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Cela n’avait pas plus de sens pour lui. « Vous pouvez le lui dire vous-même, répliqua-t-il avec plus qu’un peu d’exaspération. Je n’ai pas le temps de transmettre des messages avant mon départ.

— Je… je ne crois pas qu’il désirerait me voir. »

N’importe quel homme voudrait la voir et elle était belle à regarder ; elle savait l’un et l’autre. Il pensa qu’elle s’était apprêtée à dire autre chose. Aurait-elle été terrifiée par ce qui s’était passé l’autre soir dans la chambre de Rand ? Ou par l’attaque et la façon dont Rand y avait mis fin ? Peut-être, mais ce n’était pas une femme qui s’effrayait facilement, pas d’après l’expression détachée avec laquelle elle le toisait. « Donnez votre message à un serviteur. Je doute que je reverrai Rand. Pas avant mon départ. N’importe quel serviteur lui transmettra un billet.

— Mieux vaudrait qu’il vienne de vous, un ami du Seigneur…

— Donnez-le à un serviteur. Ou à un des Aiels.

— Vous ne ferez pas ce que je demande ? questionna-t-elle d’un ton incrédule.

— Non. Vous ne m’avez donc pas écouté ? »

Elle remua de nouveau la tête à la façon dont un cheval encense, mais il y avait une différence cette fois, bien qu’il n’aurait pas pu dire laquelle. L’examinant d’un air pensif, elle murmura à moitié pour elle-même : « Des yeux remarquables.

— Comment ? » Il s’avisa subitement qu’il était là nu jusqu’à la taille. Cette inspection minutieuse ressemblait soudain à celle d’un cheval avant son acquisition. Dans une seconde, elle lui tâterait les chevilles et lui inspecterait les dents. Il attrapa la chemise mise de côté sur le lit pour le lendemain et la tira par-dessus sa tête. « Donnez votre message à un serviteur. Je veux aller me coucher maintenant. J’ai l’intention de me lever de bonne heure. À l’aube.

— Où allez-vous demain ?

— Chez moi. Aux Deux Rivières. Il est tard. Si vous partez aussi demain, je suppose que vous avez besoin d’un peu de sommeil. Je sais que je suis fatigué. » Il bâilla aussi largement que possible.

Elle ne se dirigeait toujours pas vers la porte. « Vous êtes forgeron ? J’ai besoin d’un forgeron à Mayene. Pour des ornements en ferronnerie. Un bref séjour avant de retourner aux Deux Rivières ? Vous trouveriez Mayene… divertissant.

— Je vais chez moi, lui dit-il avec fermeté, et vous retournez dans votre appartement. »

Son léger haussement d’épaules obligea Perrin à détourner de nouveau précipitamment les yeux.

« Peut-être un autre jour. Je finis toujours par obtenir ce que je veux. Et je pense que je veux… » Elle marqua un temps, le toisant de la tête aux pieds « … de la ferronnerie d’art. Pour les fenêtres de ma chambre à coucher. » Elle sourit si innocemment qu’il sentit des gongs d’alarme lui résonner dans la tête.

La porte s’ouvrit de nouveau et Faile entra. « Perrin, je suis allée en ville à ta recherche et j’ai entendu une rumeur… » Elle se figea sur place, le regard comme cloué sur Berelain.

La Première de Mayene ne lui prêta aucune attention. S’approchant de Perrin, elle glissa une main le long de son bras jusqu’en travers de son épaule. Pendant un instant, il crut qu’elle avait l’intention d’essayer de lui abaisser la tête pour un baiser – de fait, elle levait son visage comme si elle en attendait un – mais elle se contenta de laisser courir sa main sur le côté de son cou dans une rapide caresse et recula. Ce fut fini avant qu’il ait eu le temps d’esquisser un mouvement pour l’en empêcher. « Rappelez-vous, dit-elle doucement, comme s’ils étaient seuls, j’obtiens toujours ce que je désire. » Et, passant majestueusement devant Faile, elle sortit de la pièce.

Il s’attendit à ce que Faile explose, mais elle jeta un coup d’œil à ses sacs de selle bourrés posés sur le lit et dit : « Je vois que tu connais déjà la rumeur. Ce n’est qu’une rumeur, Perrin.

— Les yeux jaunes en font plus que cela. » Elle aurait dû s’enflammer comme une poignée de brindilles sèches jetées sur du feu. Pourquoi était-elle si calme ?

