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Hal s’arrêta et déballa la pierre. Il la lui montra, exposée sur sa veste.

– Voilà. Vous voyez ?

– Ouais. O. K. ! Allons-y.

– Où ?

– Pas très loin. Faites demi-tour et allez tout droit, dit-il, en indiquant le chemin d’un geste de la main. Il y a un sentier.

Nous empruntâmes le chemin qu’il nous avait indiqué. Jamie fermait la marche. S’enroulant à travers les broussailles, le sentier nous mena encore plus près de la plage. Finalement, j’aperçus la mer toute proche, grise aujourd’hui, parsemée de moutons. Puis de nouveau, le chemin nous en éloigna, et, peu de temps après, je vis apparaître le lieu de notre destination – trapu, avec un toit pointu, situé sur une modeste colline, quelques tuiles manquantes – un petit cabanon qui avait vu de meilleures mers avant ma naissance.

– Le cabanon ? demanda Hal.

– Oui, le cabanon, dit Jamie derrière nous.

Nous montâmes jusque-là. Jamie nous précéda, frappa quelques coups sur la porte, une sorte de code sans doute, et dit : « Pas de danger, c’est moi. Il l’a. Cassidy est là aussi. »

Un « O. K. ! » nous parvint de l’intérieur.. Jamie ouvrit la porte, se retourna vers nous. D’un signe de tête, il nous indiqua d’entrer et, passant devant lui, nous entrâmes.

Je ne peux pas dire que je fus surpris de voir Morton Zeemeister assis à la table de cuisine pleine d’entailles, un revolver posé près de sa tasse de café. À l’autre bout de la pièce, au-delà de la kitchenette, Mary était assise sur le siège apparemment le plus confortable de l’endroit. Elle était attachée mais on lui avait laissé une main libre et il y avait aussi une tasse de café sur la table à côté d’elle. L’aire de la salle à manger comportait deux fenêtres, comme le living-room. Sur le mur du fond, se détachaient deux portes – une chambre à coucher et les chiottes ou un placard, sans doute. Il n’y avait pas de faux plafond, on apercevait les poutres nues où étaient accrochés une épuisette, des filets de pêche, des rames et autres babioles. Il y avait un vieux canapé, quelques chaises bancales, des tables basses et des lampes dans le living-room. Aussi une cheminée vide et un tapis décoloré. La kitchenette comprenait une petite cuisinière, un réfrigérateur, un placard et un chat noir assis à l’autre bout de la table, en face de Zeemeister, se léchant les pattes.

Zeemeister sourit à notre entrée, et ne leva son revolver que lorsque Hal essaya de se précipiter vers Mary.

– Revenez ici, dit-il. Elle va très bien.

– C’est vrai ? demanda Hal à Mary.

– Oui, dit-elle. Ils ne m’ont rien fait.

Mary est une fille blonde, petite, un peu écervelée, aux traits juste un peu trop aigus pour mon goût. Je craignais que cette aventure ne l’ait rendue hystérique, mais en dehors des marques, normales dans ces circonstances, de la fatigue et de la tension, son visage témoignait d’un calme qui dépassait tous mes espoirs. Hal avait peut-être mieux choisi que je ne le croyais. J’étais content.

Hal battit en retraite, se rapprocha de la table. Je tournai la tête quand j’entendis la porte se refermer, la clé tourner dans la serrure. Jamie s’y était adossé et nous regardait. Il avait ouvert sa veste et je vis qu’il avait un revolver glissé dans sa ceinture.

– Montrez, dit Zeemeister.

Hal déroula encore une fois sa veste et lui tendit la pierre.

Zeemeister repoussa son revolver et sa tasse de café. Il mit la pierre devant lui et la regarda fixement. La tourna plusieurs fois entre ses mains. Le chat se leva, s’étira et sauta de la table.

Il se carra alors sur sa chaise, les yeux toujours fixés sur la pierre.

– Vous avez dû vous donner beaucoup de mal, les gars, commença-t-il.

– En fait, dit Hal, nous…

Zeemeister frappa la table du plat de la main. La fausse pierre en sauta.

– C’est une copie ! dit-il.

– C’est celle que nous avons toujours eue, offris-je comme explication, mais Hal avait viré au rouge intense. Il avait toujours été un mauvais joueur de poker.

