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— Je termine le devoir de trigonométrie pour demain.

Ray donna un coup de genou dans le bureau d’Ender.

— Je t’ai dit de ne pas l’utiliser.

Ender posa le bureau sur sa couchette et se leva.

— J’ai davantage besoin de la trigonométrie que de toi.

Ray faisait au moins quarante centimètres de plus qu’Ender. Mais Ender n’était pas inquiet. Cela n’irait pas jusqu’à la violence physique et, dans le cas contraire, Ender pensait pouvoir résister. Ray était paresseux et ne connaissait pas l’autodéfense.

— Tu descends au classement, petit, souligna Ray.

— Cela ne me surprend pas. J’étais en tête simplement parce que l’Armée de la Salamandre m’utilisait d’une façon stupide.

— Stupide ? La stratégie de Bonzo lui a permis de remporter quelques batailles capitales.

— La stratégie de Bonzo ne permettrait pas de remporter un combat de coqs. J’ai violé les ordres chaque fois que j’ai tiré.

Ray l’ignorait. Cela le mit en colère.

— Ainsi, tout ce que Bonzo a dit à propos de toi était faux ! Tu n’es pas seulement petit et incompétent, tu es également désobéissant.

— Mais j’ai transformé une défaite en nul, à moi tout seul.

— On verra ce que tu feras, à toi tout seul, la prochaine fois.

Ray s’en alla.

Un des camarades de cohorte d’Ender secoua la tête.

— Tu es complètement con.

Ender se tourna vers Dink, qui tripotait son bureau. Dink leva la tête, s’aperçut qu’Ender le regardait et lui rendit tranquillement son regard. Sans expression. Sans rien. D’accord, se dit Ender, je peux me débrouiller tout seul.

Une bataille eut lieu deux jours plus tard. C’était la première fois qu’Ender combattait dans une cohorte ; il était nerveux. La cohorte de Dink prit position contre le mur de droite et Ender veilla à ne pas se pencher, à ne pas faire glisser son poids d’un côté ou de l’autre, à conserver son équilibre.

— Wiggin ! cria Ray le Nez.

Ender sentit la terreur s’installer en lui, dans le bas-ventre et les reins, picotement de peur qui le fit trembler. Ray s’en aperçut.

— Tu frissonnes ? Tu trembles ? Mouille pas ton pantalon, petit débutant !

Ray coinça un doigt sous la crosse du pistolet d’Ender et le tira vers le champ de force qui cachait la salle de bataille.

— On va voir de quoi tu es capable, à présent, Ender. Dès que la porte s’ouvrira, tu sauteras et tu fileras droit sur la porte ennemie.

Suicide. Destruction dépourvue d’intérêt et de sens. Mais, à présent, il devait exécuter les ordres : c’était une bataille, pas l’école. Ender ragea silencieusement ; puis se calma.

— Excellent, commandant, dit-il. La direction dans laquelle je tirerai sera celle du gros de leurs forces.

Ray rit.

— Tu n’auras pas le temps de tirer, petit con !

Le mur disparut. Ender sauta, saisit les poignées du plafond et se propulsa vers le bas, filant en direction de la porte ennemie.

C’était l’Armée du Mille-Pattes, et elle commençait à peine à franchir la porte alors qu’Ender était déjà au milieu de la salle de bataille. Beaucoup furent en mesure de se mettre à couvert derrière les étoiles, mais Ender avait replié les jambes et, tenant le pistolet entre les cuisses, tirait entre ses jambes et en gelait un grand nombre à mesure qu’ils sortaient.

Ils touchèrent ses jambes mais il disposa de trois secondes précieuses avant qu’ils puissent le toucher au corps et le mettre hors de combat. Il en gela encore plusieurs puis écarta le bras. La main qui tenait le pistolet était pointée en direction du gros des forces de l’Armée du Mille-Pattes. Il tira dans la masse compacte des ennemis, puis ils le gelèrent.

