Выбрать главу

— … Nous arrivons au symbole du nombril. Non seulement les personnes, mais les sociétés sont constituées de ces quatre étapes. La civilisation occidentale a une Persona, les idées qui nous guident.

« Dans sa tentative de s’adapter aux changements, elle entre en contact avec l’Ombre – nous voyons les grandes manifestations de masse, dans lesquelles l’énergie collective peut être manipulée pour le meilleur comme pour le pire. Soudain, pour une raison quelconque, la Persona ou l’Ombre ne satisfont plus les êtres humains – et le moment est venu d’un saut, dans lequel se fait une connexion inconsciente avec l’Âme. De nouvelles valeurs surgissent.

— J’ai noté cela. J’ai observé la réapparition du culte de la face féminine de Dieu.

— Excellent exemple. Et, au terme de ce processus, pour que ces nouvelles valeurs s’installent, la race tout entière commence à entrer en contact avec les symboles – le langage chiffré par lequel les générations actuelles communiquent avec le savoir des ancêtres. Un de ces symboles de renaissance est le nombril. Sur le nombril de Vishnu, divinité indienne responsable de la création et de la destruction, est assis le dieu qui va tout gouverner dans chaque cycle. Les yogis le considèrent comme un chakra, un point sacré dans le corps humain. Les tribus les plus primitives avaient coutume de placer des monuments là où elles pensaient que se trouvait le nombril de la planète. En Amérique du Sud, des personnes en transe disent que la vraie forme de l’être humain est un œuf lumineux, qui se connecte aux autres par l’intermédiaire de filaments qui sortent de son nombril.

« Le mandala, dessin qui stimule la méditation, en est une représentation symbolique. »

J’ai envoyé toute l’information en Angleterre avant la date que nous nous étions fixée. J’ai dit à Héron que la femme qui parvient à éveiller dans un groupe cette réaction absurde doit avoir un pouvoir extraordinaire, et que je ne serais pas surpris que cela relève du paranormal. Je lui ai suggéré d’essayer de l’étudier de plus près.

Je n’avais jamais réfléchi à ce thème, et j’ai voulu l’oublier immédiatement ; ma fille m’a dit que je me comportais d’une manière bizarre, que je ne pensais qu’à moi, que je ne regardais que mon nombril !

Deidre O’Neill, connue sous le nom d’Edda

« Tout a raté : comment as-tu réussi à me mettre dans la tête que je saurais enseigner ? Pourquoi m’humilier devant les autres ? J’aurais dû oublier ton existence. Quand on m’a appris à danser, j’ai dansé. Quand on m’a appris à écrire des lettres, j’ai appris. Mais toi, tu as été perverse : tu as exigé de moi quelque chose qui était au-delà de mes limites. Voilà pourquoi j’ai pris un train pour venir jusqu’ici – pour que tu voies combien je te déteste ! »

Elle ne cessait pas de pleurer. Heureusement qu’elle avait laissé l’enfant à ses parents, parce qu’elle parlait un peu trop fort, et son haleine avait… un parfum de vin. Je l’ai priée d’entrer, faire ce scandale devant ma : porte n’apporterait rien à ma réputation – déjà bien compromise parce qu’on racontait que je recevais des hommes, des femmes, et que j’organisais de grandes parties de débauche au nom de Satan. Mais elle restait là, hurlant : « C’est ta faute ! Tu m’as humiliée ! » Une fenêtre s’est ouverte, puis une autre. Bon, une femme qui est prête à déplacer l’axe du monde doit être prête aussi à savoir que les voisins ne seront pas toujours contents. Je me suis approchée d’Athéna et j’ai fait exactement ce qu’elle désirait que je fasse : je l’ai prise dans mes bras.

Elle a continué à pleurer sur mon épaule. Prudemment, je lui ai fait monter les quelques marches, et nous sommes entrées chez moi. J’ai préparé une tisane dont je ne partage la formule avec personne, car c’est mon protecteur qui me l’a enseignée ; je l’ai posée devant elle, et elle l’a bue d’un seul trait. Elle a montré ainsi que sa confiance en moi était encore intacte. « Pourquoi suis-je comme cela ? » a-t-elle poursuivi.

