Après une sérieuse alerte à bord de La Mouette Grise prouvant que son mystérieux ennemi n’a pas désarmé, Mat accoste avec Thom à Aringill et s’enquièrent d’une auberge où se restaurer, dormir et prendre des chevaux pour continuer leur voyage. Ils ne dénichent qu’une écurie, mais Mat y recevra un cadeau fort utile pour la suite des événements, cela grâce à l’élan chevaleresque qui l’a poussé à secourir Aludra, l’illuminatrice.
L’Oie des Neiges arrive à Illian. À l’auberge où ils descendent, Perrin est de nouveau en proie à des rêves annonciateurs de danger. Il se tient sur ses gardes et décèle ainsi la présence d’Hommes Gris dont il pare l’attaque avec ses compagnons. Moiraine va seule à la recherche de renseignements. Pendant son absence, Lan constate qu’un Chien des Ténèbres les a suivis à la trace. Il court rejoindre Moiraine pour la prévenir. Moiraine qui a découvert qu’un Réprouvé gouverne à Illian. C’est le signal d’un nouveau départ dans l’obscurité où ils entendent hurler une meute de Chiens Noirs, les Féroces Chiens des Ténèbres.
De leur côté, Mat et Thom ont atteint leur but – la cité de Caemlyn, au grand soulagement de Mat qui tient à se débarrasser de la lettre d’Élayne à sa mère, cause à son avis de toutes leurs mésaventures. Or la situation s’est modifiée à Caemlyn. La Reine Morgase a un nouveau conseiller, Gaebril, qui a changé la garde en y mettant des hommes à lui, ce qui complique la mission de Mat. Se souvenant de l’intrusion de Rand qui avait escaladé un mur, il suit cet exemple et surprend une conversation entre un inconnu et un autre que cet inconnu appelle Comar, où il est question de tuer la Fille-Héritière. Parvenu jusqu’à la souveraine, il découvre que l’inconnu n’est autre que Gaebril. Il donne la lettre mais tait son identité et son secret car Morgase semble très éprise de Gaebril. De retour à l’auberge de La Bénédiction de la Reine que tient Basel Gill, partisan de Morgase, il raconte à Thom et à Maître Gill ce qu’il a entendu. Il se prépare à reprendre avec Thom le chemin de Tear où se rendent Élayne, Egwene et Nynaeve.
Elles y sont déjà. Voulant éviter les auberges que l’Ajah Noire surveille sûrement, Nynaeve déniche la maison d’une Sagette, Ailhuin Guenna, qui sera pour elles l’hôtesse idéale. Elle leur présente un « preneur-de-larrons », Juilin Sandar, susceptible de retrouver pour elles les Aes Sedai félonnes.
Fermement décidé à devancer Comar, l’assassin envoyé par Gaebril, Mat est servi par sa fameuse chance et le trouve dans une auberge. Dans un affrontement aux dés qui se transforme en duel, Comar se brise la nuque et meurt non sans avoir pu révéler qu’il n’est pas le seul à pourchasser Élayne.
Moiraine et ses compagnons entrent aussi à Tear où – ils le savent – le Réprouvé Be’lal veut s’emparer de Callandor pour tuer le Dragon Réincarné à l’instant où celui-ci aura pris en main l’Épée qui n’est pas une Épée et deviendra selon la Prophétie le Dragon Réincarné. La forteresse de Tear, la Pierre, est le lieu vers lequel tous convergent. Et sera le théâtre de terribles confrontations.
Liandrin et ses compagnes de l’Ajah Noire, plus rapides que Nynaeve, l’ont surprise avec Élayne et Egwene chez la Mère Guenna. Cependant que les trois jeunes filles souffrent emprisonnées dans la Pierre, Mat cherche à s’y introduire pour les délivrer, assisté de Juilin Sandar – celui-là même par qui Liandrin a découvert leur présence à Tear. Dans l’ombre des cheminées et des toits de Tear, il rencontre les Aiels venus chercher Celui-qui-Vient-avec-l’Aube. Autrement dit, Rand, qui grimpe le long de la muraille à pic et qui accomplit la Prophétie, saisissant Callandor, acclamé par les Aiels.
