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– Nous savons que vous participiez à des fouilles illégales, entreprises par des malfaiteurs aux seules fins d'un pillage sans vergogne des trésors de la Sibérie. Egorov appartient à la mafia russe, mademoiselle, vous l'ignoriez ? Deux scientifiques jouissant de réputations aussi honorables ne pouvaient être associés à de tels actes criminels sans y avoir été contraints par la force, sans avoir été menacés par leurs ravisseurs d'être exécutés sommairement à la première tentative de rébellion. Vos visas attestent d'ailleurs que vous êtes entrés en Russie en qualité exclusive de touristes et nous sommes flattés que vous ayez choisi notre pays pour vous divertir. Je suis certain que si vous aviez eu la moindre intention de travailler sur notre sol, vous auriez certainement agi dans un cadre légal, cela s'entend, n'est-ce pas ? Vous connaissez mieux que quiconque les risques encourus par les pilleurs qui s'en prennent à notre patrimoine national. Les peines varient de dix à vingt ans de prison, selon la gravité des faits. Sommes-nous désormais d'accord sur la version que je vous ai exposée ?

Sans attendre, je lui confirmai que nous n'avions rien à objecter. Keira resta silencieuse, un temps seulement, puis elle ne put s'empêcher de s'inquiéter du sort qui attendait Egorov, ce qui fit sourire notre hôte.

– Cela, mademoiselle, dépendra entièrement de sa volonté ou non de collaborer à l'enquête qui sera menée. Mais n'ayez pas de remords à son sujet, je peux vous assurer que le personnage était peu recommandable.

L'homme s'excusa de ne pas pouvoir discuter plus longtemps avec nous, il avait du travail. Il prit un dossier dans sa sacoche et s'y plongea jusqu'à notre arrivée.

L'appareil amorça sa descente vers la capitale. Une fois au sol, l'homme nous conduisit à bord d'une voiture jusqu'au pied d'une passerelle arrimée à un avion de la British Airways.

– Deux choses avant que vous partiez. Ne revenez pas en Russie, nous ne pourrions plus assurer votre sécurité. Et maintenant, écoutez bien ce que j'ai à vous dire, car ce faisant j'enfreins une règle, mais vous m'êtes sympathiques et celui que je trahis me l'est beaucoup moins. Vous êtes attendus à Londres, et je crains que le genre de promenade qui vous sera proposée ne soit en rien comparable avec le voyage très agréable que nous venons de faire ensemble. Aussi, si j'étais vous, je m'abstiendrais de traîner à Heathrow ; une fois la douane passée, je filerais au plus vite. Si vous trouviez d'ailleurs le moyen de ne pas passer par la douane, ce serait encore mieux.

L'homme nous rendit nos passeports et nous invita à emprunter la passerelle. Une hôtesse nous installa à nos places respectives. Son parfait accent anglais était divin et je la remerciai pour la gentillesse de son accueil.

– Tu veux son numéro de téléphone ? me demanda Keira en bouclant sa ceinture.

– Non, mais si tu pouvais convaincre le type assis de l'autre côté de la travée de te prêter son portable, ce serait formidable.

Keira me regarda, étonnée, puis se retourna vers son voisin qui tapait un message sur le clavier de son téléphone. Elle lui fit un numéro de charme tout à fait indécent et me tendit deux minutes après l'appareil en question.

*

*     *

Londres

Le Boeing 767 se posa à Heathrow quatre heures après notre départ de Moscou. Il était 22 h 30 heure locale, la nuit serait peut-être notre alliée. L'avion se rangea sur une aire de parking à l'écart du terminal. Je vis par le hublot deux autobus qui attendaient au pied de la passerelle, je priai Keira de prendre son temps, nous descendrions avec la seconde vague de passagers.