Une seconde plus tard, il s’écrasa contre le champ de force de la porte ennemie et rebondit en tournoyant follement. Il heurta un groupe d’ennemis cachés derrière une étoile ; ils le repoussèrent et il tournoya encore plus rapidement. Il rebondit, incontrôlable, pendant tout le reste de la bataille, bien que la friction de l’air le ralentisse progressivement. Il lui était impossible de savoir combien d’adversaires il avait gelés avant de succomber, mais il se rendit vaguement compte que l’Armée du Rat gagnait encore, comme d’habitude.

Après la bataille, Ray ne lui adressa pas la parole. Ender était toujours en tête du classement, puisqu’il avait gelé trois adversaires, en avait mutilé deux et endommagé sept. Il ne fut plus question de désobéissance ou du droit d’utiliser le bureau. Ray resta dans son coin et laissa Ender tranquille.

Dink Meeker décida de travailler la sortie immédiate du couloir – l’attaque d’Ender, tandis que les adversaires étaient encore en train de sortir, avait été dévastatrice.

— Si un seul homme peut faire de tels dégâts, imaginez ce que peut faire une cohorte !

Dink obtint du Major Anderson qu’une porte soit ouverte au milieu de la paroi, même pendant les entraînements, afin qu’ils puissent s’entraîner dans les conditions réelles d’une bataille. La nouvelle se répandit. Par la suite, il devint impossible de réfléchir cinq, dix ou quinze secondes dans le couloir. Le jeu s’était transformé.

D’autres batailles. Cette fois, Ender tint véritablement sa place dans la cohorte. Il commit des erreurs. Des accrochages furent perdus. Il fut deuxième, au classement, puis quatrième. Puis il commit moins d’erreurs et se sentit mieux intégré dans la structure de la cohorte, de sorte qu’il regagna la troisième place, la deuxième, puis la première.

Après l’entraînement, un après-midi, Ender resta dans la salle de bataille. Il avait remarqué que Dink Meeker allait généralement dîner tard et il supposa que c’était pour s’entraîner davantage. Ender n’avait pas très faim et voulait voir ce que Dink mettait au point en secret.

Mais Dink ne s’entraîna pas. Il resta près de la porte, fixant Ender.

Ender se tenait de l’autre côté de la salle, fixant Dink.

Ils ne parlaient pas. Il était évident que Dink attendait qu’Ender s’en aille. Il était tout aussi évident qu’Ender s’y refusait.

Dink tourna le dos à Ender, quitta méthodiquement sa combinaison de combat puis exerça une légère poussée sur le sol. Il dériva lentement vers le centre de la salle, très lentement, son corps se détendant presque complètement, de sorte que ses mains et ses bras paraissaient pris dans les courants d’air presque inexistants de la salle.

Après la vitesse et la tension de l’entraînement, l’exercice physique, la vigilance, le voir ainsi flotter était reposant. Il fit cela pendant une dizaine de minutes, jusqu’au moment où il atteignit une autre paroi. Puis il poussa plutôt brutalement, regagna sa combinaison et l’enfila.

— Viens ! dit-il à Ender.

Ils se rendirent au dortoir. La salle était vide puisque tous les élèves étaient en train de dîner. Ils regagnèrent chacun leur couchette et se changèrent, remettant leur uniforme. Ender alla s’immobiliser près de la couchette de Dink et attendit que celui-ci ait terminé de se changer.

— Pourquoi es-tu resté ? demanda Dink.

— J’avais pas faim.

— Eh bien, à présent tu sais pourquoi je ne suis pas commandant.

Ender s’était posé la question.

— En fait, on m’a promu trois fois, et j’ai refusé.

— Refusé ?

— Ils m’ont pris mon placard, ma couchette, et mon bureau, ils m’ont affecté dans une cabine de commandant et m’ont donné une armée. Mais je me suis contenté de rester dans la cabine jusqu’à ce qu’ils cèdent et me remettent dans l’armée de quelqu’un d’autre.

— Pourquoi ?