– Je ne vois pas comment vous pouvez dire ça ! cria-t-il. Je vous ai apporté ce satané truc ! C’est la vraie pierre ! Laissez-la partir maintenant !

Jamie, abandonnant sa position, s’approcha de Hal. A ce moment Zeemeister leva les yeux. Il hocha la tête une seule fois, imperceptiblement, et Jamie s’arrêta.

– Je ne suis pas assez idiot pour qu’on me fasse prendre une copie pour l’original. Je sais ce que je veux et je suis tout à fait capable de le reconnaître. Ce n’est pas la vraie, dit-il en repous tant la pierre d’une chiquenaude. Vous le savez aussi bien que moi. Ça valait le coup, parce que c’est une bonne copie. Mais vous avez joué votre dernière carte. Où est la vraie ?

– Si ce n’est pas celle-là, dit Hal, alors, je ne sais pas.

– Et vous, Fred ?

– C’est celle que nous avons toujours eue, répondis-je. Si c’est un faux, alors, nous n’avons jamais eu la vraie.

– Très bien.

Il se leva en s’aidant des deux mains.

– Passons au salon, dit-il en prenant son revolver.

Jamie sortit le sien et nous obéîmes.

– Je ne sais pas combien vous pensez en tirer, dit Zeemeister, ni combien on a pu vous en offrir. Ni d’ailleurs si vous ne l’avez pas déjà vendue. Quoi qu’il en soit, vous allez me dire où se trouve la pierre maintenant et qui est dans le coup, à part vous. Et surtout, n’oubliez pas qu’elle ne vaut plus rien si vous êtes morts. On dirait que c’est ce qui va se passer.

– Vous faites erreur, dit Hal.

– Non, c’est vous qui l’avez faite, l’erreur, et maintenant les innocents vont payer.

– Que voulez-vous dire ? demanda Hal.

– Ça devrait vous paraître évident, répliqua-t-il. Puis, mettez-vous là et ne bougez pas. Jamie tire si jamais ils bougent.

Nous nous arrêtâmes à l’endroit indiqué, à l’autre bout de la pièce, en face de Mary. Zeemeister vint se mettre à la droite de Mary. Jamie se posta à sa gauche, revolver au poing.

– Et vous, Fred ? demanda Zeemeister. Est-ce que vous avez rafraîchi vos souvenirs depuis l’Australie ? Peut-être que vous vous souvenez de quelque chose que vous n’avez pas mentionné à ce pauvre Hal – quelque chose qui pourrait sauver la vie de sa femme… Dans ce cas…

Il sortit une paire de tenailles de sa poche et la posa à côté de la tasse de café de Mary. Hal se retourna pour me regarder. Ils attendaient tous que je dise quelque chose, que je fasse quelque chose. Je regardai par la fenêtre et me demandai où pouvait bien se trouver l’issue de secours.

L’apparition fit une entrée silencieuse par la pièce du fond. L’expression de Hal avait dû leur donner l’alarme, parce que je suis certain que mon visage resta impassible. Ça n’avait d’ailleurs pas d’importance, car l’apparition parla avant même que Zeemeister tourna la tête.

– Non ! dit-elle, et aussi : pas un geste ! Laissez tomber, Jamie ! Un seul geste vers votre revolver, Morton, et vous ne serez plus qu’une statue de ce vieil Henry Moore ! Restez tranquille !

C’était Paul Byler, dans son manteau sombre, le visage aminci, portant quelques rides de plus. Mais sa main ne tremblait pas et elle tenait un 45. Zeemeister prit une pose d’une immobilité éloquente. Jamie qui avait l’air de ne pas encore s’être décidé, jeta un coup d’œil sur Zeemeister pour y chercher un signe.

Je soupirai presque, ressentant quelque chose proche du soulagement. Il y avait toujours une issue de secours dans les impasses. Ça m’en avait tout l’air, si seulement…

Catastrophe !

Une masse de cordages, de filets, de balises et de cannes à pêche en morceaux firent entendre un bruit bizarre, glissèrent, pour finalement s’abattre sur Paul. Il secoua la tête, brassa l’air de ses mains – et à ce moment, Jamie se décidant à ne pas jeter son revolver, le braqua sur Paul.