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Le bruit du percuteur agaça son oreille.

Il reprit son souffle et essuya la sueur qui lui dégoulinait de partout sur le visage et dans le cou.

Il entendit leur course au rez-de-chaussée, la porte du hall s'ouvrir et des cris résonner dans l'espace. Des ordres brefs. Il les entendit sortir de l'hôtel, à toute vitesse, puis courir sur le gravier. Il entendit presque aussitôt les moteurs démarrer et es portières claquer. Puis le crissement des pneus.

Il fut surpris de constater qu'aucune sirène de police ne hululait dans la nuit.

Seigneur dieu. Cela faisait trois bonnes semaines qu'il n'avait pas eu aussi peur. Il était couvert d'un film moite et glacé. Quand il avait compris qu'ils étaient une bonne dizaine il s'était dit que le siège serait plus difficile à tenir que prévu. Mais, bon, ça avait marché. Bon sang… il n'aurait jamais cru pouvoir tuer six ou sept hommes aussi rapidement, là, en quoi? Allez… deux ou trois minutes?

Les silhouettes avachies en travers de la porte et le poids du PM dans le creux de sa main lui montraient toute la matérialité du phénomène.

Il ne fallait pas rester. Il courut jusqu'au cabinet et lança d'une voix étouffée:

– Alice c'est moi, Hugo. Tu peux sortir. C'est fini, maintenant.

Il entendit le verrou qu'on poussait puis le battant pivota, la découvrant, le visage anxieux et proprement défait.

Hugo tenait négligemment l'arme vers le sol, il gérait l'urgence et avait oublié momentanément le long terme. On avait tiré une deuxième fois du fond du couloir, après que l'homme de la chambre avait été abattu par la grande silhouette. C'était même sûrement ces coups de feu qui avaient atteint le chef des ombres.

Il était juste en train d'y penser lorsqu'il vit le visage d'Alice fixer un point derrière lui. Son visage exprimait une émotion indicible. Un mélange d'incompréhension, d'étonnement total et d'émerveillement. Bouche bée, le regard perdu par-dessus son épaule.

Il se retournait lorsque la voix avait éclaté, extrêmement sèchement.

– Policia. Polizei. Police, puis en portugais: ne faites aucun geste et laissez tomber votre jouet.

Du coin de l'œil Hugo vit une élégante silhouette s'encadrer dans l'ouverture. Des cheveux longs, fauves, presque roux, qui tombaient sur ses épaules. Un simple polo noir et un blue-jean. Oui, bien sûr, la voix avait été si totalement féminine.

Il fit doucement face à la silhouette qui avançait vers lui, une des ses mains braquant le flingue vers lui, tout à fait professionnellement.

L'autre pendait mollement le long de son corps. Malgré l'obscurité, il put discerner des reflets gras dans le haut du bras. Et des rigoles noires suintant sur son poignet blafard.

– Ne faites rien de regrettable, et laissez tomber votre jouet. Je suis droitière.

Elle voulait sûrement dire par là qu'elle tenait son petit automatique de la main la mieux entraînée, se dit Hugo. Son regard se portait maintenant sur Alice.

Celle-ci totalement paralysée lâcha péniblement, en hollandais:

– Ma… Madame Van Dyke…

La femme-flic fit un sourire à l'enfant tout en continuant de braquer son petit automatique sur la figure d'Hugo. Manières qu'il trouvait tout à fait détestables et manquant de courtoisie.

Van Dyke? pensait-il, cette fille serait une flic hollandaise?

– Posez ce machin, laissa-t-elle tomber, toujours en portugais, nullement résignée par son obstination. Et levez les mains.

Puis en néerlandais, ce que nota immédiatement Hugo:

– Viens ici Alice.

D'un geste rapide du pistolet, mais qui lui arracha une petite plainte, elle aplatit l'interrupteur à sa droite. La lumière du plafonnier se répandir dans la pièce.

Une assez jolie fille, nota Hugo, sans le vouloir. Le flingue était déjà revenu à sa place initiale.

Hugo n'avait pas le choix. Il fit doucement glisser le PM le long de sa lanière et le posa délicatement à terre.

– Pas de problème, dit-il dans sa langue paternelle. Il est vide de toute façon.

– Levez les mains…

Puis en hollandais:

– Qui êtes-vous?

La jeune femme le détaillait d'un œil soupçonneux et scrutateur.

Son visage était très pâle. Et un film de sueur perlait sur son front. Ses yeux semblaient troublés par un voile de fatigue.

Hugo ne savait pas trop comment se dépêtrer du piège. Il resta silencieux. Leva lentement les mains à hauteur des épaules.

C'est Alice qui lui sauva la mise.

– Madame Van Dyke… Anita, ne lui faites pas de mal. C'est Hugo, c'est un ami, il m'a aidée. Il m'a sauvée des hommes de ma mère…

La jeune fille s'interposait presque entre la fliquesse et lui.

La flic écarta gentiment l'enfant. Son mouvement faillit lui arracher un petit cri, réprimé en une plainte rentrée.

– C'est Travis qui vous emploie? laissa-t-eIle tomber après de longues secondes d'observation.

Hugo faillit éclater de rire. Travis, m'employer?

Il la fixa sans ciller, un mince sourire aux lèvres.

Qu'est-ce que c'était que cette connerie?

– Vous êtes sérieuse?

La jeune femme le détailla sans trop d'aménité, cherchant à le situer. Alice fit un pas vers elle.

– Madame Van Dyke, Anita… S'il vous plaît, écoutez-moi… Je vous dis que c'est un ami.

Les yeux de la fillette ne pouvaient se détacher du crabe de sang qui s'étoilait sur l'épaule et le bras de lajeune femme.

– Qui êtes-vous? reprit la jeune flic dans un rictus de douleur… Que faites-vous avec Alice?

– Je l'accompagne.

– Vous l'accompagnez? Où ça?

– Chez son père.

Il repéra un éclair vif dans le regard de la jeune femme.

– Où ça chez son père?

Hugo fit un geste vague en direction de la petite:

– Je ne sais pas exactement, vers Faro. La petite connaît l'adresse et a une photo de la maison.

La fliquesse se tourna légèrement vers Alice. Ce simple mouvement semblait lui demander toute son énergie.

– Tu connais l'adresse de ton père. Alice?

Alice opina lentement du chef, sans dire un mot.

La fliquesse semblait la sonder du regard. Puis elle jeta un coup d'œil à Hugo, le flingue toujours tendu devant elle. Elle tourna à nouveau la tête vers Alice. Elle continuait de le surveiller attentivement d coin de l'oeil.

– Dis-moi, Alice, demanda la jeune femme dans un souffle, cette adresse ce ne serait pas à Albufeira?

Alice hocha positivement la tête, en silence.

– Je vois, laissa tomber la flic dans un souffle grave.