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— Oh, que je brûle, Perrin. Que la Lumière t’envoie aussi ce que tu désires.

— Je m’y attends. » Cette perspective n’avait pas l’air de le réjouir.

« Tu diras à papa que je vais bien ? Et à ma mère ? Elle s’inquiétait toujours. Et veille sur mes sœurs. Elles avaient l’habitude de m’espionner et de rapporter tout à ma mère, mais je ne voudrais pas qu’il leur arrive quoi que ce soit.

— Je le promets, Mat. »

Fermant la porte derrière lui, Mat erra sans but dans les couloirs. Ses sœurs, Eldrin et Bodewhin, avaient toujours été prêtes à accourir en criant : « Maman, Mat a encore des ennuis, Mat a fait ce qu’il ne devrait pas, maman. » Surtout Bode. Elles devaient avoir à présent seize et dix-sept ans. Probablement pensant au mariage d’ici peu, avec un lourdaud de paysan déjà choisi que le gars le sache ou non. Était-il réellement parti depuis si longtemps ? Cela n’y paraissait pas, parfois. Parfois, il avait l’impression d’avoir quitté le Champ d’Emond depuis seulement une semaine ou deux. D’autres fois, des années semblaient avoir passé, dont ne restait qu’un vague souvenir. Il se rappelait les ricanements satisfaits d’Eldrin et de Bode quand il avait été fouetté, mais leurs traits n’étaient plus nets. La figure de ses propres sœurs. Ces fichus trous de mémoire, comme des trous dans sa vie.

Il vit Berelain venir dans sa direction et sourit malgré lui. En dépit de ses grands airs, elle était jolie femme. Cette soie blanche moulante était assez mince pour un mouchoir, pour ne rien dire de son échancrure suffisamment profonde en haut pour montrer une profusion notable d’une claire poitrine parfaite.

Il lui dédia son plus beau salut, élégant et cérémonieux. « Bonne soirée à vous, ma dame. » Elle s’apprêta à passer à côté de lui sans un coup d’œil et il se redressa avec colère. « Êtes-vous sourde en même temps qu’aveugle, femme ? Je ne suis pas un tapis qui se foule aux pieds et je me suis entendu distinctement parler. Si je vous pince la fesse, vous pouvez me gifler mais, jusqu’à ce que je le fasse, j’attends une réponse courtoise à un propos courtois ! »

La Première de Mayene s’arrêta net, le toisant de cette façon particulière aux femmes. Elle aurait pu lui coudre une chemise et préciser son poids, pour ne rien dire de quand il avait pris son dernier bain, rien que d’après ce regard. Puis elle se détourna en murmurant quelque chose pour elle-même. Tout ce qu’il capta fut « trop semblable à moi ».

Il la suivit des yeux avec stupeur. Elle ne lui avait pas adressé un mot ! Ce visage, cette allure et ce nez tellement levé en l’air que c’était merveille que ses pieds touchent le sol. Voilà ce qu’il récoltait, à parler à des personnes comme Berelain et Élayne. Des nobles qui vous prenaient pour de la crotte à moins que vous n’ayez un palais et une lignée d’ancêtres remontant à Artur Aile-de-Faucon. Eh bien, il connaissait une fille de cuisine rondelette – juste ce qu’il fallait de rondeurs – qui ne le prenait pas pour de la crotte. Dara avait une façon de lui mordiller les oreilles qui…

Ses réflexions s’interrompirent subitement. Il était en train d’envisager de voir si Dara était réveillée et disposée à une partie de mamours. Il avait même envisagé de flirter avec Berelain. Berelain ! Et la dernière phrase qu’il avait adressée à Perrin. Veille sur mes sœurs. Comme s’il avait déjà décidé, déjà su quoi faire. Seulement, ce n’était pas le cas. Il ne voulait pas, pas si facilement, juste y aboutir. Il y avait un moyen, peut-être.

Repêchant dans sa poche une pièce d’or, il la lança en l’air d’une pichenette et la rattrapa sur le dos de son autre main. Un marc d’or de Tar Valon, il le vit pour la première fois, et il regardait la Flamme de Tar Valon, stylisée en forme de larme. « Que brûlent toutes les Aes Sedai ! proclama-t-il à haute voix. Et que brûle Rand al’Thor pour m’avoir entraîné là-dedans ! »

Un serviteur en livrée noir et or s’immobilisa un pied en l’air, l’observant d’un œil inquiet. Le plateau d’argent qu’il portait était chargé d’une haute pile de bandes roulées et de pots d’onguent. Dès qu’il se rendit compte que Mat l’avait remarqué, il sursauta.