Je savais que l’alcool avait cessé de faire son effet.

« J’ai des hommes qui m’aiment. J’ai un fils qui m’adore et qui voit en moi un modèle de vie. J’ai des parents adoptifs que je considère comme ma vraie famille, et qui pourraient mourir pour moi. J’ai rempli les espaces blancs de mon passé quand je suis allée à la recherche de ma mère. J’ai assez d’argent pour passer trois ans sans rien faire d’autre que profiter de la vie – et je ne suis pas contente !

« Je me sens misérable, coupable, parce que Dieu m’a bénie par des tragédies que j’ai pu surmonter et des miracles que j’ai honorés, et je ne suis jamais contente ! Je veux toujours plus. Je n’avais pas besoin d’aller à ce théâtre, et d’ajouter une frustration à ma liste de victoires !

— Crois-tu que tu as mal agi ? »

Elle s’est arrêtée, et elle m’a regardée avec étonnement.

« Pourquoi poses-tu cette question ? »

J’ai juste attendu la réponse.

« J’ai bien agi. J’étais avec un journaliste quand je suis entrée, sans la moindre notion de ce que j’allais faire, et tout d’un coup les choses ont commencé à surgir comme si elles sortaient du néant. Je sentais la présence de la Grande Mère près de moi, qui me guidait, me donnait des instructions, transmettait par ma voix une sécurité que, dans mon for intérieur, je ne possédais pas.

— Alors pourquoi te plains-tu ?

— Parce que personne n’a compris !

— Et c’est important ? Tellement important que cela te pousse à venir en Ecosse pour m’insulter devant tout le monde ?

— Bien sûr que c’est important ! Si tu es capable de tout, si tu sais que ce que tu fais est juste, comment se fait-il que tu ne parviennes pas au moins à être aimée et admirée pour cela ? »

C’était le problème. Je l’ai prise par la main et je l’ai conduite dans la chambre où, quelques semaines auparavant, elle avait contemplé la bougie. Je l’ai priée de s’asseoir et d’essayer de se calmer un peu – même si j’étais certaine que la tisane faisait son effet. Je suis allée dans ma chambre, j’ai pris un miroir circulaire, et je l’ai placé devant son visage.

« Tu as tout, tu as lutté pour chaque pouce de ton territoire. Maintenant regarde-toi, tu es en larmes. Regarde cette amertume sur ton visage. Essaie de voir la femme qui est dans le miroir ; cette fois ne ris pas, mais essaie de la comprendre. »

Je lui ai laissé suffisamment de temps pour qu’elle suive mes instructions. Quand j’ai constaté qu’elle entrait dans la transe désirée, je suis allée plus loin :

« Quel est le secret de la vie ? Nous l’appelons "grâce" ou "bénédiction". Tout le monde cherche à se satisfaire de ce qu’il a. Pas moi. Pas toi. Pas nous, les quelques rares personnes qui, malheureusement, devront se sacrifier un peu, au nom d’une chose supérieure.

« Notre imagination est plus grande que le monde qui nous entoure, nous allons au-delà de nos limites. Autrefois on appelait cela "sorcellerie" – mais, heureusement les choses ont changé, ou bien à cette heure nous serions déjà sur le bûcher. Quand on a cessé de brûler les femmes, la science a trouvé une explication, normalement appelée "hystérie féminine" ; même si elle ne cause pas la mort par le feu, elle finit par provoquer un tas de problèmes, surtout dans le travail.

« Mais ne t’inquiète pas, bientôt on l’appellera "sagesse". Garde les yeux fixés sur le miroir : que vois-tu ?

— Une femme.

— Et qu’est-ce qu’il y a derrière la femme ? »

Elle a hésité un peu. J’ai insisté, et elle a fini par répondre :

« Une autre femme. Plus vraie, plus intelligente que moi. Comme une âme qui ne m’appartiendrait pas, mais qui ferait partie de moi.

— C’est cela. Maintenant, je vais te demander d’imaginer l’un des symboles les plus importants de l’alchimie : un serpent qui fait un cercle et se dévore la queue. Peux-tu imaginer cela ? »