédulité étouffa sa voix.

« Si ce natif des Terres Humides peut parler, déclara vivement Sevanna, alors Couladin aussi. » Elle leva une main d’un geste souple et Couladin escalada la corniche, le visage en feu.

Han se retourna contre Couladin. « Descends, Couladin ! C’est assez fâcheux que Rhuarc viole la coutume sans que tu t’y mettes aussi !

— Il est temps d’en finir avec des coutumes désuètes ! » cria le Shaido aux cheveux d’un roux ardent en se dépouillant de sa casaque nuancée de brun et de gris. Crier était inutile – ses paroles se répercutaient dans tout le canyon –mais il ne baissa pas la voix. « Je suis Celui qui Vient avec l’Aube ! » Remontant les manches de sa chemise au-dessus du coude, il dressa les poings en l’air. Autour de chaque avant-bras s’enroulait une créature serpentine aux écailles rouge et or, avec des pieds aux luisances métalliques chacun terminé par cinq griffes dorées, la tête à la crinière dorée reposant sur le dos de ses poignets. Deux Dragons parfaits. « Je suis le Car’a’carn ! » Les clameurs que cela suscita en retour résonnèrent comme le tonnerre, les Aiels se levant d’un bond et poussant des cris joyeux. Les chefs d’enclos aussi étaient debout, les Taardads se regroupant avec inquiétude, les autres acclamant de toutes leurs forces.

Les chefs de clan avaient l’air abasourdi, même Rhuarc. Adeline et ses neuf Vierges soupesaient leurs lances comme si elles s’attendaient à s’en servir d’un instant à l’autre. Jaugeant du regard la gorge menant à l’extérieur, Mat enfonça son chapeau sur sa tête et guida les chevaux jusqu’à la corniche, incitant subrepticement du geste Rand à se remettre en selle.

Sevanna souriait d’un air suffisant en rajustant son châle tandis que Couladin allait se placer à grandes enjambées sur le devant de la corniche, les bras levés. « J’apporte du changement ! cria-t-il. Comme l’annonce la prophétie, j’apporte des jours nouveaux ! Nous franchirons encore une fois le Rempart du Dragon et nous reprendrons ce qui nous appartient ! Les gens des Terres Humides manquent de nerfs mais pas de fortune ! Rappelez-vous les richesses que nous avons rapportées lors de notre dernière incursion dans les Terres Humides ! Cette fois-ci nous prendrons tout ! Cette fois-ci… ! »