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— Je t’ai pris, goy, parce que je ne veux pas que les gens croient que je gagne seulement parce que j’ai des bons soldats. Je veux qu’ils sachent que, même avec une petite merde comme toi, je peux encore gagner. Il n’y a que trois règles, ici : faire ce que je dis et ne pas pisser au lit !

Ender acquiesça. Il comprit que Ray voulait qu’il demande quelle était la troisième règle. Alors, il le fit.

— C’étaient les trois règles. Ici, on n’est pas très fort en math.

Le message était clair. Gagner était plus important que le reste.

— Tes séances d’entraînement avec les Nouveaux sont terminées, Wiggin. Finies. Tu es dans une armée de grands, à présent. Je te mets dans la cohorte de Dink Meeker. Désormais, de ton point de vue, Dink Meeker est Dieu.

— Dans ce cas, qui es-tu ?

— L’officier recruteur qui a engagé Dieu, ricana Ray. Et tu n’as pas le droit d’utiliser ton bureau avant d’avoir gelé deux ennemis au cours de la même bataille. Cet ordre est une question d’autodéfense. J’ai entendu dire que tu étais un programmateur génial. Je ne veux pas que tu puisses faire tes conneries avec mon bureau.

Tout le monde éclata de rire. Ender ne comprit pas immédiatement pourquoi. Ray avait programmé son bureau pour qu’il affiche une image animée, plus grande que nature, de parties sexuelles masculines, qui se balançaient tandis que Ray tenait son bureau sur ses cuisses nues. Naturellement, c’est avec ce commandant-là que Bonzo m’a échangé. Comment un garçon qui consacrait son temps à ce type d’activité pouvait-il gagner des batailles ?

Ender trouva Dink dans la salle de jeux, où il se contentait de regarder, assis dans un coin.

— Un type m’a indiqué qui tu es, dit Ender. Je m’appelle Ender Wiggin.

— Je sais, répondit Meeker.

— Je suis dans ta cohorte.

— Je sais, répéta-t-il.

— Je suis très inexpérimenté.

Dink le regarda.

— Écoute, Wiggin, je sais tout ça. Pourquoi crois-tu que j’aie demandé à Ray de te prendre et de te confier à moi ?

Il n’avait pas été rejeté, il avait été choisi, il avait été demandé. Meeker le voulait.

— Pourquoi ? demanda Ender.

— J’ai assisté à tes entraînements avec les Nouveaux. Je crois que tu as un potentiel. Bonzo est stupide et je voulais que tu puisses avoir un entraînement meilleur que celui que pourrait te donner Petra. Elle ne sait que tirer.

— J’avais besoin d’apprendre cela.

— Tu te déplaces encore comme si tu avais peur de mouiller ton pantalon.

— Alors, montre-moi.

— Alors, apprends !

— Je ne renoncerai pas à m’entraîner pendant les périodes de temps libre.

— Je ne veux pas que tu renonces.

— Ray le Nez, si.

— Ray le Nez ne peut pas t’en empêcher. De même, il ne peut pas t’empêcher d’utiliser ton bureau.

— Je croyais que les commandants pouvaient ordonner n’importe quoi.

— Ils peuvent ordonner à la Lune de devenir bleue, aussi, mais elle ne le fait pas. Écoute, Ender, les commandants ont l’autorité qu’on leur accorde. Plus on leur obéit, plus leur pouvoir est grand.

— Qu’est-ce qui peut les empêcher de me donner des coups ?

Ender se souvenait de l’accès de violence de Bonzo.

— Je croyais que tu prenais des cours d’autodéfense ?

— Tu m’as vraiment espionné, hein ?

Dink ne répondit pas.

— Je ne veux pas que Ray se mette à me détester. Je veux participer aux batailles à présent, j’en ai assez de ne rien faire en attendant la fin.

— Tu vas perdre des places au classement.

Cette fois, ce fut Ender qui ne répondit pas.

— Écoute, Ender, aussi longtemps que tu feras partie de ma cohorte, tu participeras aux batailles.

