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— Et des rapports entre androïde et androïde ?

— Pour quoi faire ? Des enfants ?

— Les rapports sexuels et la reproduction sont des fonctions bien distinctes, Thor. Les gens ont des rapports sans avoir d’enfants, et des enfants sans avoir de rapports, ça arrive tout le temps. Le sexe est une force sociale. Un sport, un jeu. Un genre de magnétisme, passant d’un corps à l’autre. C’est ce qui me donne mon pouvoir sur Manuel. Brusquement, sa voix changea, perdit son ton didactique, se fit plus douce. Vous voulez que je vous montre ce que c’est ? Déshabillez-vous.

Il rit nerveusement.

— Vous parlez sérieusement ? Vous voulez faire l’amour avec moi ?

— Pourquoi pas ? Vous avez peur ?

— Ne dites pas de sottises. Mais je ne m’attendais pas… Je veux dire… ça semble tellement incongru, deux androïdes qui couchent ensemble, Lilith…

— Parce que nous sommes des objets en plastique ? dit-elle froidement.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. De toute évidence, nous sommes chair et sang !

— Mais il y a certaines choses que nous ne devons pas faire, parce que nous sortons de la Cuve. Certaines fonctions corporelles qui sont réservées aux Enfants de la Matrice, hein ?

— Vous déformez ma position.

— Je le sais. Je veux faire votre éducation, Thor. Vous voilà en train d’essayer de manipuler les destinées d’une société tout entière, et vous ignorez les motivations humaines de base. Allez, déshabillez-vous. Vous n’avez jamais ressenti de désir pour une femme ?

— Je ne sais pas ce qu’est le désir, Lilith.

— Vraiment ?

— Vraiment.

Elle secoua la tête.

— Et vous pensez que nous devrions être les égaux des humains ? Vous voulez voter, avoir des alphas au Congrès, avoir des droits civiques ? Mais vous vivez comme un robot. Comme une machine. Vous constituez un argument vivant pour qu’on maintienne les androïdes dans l’esclavage. Vous ignorez l’un des secteurs vitaux les plus importants, et vous vous dites que ces choses-là ne sont que pour les humains ; les androïdes n’ont pas à s’en soucier. Dangereuse tournure d’esprit, Thor ! Nous sommes humains. Nous avons un corps. Pourquoi Krug nous aurait-il donné des organes génitaux s’il ne voulait pas que nous nous en servions ?

— Je suis d’accord avec tout ce que vous dites. Mais…

— Mais quoi ?

— Mais pour moi le sexe est sans intérêt. Je sais que c’est un sacré argument contre notre cause. Mais je ne suis pas le seul alpha à penser ainsi. Nous n’en parlons pas beaucoup, mais… (Il détourna les yeux.) Peut-être que les humains ont raison. Peut-être que nous sommes une race inférieure, totalement artificielle, juste des robots intelligents faits de chair et…

— Faux. Levez-vous, Thor. Venez ici !

Il s’avança vers elle. Elle lui prit les mains et les posa sur ses seins nus.

— Pressez-les, dit-elle. Doucement. Caressez les mamelons. Voyez comme ils se durcissent, comme ils se dressent ? C’est signe que je réagis à votre toucher. C’est ainsi que se montre le désir chez une femme. Qu’est-ce que vous ressentez quand vous touchez mes seins, Thor ?

— C’est lisse. La peau est fraîche.

— Qu’est-ce que vous ressentez à l’intérieur ?

— Je ne sais pas.

— Accélération du pouls ? Tension ? Le ventre qui se noue ? Là. Caressez mes hanches. Mes fesses. Faites glisser votre main de haut en bas. Alors, Thor ?

— Je ne suis pas sûr. C’est si nouveau pour moi, Lilith.

— Déshabillez-vous, dit-elle.

— Mais comme ça, ça semble tellement mécanique. Froid. Est-ce qu’on ne se fait pas généralement la cour avant le sexe, avec des lumières tamisées, des chuchotements, de la musique douce et de la poésie ?

— Ah ! mais alors, vous savez quand même quelque chose.

— Quelques petites choses. J’ai lu des livres. Je connais les rituels. Les accessoires.

