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Il ferma l'application.

La Manta n'avait peut-être aucun rapport avec Travis. Sans doute s'agissait-il d'une occupation solitaire du Grec. Il refouilla dans les carnets et l'agenda, et il repéra les indications Manta qu'il n'avait pas détectées la première fois. Il se dit qu'il n'était pas plus avancé, que rien ici ne permettait de retrouver Travis, que le Grec était un dealer prudent et consciencieux et qu'il fallait donc en venir aux dernières extrémités, ce dont s'occuperaient fort bien Sorvan et ses sbires.

Il sortit du bureau et trouva une chambre à l'étage, presque en face du bureau. Chambre qu'il fouilla soigneusement. Il ouvrit les tiroirs des commodes et de la table de nuit, chercha sous le lit, dans les vêtements accrochés dans la penderie. Ne trouva aucune carte de visite, pas même un simple numéro de téléphone, gribouillé sur un ticket avec deux initiales ST, ou Manta. Rien du tout.

Il commença à se demander si l'information de l'homme de Faro n'était pas un putain de tuyau crevé.

«Le Grec deale toujours à cet Anglais, avait-il dit. Je le sais c'est moi son grossiste. Il vient me voir fréquemment et je lui demande toujours des nouvelles des clients, surtout quand ce sont d'anciennes connaissances. Il me dit toujours que ça va. Mais qu'il ne le fréquente pas. C'est devenu tellement systématique que je me dis que ça pourrait justement être le contraire, vous voyez?»

Mais il n'y avait rien dans cette maison qui témoignait d'un lien quelconque entre les deux hommes. Rien que quelques deals d'herbe ou de poudre… Ouais, ouais… Justement… ça ne faisait aucun doute, le Grec connaissait sûrement l'endroit où se planquait Travis. Ou tout au moins le moyen de le joindre…

A l'approche de l'escalier, un hurlement de bête éclata dans la maison et c'est avec une lourde boule dans l'estomac que Vondt s'était approché de la cuisine.

Quand il était entré dans la pièce il avait marqué un temps d'arrêt. Sorvan et son adjoint étaient passés à l'action, assistés de Lemme, le Hollandais. Les deux derniers, Carlo et Straub, faisaient une petite pause-repas, sur le bord de l'évier. L'un d'entre eux émit un rot profond en saupoudrant une énorme ligne de coke dans une assiette propre. Il fit deux gros rails, en sniffa un de deux bons coups dans les narines et passa l'assiette a son voisin avec un râle de satisfaction. Dimitriescu avait un gros joint aux lèvres et cela semblait exciter ses instincts. Le Grec émettait des sons incompréhensibles, son corps était lardé de coups de couteau ou de bouteilles cassées.

Dimitriescu alluma un des feux de la cuisinière et y posa un large couteau de cuisine. Il contemplait en souriant le Grec qui se tortillait sur la table, les yeux vissés à la lame qui chauffait sur la couronne de flammes.

– Alors? demanda Vondt.

– Pas grand-chose encore, lui répondit Sorvan. Lui nous donner sa rréserrve et le nom d'un barr, près de la frrontièrre, à Vila Real. Mais c'est pas suffisant ça, hein, et il va tout nous dirre, hein, le Grrec?

Il s'était adressé au dealer comme à un enfant chahuteur qu'il faut légèrement gronder.

Vondt avait réfléchi un court instant.

– Demandez-lui pour la Manta.

– Quoi? avait jeté le Bulgare, la… manta?

– Oui. C'est le nom d'un bateau. Peut-être que Travis est dans le coup… demandez-lui tout ce qu'il sait.

Le couteau était prêt et Dimitriescu le brandit comme un objet saint. Vondt ne s'attarda pas. Il sortit de la cuisine et remonta à l'étage. Les hurlements animaux l'accompagnèrent néanmoins jusqu'au bureau.

Il ralluma l’ordi et rouvrit le fichier Manta.

Quelque chose. Il y avait sûrement quelque chose dans ce putain de fichier, Résigné, il poussa un soupir en regardant sa montre. Un quart d'heure, VIngt minutes pas plus.

Il parcourut patiemment les étages de la machine et finit par tomber sur ce qu'il cherchait.

Là, oui, c'est ça. Un graphisme en forme de symbole de la Navy. Skip. Comme Skipper. Et Travis avait été enseigne dans la marine de Sa Majesté.