Mat jeta le marc d’or sur le plateau du serviteur. « De la part du plus grand imbécile de la terre. Attention à bien le dépenser, pour des femmes et du vin.

— M-merci, mon Seigneur », balbutia le serviteur comme s’il était abasourdi.

Mat le laissa planté là. Le plus grand imbécile de la terre. C’est moi !

14

Coutumes de Mayene

Tandis que la porte se refermait derrière Mat, Perrin secoua la tête. Mat se taperait sur le crâne avec un marteau plutôt que de retourner aux Deux Rivières. Sauf s’il y était contraint. Perrin aussi aurait aimé trouver un prétexte lui évitant de rentrer chez eux. Seulement aucune échappatoire n’existait ; une réalité dure comme le fer mais moins malléable. La différence entre lui et Mat, c’est qu’il voulait bien l’admettre alors même qu’il n’en avait aucun désir.

Faire glisser sa chemise pour l’ôter lui arracha un gémissement, si doucement qu’il s’y était pris. Une large meurtrissure, se décolorant déjà en bruns et en jaunes, marbrait toute son épaule gauche. Un Trolloc s’était glissé au-delà de sa hache et seule la vive réaction de Faile avec un poignard avait empêché que ce ne soit pire. Cette épaule rendait pénible de se laver, mais du moins ce n’était pas l’eau froide qui manquait à Tear.

Il avait préparé ses bagages et était prêt, seule une rechange de vêtements pour le matin restant hors de ses sacs de selle. Dès le lever du soleil, il irait voir Loial. Inutile de déranger l’Ogier ce soir. Il était probablement déjà au lit, où Perrin entendait se mettre d’ici peu. Faile était le seul problème qu’il n’avait pas réussi à résoudre. Même demeurer à Tear vaudrait mieux pour elle que de l’accompagner.

La porte s’ouvrit, ce qui le surprit. Une bouffée de parfum flotta jusqu’à lui dès le premier craquement de la porte ; elle évoqua pour lui des fleurs de plantes grimpantes par une chaude nuit d’été. Une fragrance attirante, pas capiteuse, pas pour quelqu’un comme lui, mais rien du genre dont Faile se servirait. Toutefois, il fut encore plus surpris quand Berelain entra dans sa chambre.

Se tenant au bord de la porte, elle cligna des paupières, ce à quoi Perrin se rendit compte combien l’éclairage devait être faible pour elle. « Vous allez quelque part ? » demanda-t-elle d’une voix hésitante. Avec la lumière des lampes du couloir qui l’illuminait à contrejour, c’était difficile de ne pas la regarder.

« Oui, ma dame. » Il s’inclina ; sans souplesse mais de son mieux. Faile pouvait renifler sèchement de dédain autant qu’elle voulait, il ne voyait pas de raison de ne pas se montrer poli. « Au matin.

— Moi aussi. » Elle ferma la porte et croisa les bras sur sa poitrine. Il détourna les yeux, l’observant de biais pour qu’elle ne s’imagine pas qu’il la contemplait avec une admiration béate. Elle poursuivit sans remarquer sa réaction. La flamme de l’unique chandelle se reflétait dans ses yeux noirs. « Après ce soir… Demain, je partirai en voiture pour Godan et, de là, je m’embarquerai pour Mayene. J’aurais dû m’en aller depuis des jours, mais je croyais qu’il y avait un moyen d’arranger les choses. Seulement, il n’y en avait pas, bien sûr. J’aurais dû le voir plus tôt. Ce soir m’a convaincue. La façon dont il… Tous ces éclairs, filant à travers les couloirs. Je veux partir demain.

— Ma dame, répliqua Perrin déconcerté, pourquoi m’expliquez-vous tout cela ? »

La façon dont elle releva sèchement la tête lui rappela une jument qu’il avait quelquefois ferrée au Champ d’Emond ; cette jument essayait toujours de vous mordre. « Pour que vous puissiez le dire au Seigneur Dragon, évidemment. »