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Hugo observa la jeune femme en détail. Celle-ci semblait réfléchir intensément et un de ses sourcils se fronçait.

Oui, se disait-il. Elle pense sûrement à la même chose que moi.

Le silence plombait l'univers.

– Dites-moi, laissa-t-il tomber nonchalamment, vous ne trouvez pas qu'ils en mettent du temps, vos p'tits copains du coin? On a pourtant tiré autant de balles qu'un régiment d'infanterie dans cet hôtel.

Il fixa clairement la tache rouge et grasse qui se déployait sous son épaule.

La fliquesse le regarda avec un regard froid et non exempt d'agressivité.

– Nous allons descendre, lâcha-t-elle froidement.

Hugo la fixa tout aussi froidement.

– Moi? Très sincèrement, je ne crois pas du tout.

Il voulait juste gagner une ou deux minutes. Il fallait qu'il trouve une issue.

Il affronta son regard et le museau tubulaire du petit automatique pointé vers lui.

– Anita, gémit Alice, s'il vous plaît…

– Une seconde Alice.

La voix de la jeune femme était d'une fermeté absolue.

– Vous ne croyez pas quoi? reprit-elle à son intention.

Elle réprima dIfficilement une grimace. Ses yeux se voilèrent un instant.

– Que je vais descendre avec vous.

– Vous pensez être en situation de discuter? Sa voix n'était plus qu'un souffle un peu rauque qu'Hugo trouva irrésistible, dans la seconde.

– Je suis d'un tempérament assez obstiné. Ma mère était bretonne et mon père était flamand.

La jeune femme eut un pâle sourire, mais le flingue ne bougeait toujours pas.

– Vous auriez tort de penser que j'hésiterais une seconde à faire usage de la force.

– Je n'ai pas dit ça.

La flic l'observait d'un regard où se mêlaient incompréhension et intérêt. Mais cette lueur fut rapidement occultée par un nuage qui voila le bleu intense de son iris.

Hugo la vit vaguement osciller, faire un pas en avant puis se courber sur le côté en émettant une plainte étouffée. Le bras armé du pistolet se replia malgré elle sur son bras blessé.

Hugo en profita aussitôt pour passer à l'action.

Il ne fit rien de brutal, ce qui le surprit sur le coup.

Il l'avait déjà rejointe, d'une foulée lente, mais inexorable.

Le visage de la jeune femme se contractait sous la douleur. Le sang n'arrêtait pas de couler. Une sacrée bonne hémorragie, pensa Hugo en voyant s'étoiler d'énormes gouttes de sang sur le parquet, maintenant. Sur toute la longueur du bras gauche, le polo noir était imbibé d'un liquide rougeâtre et brillant.

Il entendit une plainte, réprimée à l'intérieur de la glotte. Des larmes perlaient au coin des paupières. La mâchoire semblait collée à l'Araldite. Les yeux se voilèrent.

Oh merde, entendit-il distinctement alors qu' elle s'affaissait sur elle-même, la tête tombant à la renverse, le regard perdu vers les limbes de l'inconscience.

Il la rattrapa de justesse. Sa tête pendait mollement en arrière. Sa main laissa tomber le flingue qui, par chance, ne tira pas au moment de son choc contre le plancher.

Il posa délicatement la jeune femme sur le sol.

– Alice?

La fillette s'approcha de lui, déjà prête à faire ce qu'il lui dirait de faire, il le comprit instantanément et lui en sut gré.

Il courut jusqu'à son blouson, sauta dans ses vêtements et envoya les clés de la BMW à travers la pièce jusque dans les mains de la fillette qui les saisit adroitement au vol.

– On se tire. Tu ouvriras les portières.

Elle fonçait déjà vers l’escalier.

Il put se rendre compte qu'elle enjambait sans hésitation les cadavres allongés en travers de la porte, ou gisant dans l'escalier.