Nous grimpâmes à bord de l'autobus, j'invitai Keira à rester près de la porte, j'avais glissé ma chaussure entre les soufflets pour empêcher le verrouillage du cran de sécurité. Le bus roulait sur le tarmac, il s'engagea dans un tunnel passant sous les pistes, le chauffeur dut marquer l'arrêt pour laisser passer un engin qui tractait des chariots à bagages. C'était maintenant ou jamais. Je repoussai brusquement la porte en accordéon et tirai Keira par la main. Une fois dehors, nous courûmes dans la pénombre du tunnel vers le convoi qui s'éloignait et sautâmes sur l'un des containers. Keira se retrouva plaquée contre deux grosses valises, et moi allongé sur des sacs. À bord de l'autobus, les passagers témoins de notre escapade restèrent bouche bée, je suppose qu'ils tentèrent d'avertir le chauffeur, mais notre petit train s'éloignait déjà dans la direction opposée et entra quelques instants plus tard dans les sous-sols du terminal. À cette heure tardive, il n'y avait plus grand monde dans la zone de déchargement ; seules deux équipes travaillaient, mais elles se trouvaient loin de nous et ne pouvaient nous voir. Le tracteur serpentait entre les rampes de chargement des bagages.

J'aperçus un monte-charge à quelques mètres de nous et choisis ce moment pour abandonner notre cachette. Hélas, en arrivant devant l'élévateur, je constatai que le bouton d'appel était verrouillé par une serrure ; sans clé, il était impossible de le manœuvrer.

– Tu as une idée pour sortir d'ici ? demanda Keira.

Je regardai aux alentours et ne vis qu'un entrelacs de tapis roulants dont la plupart étaient à l'arrêt.

– Là-bas ! s'exclama Keira en désignant une porte. C'est une sortie de secours.

Je craignais qu'elle soit condamnée, mais la chance était avec nous et nous nous retrouvâmes au bas d'un escalier.

– Ne cours plus, dis-je à Keira. Sortons d'ici en faisant comme si tout était normal.

– Nous n'avons pas de badge, me fit-elle remarquer, si nous croisons quelqu'un, nous n'aurons pas du tout l'air normal.

Je regardai ma montre, le bus avait sans doute atteint le terminal. À 23 heures, il n'y aurait pas grand monde à la douane et le dernier passager de notre vol ne tarderait pas à se présenter devant le contrôle de l'immigration. Je nous donnais peu de temps avant que ceux qui nous attendaient comprennent que nous leur avions échappé.

En haut des marches, une autre porte nous barrait la route ; Keira repoussa la barre transversale, une sirène hurla.

Nous débouchons dans le terminal entre deux tapis de livraison de bagages, dont l'un tourne à vide. Un manutentionnaire nous aperçoit et reste interdit. Le temps qu'il donne l'alerte, je prends Keira par la main et nous courons à toutes jambes. Un coup de sifflet. Surtout ne pas se retourner, continuer de courir. Il faut atteindre les portes coulissantes qui donnent sur le trottoir. Keira trébuche et pousse un cri, je l'aide à se relever et l'entraîne. Encore plus vite. Derrière nous, les pas d'une cavalcade, des coups de sifflet de plus en plus proches. Ne pas s'arrêter, ne pas céder à la peur, la liberté n'est plus qu'à quelques mètres. Keira est à bout de souffle. Sortie du terminal, un taxi à l'arrêt, nous y grimpons et supplions le chauffeur de démarrer.

– Où allez-vous ? demande-t-il en se retournant.

– Foncez ! Nous sommes en retard, supplie Keira, haletante.

Le chauffeur démarra. Je m'interdis de me retourner, imaginant nos poursuivants rager sur le trottoir en voyant notre « black cab » s'éloigner.

– Nous ne sommes pas au bout de nos peines, soufflai-je à Keira.

– Allez vers le terminal 2, dis-je au chauffeur.

Keira me regarda, stupéfaite.

– Fais-moi confiance, je sais ce que je fais.

Au second rond-point, je demandai au taxi de bien vouloir s'arrêter. Je prétextai que ma femme était enceinte et avait une terrible nausée. Il freina aussitôt. Je lui remis un billet de vingt livres et lui dis que nous allions prendre l'air sur le bas-côté. Inutile de nous attendre, j'avais l'habitude de ce genre de malaise, ça pouvait durer, nous finirions à pied.