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— Monsieur ?

— Je viens de la part de Dom Carlos, j’y virgule en me réprimant l’émotion.

Cette sœur, elle sortait du plumard ou presque. Y avait des odeurs accrochées à sa blouse. Ça te percutait le mental de la renifler.

Elle cesse de sourire.

— Je regrette, elle soupire, ça ne va pas être possible ce matin, mon mari est de congé.

Et de désigner le plafond d’un signe de tête.

La déception me mord le bide. Le mâle qui s’est mis dans l’idée de bouillaver, un refus ça le fiche groggy.

— Il dort ? je fais.

— Oui.

— Eh ben alors, on essayera de pas le réveiller, mon petit cœur.

— Mais il dort dans LE lit.

— La belle affaire, je murmure en la refoulant mine de rien dans son arrière-boutique, vous pensez pas que je me tourmente du confort.

Je lui montre sa table de cuisine.

— V’là un champ de manœuvres tout trouvé, mon petit cœur.

— Et si on le réveille ?

— Il sait pas que vous faites le truc ?

Elle prend une mine effrayée.

— Oh, Dieu non : il me tuerait !

— Alors soyez tranquille, on fera mollo. J’ai du doigté, de la souplesse, du maintien, le coup de rein aérien !

Bon, la môme consent. Elle place le bambino dans son youdde-pas-la et retire du gros feu le lait qu’elle avait mis à chauffer en vue de son biberon. Sa blouse, un coup de fermeture Éclair d’haut-en-bas et elle lui tombait sur les pieds. Vous auriez vu ce corps ! Dedieu de merde ! Dru, bien ferme, avec des tétons gros comme des noix de coco et beaucoup plus durs ! C’te superbe fille à loilpé dans sa petite cuisine, avec le mouflet jacasseur et l’odeur du lait… J’oublierai jamais l’impression.

— Merci ! grince Berthe.

— Ben quoi, on cause ! plaide le Gravos.

— Continuez, demande la marquise intéressée.

Et le Mastar poursuit sur sa lancée.

— Je me mets en batterie. Une séance de roi, parole ! La dame du bazar, elle devait débuter dans le boulot et elle grimpait au fade comme une petite reine. Dedieu de merde ! Ce barouf ! « Ta gueule, je lui implorais en me l’expédiant par petite vitesse, tu vas réveiller ton vieux ! » Parle à mon cul ! c’était le moment de le dire. Elle continuait de trémousser et de geindre, de lancer des petites gueulées de chienne enfermée. Je savais plus quoi fiche. Qu’à la finie m’est venue une idée : j’ai lancé une ruade au chiare. Il a dégusté ma godasse dans les gencives et s’est foutu à hurler pire que sa Baronne. De ce côté, au moins j’étais paré. Pas pour longtemps. « Glinnnn-glan » fait la sonnette du magasin. Je mate à travers la porte vitrée. J’avise une gamine. Elle se met à attendre en regardant les rayons. Moi j’active un peu, pas trop, vu qu’y a rien de plus tristounet que de se déblayer le surplus en vitesse quand on tombe sur une championne. La bazardière poursuivait ses pâmeries. La table craquait. Le gosse hurlait. « Rejoins ta base, Mec ! je m’exhortais, sinon tu vas au grabuge ! » C’te conne aurait pu ôter son bec-de-canne avant de se respirer le mien ! La fillette, au bout d’un instant, le bruit l’alerte, elle vient toquer à la vitre ! Elle ouvre, nous découvre et reste coite ! Je la revois encore : une grande gosse pâlichonne avec deux tresses.

— Qu’est-ce tu veux, quoi, merde ? je l’interpelle.

— Une gomme ! elle balbutie. Mais qu’est-ce y a, madame Ménichons est malade ?

— Mais non : je l’aide juste à pousser sa table, va l’attendre dans le magasin, tu gênes !

Elle nous regarde encore, elle écoute bramer ma bonne femme, et puis, à regret, retourne dans la boutique. Pour le coup je me presse de terminer. Le galop final ! Le stiple haie ! À dada ! Tayau au, tayau ! Oh ! la belle bleue ! Merci maman. Et v’là le travail ! J’aide la môme à se redresser. Je lui pousse la galanterie jusqu’à ramasser sa blouse.

— Mon Dieu ! elle dit, quelle histoire !

Et vite passe au magasin vendre une gomme à la petite conne.

Moi, pour le coup, je me dis « Béru, perds pas de vue tes grands principes d’hygiène. Faut t’ablutionner d’urgence pour le cas où cette grand-mère serait légèrement contaminée de l’estuaire. » D’autant que je vais vous dire : elle avait des boutons sur le ventre qui me disaient rien qui vaille ! J’avise le lait tout chaud du gueulard. J’empoigne la casserole et me fourbis le trombone à coulisse consciencieusement. C’est juste à la fin de ma toilette que l’incident s’est produit. Qu’est-ce qui m’a alerté ? Un craquement, je pense. Toujours est-il que je tourne la tête et j’aperçois la porte menant à la chambre du dessus grande ouverte. Y avait un gazier dans l’encadrement. Un naveton pas rasé, en limouille de nuit, l’air féroce, les pieds nus, pas propres. Il se grattait les miches en me défrimant comme un sauvage.

— Non, mais dites donc ! il balbutie ! Non, mais dites donc…

Il trouvait rien d’autre à dire. « Non, mais dites donc… ». Moi, j’ai le contrôle du self chevillé. En père turbabe je remise coquette dans ses appartements. Je me boutonne. Et puis je m’approche du julot. Il avait les yeux interjectés de sang ! Ça été rapide comme la foudre. Un coup de boule dans le portrait. Plouf ! J’ai entendu péter ses cartilages et le reste. Il se serait écroulé dans l’escadrin si je l’aurais pas retenu. Compatissament, je l’ai allongé sur les marches. J’ai refermé juste comme ma petite gredine revenait de la boutique.

— Ouf, elle a soupiré, cette gosse est à moitié crétine, j’espère qu’aura pas de conséquences.

— Quelles conséquences voudrais-tu qu’il y aurait, mon petit cœur ? j’ai dit en lui refilant ses cinq pions sur la table.

Elle commençait à préparer le biberon de son petit voyou. Je m’ai esbigné avant qu’elle découvrisse le méchant bleu que le lardon avait à la joue. Et aussi, avant que le croquemitaine de l’escalier sorte du coton.

J’étais triste à l’idée que je pourrais plus revenir, vu les circonstances. Je suis sûr qu’on aurait eu encore des tas de choses à se dire et à se faire, elle et moi. Par moments, franchement, la vie est bête !

* * *

Ces confidences béruréennes nous ont permis de parcourir une belle distance sur une route rectiligne lubrifiée par les embruns (à dix pour cent) de la Baltique.