Ainsi s’achève Le Dragon Réincarné, où s’affrontent les magies, les ambitions et la chance, mais la partie n’est pas encore gagnée, les talismans pas encore récupérés et l’Ajah Noire pas encore maîtrisée…
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Prémices de l’Ombre
La Roue du Temps tourne, les Ères se succèdent, laissant des souvenirs qui deviennent légende. La légende se fond en mythe, et même le mythe est depuis longtemps oublié quand revient l’Ère qui lui a donné naissance. Au cours d’une Ère que d’aucuns ont appelée la Troisième, une Ère encore à venir, une Ère passée depuis longtemps, du vent se leva sur la grande plaine nommée les Prairies de Caralain. Ce vent n’était pas le commencement. Il n’y a ni commencement ni fin dans les révolutions de la Roue du Temps. C’était pourtant un commencement.
Venant du nord-ouest, ce vent souffla dès les premières lueurs du soleil sur des étendues sans bornes d’ondulations herbues ponctuées de bosquets épars, il souffla par-delà le cours rapide de la rivière Luan et le long du croc brisé du Mont-Dragon, montagne légendaire qui dominait de sa masse la lente houle de la plaine ondoyante, si haute que les nuages l’entouraient à mi-chemin de son sommet fumant. Mont-Dragon, où le Dragon était mort – et l’Ère des Légendes avec lui selon ce que disaient certains –, où la prophétie annonçait qu’il renaîtrait. Ou y était né de nouveau. Venant du nord-ouest, ce vent traversa des villages – Jualdhe, Darein, Alindaer – où des ponts pareils à de la dentelle de pierre s’arquaient vers les Remparts Étincelants, les majestueuses murailles blanches de ce que beaucoup proclamaient la plus belle ville du monde. Tar Valon. Une ville à peine effleurée chaque soir par l’ombre longue du Mont-Dragon.
À l’intérieur de ces remparts, des bâtiments dus aux Ogiers datant de bien plus de deux mille ans paraissaient jaillir du sol telles des plantes plutôt que d’avoir été édifiés bloc par bloc, ou être l’œuvre du vent et de l’eau plutôt que de mains même aussi célèbres que celles des tailleurs de pierre ogiers. Certains faisaient penser à des oiseaux prenant leur essor, ou à de gigantesques coquillages provenant de mers lointaines. Des tours élancées, évasées à la base ou cannelées ou à spirales, étaient reliées entre elles à des centaines de pas en l’air par des ponts souvent dépourvus de garde-fous. Seuls les gens installés de longue date à Tar Valon pouvaient réussir à ne pas béer d’admiration comme des campagnards qui n’ont jamais quitté leur ferme.
La plus grande de ces tours, la Tour Blanche dominait la ville, luisant au soleil comme de l’os poli. La Roue du Temps tourne autour de Tar Valon, assurait-on dans la cité, et Tar Valon tourne autour de la Tour. Le premier aperçu qu’avaient de Tar Valon les voyageurs avant que leurs chevaux arrivent en vue des ponts, avant que les capitaines des bateaux sillonnant le fleuve signalent l’île, c’était la Tour réfléchissant le soleil comme un phare. Guère étonnant donc que l’énorme place entourant les murs ceignant le parc où se dressait la Tour ait l’air plus petite qu’elle n’était en regard de la Tour massive, les gens qui s’y trouvaient réduits aux dimensions d’insectes. Cependant la Tour Blanche aurait-elle été la plus petite de Tar Valon, le fait qu’elle était le cœur de la puissance des Aes Sedai en aurait encore imposé à la cité insulaire.