Il cliqua, fébrile.

Bon sang, marmonna-t-il entre ses dents en tombant sur un nouvel étage de fichier, Il reconnut l'emblème de Word 4, un traitement de texte qu'il connaissait un peu. Il cliqua et vit apparaître du courrier. Une lettre.

La lettre parlait de trucs techniques incompréhensibles pour le profane donnant des chiffres, des mesures, des analyses de vents bu de courants… Il la parcourut à toute vitesse mais cela ne lui apprit rien de plus.

Dans la seconde lettre, il vit une allusion à de prochaines vacances mais rien ne semblait lever le voile d'opacité. Le type parlait d'une trop grande résistance de la quille et dissertait des paragraphes entiers sur la chose. Avec des équations mathématiques et des adjectifs de marin d'élite: Vondt était sûr que c'était Travis, ce Skip, mais ça ne lui apportait pas grand-chose. D'autre part le temps pressait. Il cliqua sur une autre lettre et tomba sur un courrier dans lequel Skip semblait programmer une sorte de disparition volontaire… la lettre datait de plusieurs mois. Après il n'y avait rien.

Oui, pensa Vondt, soudainement survolté. C'était ça. Sans doute le Grec disait-il la vérité en hurlant qu'il ne savait rien.

Bon sang. Travis se planquait pour de bon. Ce qu'avait pressenti Eva Kristensen en apprenant la vente de la maison se révélait donc exact. (Travis n'est pas un rigolo,. lui avait-elle dit. Sans doute s'est-il trouvé un repaire bien camouflé pour mener à bien l'enlèvement de ma fille. Vous aurez fort à faire, monsieur Vondt, lui avait-elle précisé, mon ex-mari n'est pas exactement un amateur. C'est pour ça que je vous ai choisi. Et que je vous paie si cher…)

Il s'était levé et avait éteint l'ordi. Avait vérifié que tout était en place sur le bureau et s'était dirigé vers l'escalier. Il était inutile d'en faire endurer plus au Grec, dont il entendait la lointaine plainte étouffée, maintenant. Avec la Manta il pourrait sûrement pister Travis. Un code d'immatriculation. Un hangar. Une société. Peut-être même avaient-ils déjà effectué quelques sorties avec leur foutu bateau et quelque part, quelqu'un avait-il vu la Manta sur la coque.

Lorsqu'il refit son entrée dans la cuisine il comprit qu'il n'y avait plus rien à faire. Les types de Sorvan l'avaient si bien travaillé que lé Grec était à demi mort. Ce serait désormais une bénédiction pour lui que de partir. Cela lui permit de n'éprouver aucun remords pour l'ordre qu'il aurait à donner.

– Alors? jeta-t-il une seconde fois à Sorvan. Ses yeux ne s'attardèrent pas sur la plaie roussie qui s'étoilait au niveau du pubis.

– Ben il a gueulé Travis, Skip… Après y disait plus que la Manta, la Manta… Ensuite là je crois qu'il a appelé sa mère.

Vondt fronça les narines. Une odeur horrible commençait à se dégager du Grec, dont les sphincters avaient lâché.

– Bon je crois qu'on en apprendra pas plus. Mettez la dope dans une des bagnoles et extinction des feux.

Sorvan avait parfaitement saisi l'allusion.

Vondt n'avait pas attendu pour sortir et pour rejoindre la voiture planquée dans l'arrière-cour.

Il avait tout de suite allumé la radio. Elle ne s'était pas arrêtée une seconde depuis.

Après que toute la scène eut fini de se dérouler dans son esprit comme un film bien trop net à son goût, il ressentit un bien-être nouveau doucement envahir. Le pare-brise créait un écran de drive-in sur lequel défilaient des images de plage, d'océan, de ciel étoilé et de reflets lunaires. Il n'avait pas pu faire autrement, c'était tout. Il avait un contrat à exécuter, 20 000 deutsche marks pour une semaine de boulot, à tout casser. Ce n'était pas personnel. Le Grec avait juste été la mauvaise personne, au mauvais endroit, au mauvais moment.

Il espéra que Sorvan ait fait ça vite et relativement proprement. Si c'était à Dimitriescu que le Bulgare avait laissé le soin de l'extinction des feux, nul doute que l'ancien tortionnaire de Bucarest y aurait mis quelque sophistication ingénieuse.