Lorsque la fliquesse s'éveilla, il atteignait le Beixa Alentejo. Il roulait sur une petite route qu'il suivait avec l'aide d'Alice, installée à côté de lui, sur le siège passager, la carte dépliée sur ses genoux. La jeune femme s'agita en gémissant, sur la banquette. Alice avait eu tout le temps de lui expliquer qui était Anita Van Dyke après qu'il l'eut portée dans la voiture. Au passage dans le hall de la réception il avait pu voir que le gardien de nuit avait été tué, une large entaille comme un deuxième sourire s'ouvrait autour de sa gorge, et qu'on avait arraché les fils du téléphone. Dans la voiture, il avait pratiqué un garrot et un pansement d'urgence, en moins d'une minute. À l'extérieur aucune bagnole de flics ne rôdait, nulle part dans les parages. Seules quelques lumières allumées dans les maIsons du voisinage témoignaient qu'on avait bien entendu quelque chose, comme des coups de feu, là, dans l'hôtel. C'était à croire que le commissariat entier avait été soufflé.

À vingt kilomètres d'Évora, il s'était planqué dans la cambrousse et avait procédé à l'intervention.

Il avait installé la couverture sous la tête de la flic puis découpé la manche avec son couteau suisse. Il y avait une vilaine blessure, un trou noirâtre et rouge, énorme, au sommet du bras, à cinq centimètres au-dessous de l'épaule. Il coupa la manche à l'encolure et la jeta au loin.

Il avait soulevé délicatement le bras de la jeune femme et vu qu'un deuxième orifice s'étoilait en dessous, également. La balle avait traversé le bras de part en part. Du très gros calibre, un genre de balles blindées. Ça avait causé de gros dégâts à l'intérieur. En quelques auscultations il put déjà soupçonner une fracture.

Il avait entendu le ahanement d'Alice qui revenait avec la pharmacie, une caisse à peine moins grosse que la trousse à outils. Comme le disait Ari Moskiewicz, ça ne prend pas beaucoup plus de place d'avoir un équipement fiable. C'était vrai. Mais ça pesait nettement plus lourd.

Hugo avait ouvert prestement la grosse valise. Il y avait là de quoi soigner à peu près tous les types de blessures occasionnées par les armes à feu.

Il avait extirpé une petite bouteille d'oxygène.

Un antiseptique puissant. Un anesthésique, des compresses, du fil, de quoi cautériser les plaies et une paire de ciseaux étincelants. Puis il avait procedé à l'opération.

Alice regardait le spectacle, d'un air médusé.

Ensuite il avait changé les plaques, dans ce chemin forestier en retrait de la route de Monsarraz.

Enfin il avait pris de petits axes routiers, un peu au a hasard, vers l'est, puis le sud-est.

Il entendit la jeune femme bouger, puis demander:

– Où sommes-nous?… Où… Où allons-nous?

Il jeta un coup d'œil sur la carte et prit une minuscule voie communale serpentant entre des collines arides.

– Nous sommes dans le Bas Alentejo, vers l'Espagne.

Il trouva un chemin qui grimpait vers un escarpement rocheux, au sommet duquel se délabrait une ancienne tour de guet. Il était au sud-est de Moura, vers la frontière que les Portugais protégeaient des incursions castillanes depuis des siècles. Le chemin était caillouteux et la butte formée de roches où poussait une maigre végétation.

Il se gara près de l'ancienne tour et éteignit les phares, de là où il était il dominait une vallée aride entourée de petites mesas.

La jeune femme reprenait conscience, elle appuya son dos contre la portière où Hugo avait roulé la couverture navajo en oreiller. Son visage était pâle et couvert de sueur.

– Alice? demanda Hugo, prends le tube bleu et blanc et le tube vert dans la trousse et passe-lui la bouteille d'eau minérale.

Alice s'exécuta et la jeune femme se saisit des objets en émettant un petit râle. Son bras gauche était maintenu par une attelle de carbone, dans un bandage tout à fait orthodoxe.

– Prenez deux comprimés contre la fièvre et un antibiotique. Et buvez cette bouteille entièrement, ordonna Hugo.

La jeune femme eut un léger sourire lorsqu'elle hocha la tête. Elle avala les pilules et reposa la bouteille contre elle.

– Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait? demanda-t-elle, tout à fait sérieusement.

– Pour le moment je réfléchis… Le mieux serait évidemment que vous alliez au plus vite dans un hôpital et que moi, je ramène cette môme chez son père…