« Très bien. Alors, le problème suivant est Moiraine. Va-t-elle essayer de t’empêcher de partir ?

— Pas si elle n’est pas au courant. Si elle essaie, je partirai de toute façon. J’ai une famille et des amis, Faile ; je ne veux pas les abandonner aux Blancs Manteaux. Mais j’espère être loin de la ville avant que cela lui revienne aux oreilles. »

Même les yeux de Faile étaient sereins, comme des étangs sombres dans la forêt. Cela le mit en défiance.

« Seulement il a fallu des semaines pour que cette rumeur parvienne à Tear et il faudra encore des semaines pour gagner les Deux Rivières à cheval. Les Blancs Manteaux seront peut-être partis à ce moment-là. D’accord, je souhaitais que tu ne restes pas ici. Je ne devrais pas me plaindre. Je veux uniquement que tu comprennes bien à quoi t’attendre.

— Cela ne prendra pas des semaines par les Voies, expliqua-t-il. Deux jours, sinon trois. » Deux jours. Il supposait qu’il n’y avait pas moyen de presser davantage l’allure.

« Tu es aussi fou que Rand al’Thor », s’exclama-t-elle, rejetant en bloc ce qu’il disait. Se laissant choir sur le pied du lit de Perrin, elle croisa les jambes en diagonale et s’adressa à lui du ton dont on chapitre des enfants. « Entre dans les Voies et tu en ressors la tête perdue. Si jamais tu en ressors, ce qui très probablement ne se produira pas. Les Voies sont souillées, Perrin. Elles sont plongées dans le noir depuis – quoi ? – trois cents ans ? Quatre cents ? Questionne Loial. Il te précisera la date exacte. Ce sont les Ogiers qui ont construit les Voies ou les ont fait pousser ou quelque chose comme ça. Même eux ne les utilisent pas. Voyons, même si tu réussissais à les suivre sans anicroche, la Lumière seule connaît où tu ressortirais.

— J’ai voyagé par elles, Faile. » Et le trajet avait certes été effrayant. « Loial peut me guider. Il sait lire les poteaux indicateurs ; voilà comment nous y sommes allés avant. Il recommencera pour moi quand il saura combien c’est important. » Loial aussi était impatient de quitter Tear. Il semblait avoir peur que sa mère apprenne où il se trouvait. Perrin était sûr qu’il accepterait de l’aider.

« Eh bien, dit-elle en se frottant les mains avec énergie, eh bien, je voulais de l’aventure et en voici une, assurément. Quitter la Pierre de Tear et le Dragon Réincarné, passer par les Voies pour combattre les Blancs Manteaux. Je me demande si nous pouvons persuader Thom Merrilin de nous accompagner. Faute d’avoir un barde, un ménestrel conviendra. Il composerait le poème, avec toi et moi qui en serions le cœur. Pas de Dragon Réincarné ou d’Aes Sedai dans les parages pour s’attribuer les premiers rôles dans l’histoire. Quand partons-nous ? Au matin ? »

Il respira à fond pour raffermir sa voix. « Je vais partir seul, Faile. Rien que Loial et moi.

— Nous aurons besoin d’un cheval de bât, continua-t-elle comme s’il n’avait pas parlé. Deux, je pense. Les Voies sont noires. Nous aurons besoin de lanternes, et d’une bonne quantité d’huile. Tes gens des Deux Rivières. Des cultivateurs ? Se battront-ils contre les Blancs Manteaux ?

— Faile, j’ai dit…

— J’ai entendu ce que tu as dit », coupa-t-elle d’un ton sec. Les ombres lui donnaient un aspect menaçant, avec ses yeux obliques et ses pommettes saillantes. « J’ai entendu et cela ne rime à rien. Et si ces paysans ne veulent pas se battre ? Ou ne savent pas comment ? Qui va le leur apprendre ? Toi ? Seul ?

— Je ferai ce qu’il y a à faire, répliqua-t-il patiemment. Sans toi. »

Elle se dressa d’un bond si rapide qu’il crut qu’elle voulait lui sauter à la gorge. « Crois-tu que Berelain va t’accompagner ? Protégera-t-elle tes arrières ? Ou peut-être que tu préfères qu’elle s’asseye dans ton giron et piaille ? Rentre ta chemise dans tes chausses, espèce de rustre velu ! Est-ce nécessaire que ce soit si sombre, ici ? Berelain aime la lumière tamisée, hein ? Elle te sera d’une grande utilité contre les Enfants de la Lumière ! »