Ender comprit rapidement pourquoi. Dink entraînait sa cohorte indépendamment du reste de l’Armée du Rat, avec discipline et vigueur ; il ne consultait jamais Ray, et il était rare que l’ensemble de l’armée manœuvre d’un seul bloc. C’était comme si Ray commandait une armée et Dink une autre, beaucoup plus petite, s’entraînant par hasard dans la même salle de bataille.

Dink commença le premier exercice en demandant à Ender de faire la démonstration de sa technique d’attaque les pieds en avant. Cela ne plut pas aux autres.

— Comment pouvons-nous attaquer couchés sur le dos ?

À la surprise d’Ender, Dink ne rectifia pas, ne dit pas :

— Vous n’attaquez pas sur le dos, vous sautez sur l’ennemi.

Il avait vu ce qu’Ender faisait, mais il ne comprenait pas l’orientation que cela impliquait. Ender se rendit rapidement compte que, bien que Dink soit très, très fort, sa volonté de s’en tenir à la pesanteur du couloir, au lieu de décider arbitrairement que la porte ennemie se trouvait en bas, limitait son raisonnement.

Ils s’entraînèrent à attaquer une étoile tenue par l’ennemi. Avant d’avoir essayé la technique d’Ender, les pieds en avant, ils l’avaient toujours fait debout, leur corps tout entier constituant une cible. Mais cette fois, cependant, une fois arrivés près de l’étoile, ils n’attaquaient l’ennemi que d’un seul côté.

— Passez par-dessus ! hurlait Dink, et ils passaient.

À son crédit, il recommença l’exercice, criant :

— Encore, la tête en bas !

Mais, compte tenu de leur volonté de se conformer à une pesanteur qui n’existait pas, les garçons étaient maladroits, en manœuvrant dessous, comme s’ils étaient pris de vertige.

Ils détestaient attaquer les pieds devant. Dink tenait à ce qu’ils le fassent. En conséquence, ils détestaient Ender.

— Est-ce qu’un Nouveau peut nous apprendre à combattre ? marmonna l’un d’entre eux, veillant à ce qu’Ender puisse entendre.

— Oui, répondit Dink.

Ils continuèrent de travailler.

Et ils apprirent. Au cours de simulations de batailles, ils comprirent qu’il était beaucoup plus difficile de tirer sur un ennemi attaquant les pieds devant. Dès qu’ils furent convaincus de cela, leurs réticences disparurent et ils répétèrent sérieusement la manœuvre.

Ce soir-là, pour la première fois, Ender dut aller à son entraînement après avoir travaillé tout l’après-midi. Il était fatigué.

— À présent, tu es dans une vraie armée, dit Alai. Tu n’as plus besoin de t’entraîner avec nous.

— Tu peux m’apprendre des choses que personne ne sait, dit Ender.

— Dink Meeker est le meilleur. J’ai entendu dire qu’il était chef de ta cohorte.

— Eh bien, travaillons. Je vais vous montrer ce qu’il m’a appris aujourd’hui.

Il fit exécuter à Alai et deux douzaines d’autres les exercices qui l’avaient épuisé pendant l’après-midi. Mais il améliora les structures, leur fit exécuter les manœuvres avec une jambe gelée, les deux jambes gelées, ou bien en utilisant des gars entièrement gelés pour changer de direction.

Au milieu de l’entraînement, Ender remarqua que Petra et Dink, ensemble, les regardaient, debout sur le seuil. Plus tard, quand il regarda à nouveau, ils étaient partis.

Ainsi, ils me regardaient et ce que nous faisons est connu. Il ignorait si Dink était son ami ; il croyait que Petra l’était, mais il n’y avait rien de sûr. Peut-être étaient-ils furieux qu’ils fassent ce que seuls les commandants et les chefs de cohorte étaient censés faire – entraîner des soldats et les faire manœuvrer. Peut-être étaient-ils vexés qu’un soldat entretienne des relations aussi étroites avec des Nouveaux. L’attention des grands le mit mal à l’aise.

— Je croyais t’avoir dit de ne pas utiliser ton bureau.

Ray le Nez se tenait près de la couchette d’Ender. Ender ne leva pas la tête.