— Essayons un peu les accessoires. Là : j’ai baissé la lumière. Prenez un flotteur, Thor. Non, pas un brouilleur, – pas la première fois. Un flotteur. Parfait. Maintenant, un peu de musique. Déshabillez-vous.

— Vous ne parlerez de cela à personne ?

— Comme vous êtes bête ! À qui en parlerais-je ? À Manuel ? Chéri, lui dirais-je, chéri, je t’ai trompé avec Thor Watchman ! Elle se mit à rire avec insouciance. Ce sera un secret entre nous. Appelez ça une leçon d’humanisation, si vous voulez. Les humains ont des rapports sexuels, et vous voulez devenir plus humain, non ? Je vais vous initier au sexe. Elle eut un sourire malicieux. Elle tira sur ses vêtements.

La curiosité s’empara de Watchman. L’influence du flotteur commençait à se faire sentir, qui le mettait dans un état d’euphorie. Lilith avait raison : l’asexualité des alphas était un paradoxe chez des gens qui clamaient avec tant de véhémence qu’ils étaient humains. Mais l’asexualité était-elle aussi générale qu’il le croyait chez les alphas ? Peut-être qu’absorbé par les multiples tâches que Krug lui avait confiées, il avait tout simplement négligé de laisser ses émotions s’épanouir ? Il pensa à Siegfried Fileclerk, pleurant dans la neige près de Cassandra Nucléus, et il se posa des questions.

Ses vêtements tombèrent. Lilith l’attira dans ses bras.

Elle frottait doucement son corps contre le sien. Il sentait ses cuisses sur ses cuisses, le tambour tendu de son ventre contre le sien, les mamelons durs de ses seins contre son torse. Il s’analysa pour déterminer s’il réagissait. Ses découvertes le laissèrent incertain, bien qu’il ne pût nier que les sensations tactiles du contact des corps fussent agréables. Lilith avait fermé les yeux. Ses lèvres étaient entrouvertes. Elles cherchaient celles de Thor. Sa langue se glissa dans sa bouche. Il promena ses paumes le long du dos de Lilith et, impulsivement, enfonça ses doigts dans les globes de ses fesses. Elle se raidit et se pressa plus étroitement contre lui, et le frottement de son corps contre celui de Thor s’accéléra. Ils continuèrent quelques minutes. Puis elle se détendit et se dégagea.

— Alors ? demanda-t-elle. Qu’est-ce que vous en dites ?

— Ça m’a plu, dit-il, plein de bonne volonté.

— Mais est-ce que ça vous a excité ?

— Je crois.

— On ne le dirait pas.

— Comment pouvez-vous le savoir ?

— Ça se verrait, dit-elle en souriant.

Il se sentait incroyablement nigaud et maladroit ; se sentait coupé de sa propre identité, incapable de la retrouver ou même de voir le Thor Watchman qu’il connaissait et comprenait. Depuis toujours, presque depuis l’instant où il était sorti de la Cuve, il s’était toujours considéré plus vieux, plus sage, plus compétent, plus sûr de lui que ses frères alphas : il s’était toujours considéré comme un homme qui connaissait le monde et la place qu’il y occupait. Mais maintenant ? En une demi-heure, Lilith l’avait réduit à une pauvre chose maladroite, naïve, bête… impuissante.

Elle porta les mains aux flancs de Watchman.

— Puisque votre organe n’est pas devenu rigide, dit-elle, il est évident que ça ne vous a pas tellement excité quand… Elle s’interrompit. Oh, tiens ! Maintenant, vous voyez ?

— C’est arrivé quand vous m’avez touché.

— Ce n’est pas tellement surprenant. Ainsi, ça vous plaît ? Oui. Oui. Elle déplaçait les doigts, très experte. Watchman dut reconnaître qu’il trouvait la sensation intéressante et que cet éveil soudain et stupéfiant de sa virilité entre les mains de Lilith était quelque chose de remarquable. Mais il continuait à demeurer à l’extérieur de lui-même, observateur lointain et détaché, pas plus engagé que s’il assistait à quelque conférence sur les habitudes d’accouplement des protéotides centaurins.