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De nouveau, elle se pressait contre lui. Son corps ondulait, frémissait, frissonnait, plein d’une tension à peine réprimée. Il referma ses bras sur elle, passa encore une fois ses paumes sur son corps.

Elle le fit étendre par terre.

Il était couché sur elle, se retenant sur les genoux et sur les coudes pour ne pas l’écraser de son poids. Lilith lui entourait le corps de ses jambes, les cuisses étroitement pressées contre ses hanches ; elle glissa la main entre leurs corps, saisit sa verge et la guida en elle. Elle se mit à bouger le pelvis de haut en bas. Il saisit bientôt le rythme et bougea rythmiquement avec elle.

Ainsi, c’est ça le sexe, pensa-t-il.

Il se demanda ce qu’une femme pouvait bien ressentir avec quelque chose de long et de dur qui bougeait ainsi en elle. De toute évidence, elles devaient aimer ça ; Lilith haletait et tremblait, de volupté, sans aucun doute. Mais l’idée le frappa que c’était une chose bizarre pour la désirer si fort. Et est-ce que de bouger comme ça dans une femme était tellement excitant, après tout ? Est-ce de cela que parlait la poésie ? Était-ce pour ça que les hommes s’étaient battus en duel et avaient renoncé à des royaumes ?

Au bout d’un moment, il dit :

— Comment saurons-nous quand ce sera fini ?

Elle ouvrit les yeux. Il fut incapable de dire s’ils étaient furieux ou moqueurs.

— Vous le saurez, dit-elle. Continuez.

Il continua.

Les mouvements de Lilith se firent plus violents. Son visage se crispa, se déforma, devint presque laid ; une sorte de tempête intérieure s’était déchaînée en elle. Tous les muscles de son corps palpitaient. À l’endroit où il était rivé à elle, il la sentait le serrer de spasmes convulsifs.

Soudain, il ressentit lui-même un spasme, et cessa d’observer les effets que leur union avait sur elle. Il ferma les yeux. Il haleta. Son cœur se mit à battre à grands coups frénétiques ; sa peau était en feu. Il resserra son étreinte et enfouit son visage dans le creux de son cou. Une série de décharges le secoua.

Elle avait raison : il était facile de savoir quand c’était fini.

Comme l’extase disparaissait vite ! Maintenant, il avait peine à se souvenir des sensations puissantes éprouvées soixante secondes plus tôt. Il se sentit dupé, comme si on lui avait promis un festin et qu’on ne lui eût donné que des nourritures immatérielles. Était-ce tout ? Comme les vagues reculant après une brève marée ? Et des cendres sur la plage. Et des cendres sur la plage. Ce n’est rien du tout, pensa Thor Watchman. C’est une duperie.

Il se détacha d’elle.

Elle restait étendue, pantelante, les yeux clos, la bouche entrouverte ; elle était couverte de sueur et avait l’air épuisée. Il lui sembla qu’il n’avait encore jamais vu cette femme. Un moment après qu’il se fut éloigné, elle ouvrit les yeux. Elle s’appuya sur un coude et lui sourit, un peu timidement, peut-être.

— Hello ! dit-elle.

— Hello ! Il détourna les yeux.

— Comment vous sentez-vous ?

Watchman haussa les épaules. Il chercha les mots précis, et ne trouva rien. Découragé, il dit :

— Fatigué, surtout. Vide. C’est normal ? Je me sens… vide.

— C’est normal. Après le coït, tous les animaux sont tristes. C’est un vieux proverbe latin. Vous êtes un animal, Thor, ne l’oubliez pas.

— Un animal bien las. Des cendres sur la plage froide. La marée était très basse. Est-ce que vous avez joui, Lilith ?

— Vous ne vous en êtes pas aperçu ? Non, bien sûr. J’ai joui. Intensément.

Il posa légèrement sa main sur la cuisse de Lilith.

— Je suis content. Mais je suis toujours perplexe.

— À quel sujet ?

— Pour tout ça. La façon de faire, l’enchaînement des événements. Entrer. Sortir. Suer. Gémir. Le chatouillement dans les reins, et puis, c’est fini. Je…

— Non, dit-elle. N’intellectualisez pas. N’analysez pas. Vous devez en avoir trop attendu. C’est seulement un divertissement, Thor. C’est ce que font les gens pour être heureux ensemble. C’est tout. C’est tout. Ce n’est pas une expérience cosmique.

— Pardonnez-moi. Je ne suis qu’un androïde imbécile qui ne…

— Non. Vous êtes une personne, Thor.

Il réalisa qu’il faisait du mal à Lilith en refusant de se sentir subjugué par leur accouplement. Il se faisait du mal à lui-même. Il se leva lentement. Il se sentait abattu. Il avait l’impression d’être un vase vide abandonné dans la neige. Il avait connu un éclair de joie, oui, juste au moment de la décharge ; mais est-ce que cet instant d’extase valait qu’on le recherche s’il était toujours suivi de cette affreuse tristesse ?

Elle avait fait ça pour son bien. Elle voulait le rendre plus humain.

Il la souleva, la pressa un instant contre lui, l’embrassa rapidement sur la joue, prit un de ses seins dans sa main. Il dit :

— Nous recommencerons une autre fois, n’est-ce pas ?

— Quand vous voudrez.

— Ça m’a paru très étrange pour la première fois. Mais je ferai des progrès. J’en suis sûr.

— Bien sûr, Thor. C’est toujours étrange la première fois.

— Maintenant, je ferais bien de partir.

— S’il le faut.

— Il vaut mieux. Mais je vous reverrai bientôt.

— Oui. Elle lui toucha le bras. Et dans l’intervalle, je commencerai à agir conformément à ce que nous avons décidé. J’emmènerai Manuel à Gamma Ville.

— Parfait.

— Krug soit avec vous, Thor.

— Krug soit avec vous.

Il commença à s’habiller.

23

Et Krug dit : « Mais Je mettrai éternellement une différence entre vous.

« Les Enfants de la Matrice sortiront toujours de la Matrice, et les Enfants de la Cuve sortiront toujours de la Cuve. Et il ne vous sera pas donné de mettre des enfants au monde, comme il en est pour les Enfants de la Matrice.

Et il en sera ainsi pour que vous ne soyez redevables de la vie qu’à Krug, qu’à Lui soit réservée la gloire de votre création, dans les siècles des siècles. »

24

20 décembre 2218

À 800 mètres, la tour domine et écrase. Impossible de résister à son immensité ; qu’on sorte du transmat le jour ou la nuit, on est pétrifié par la beauté de cet immense pilier de verre scintillant. La solitude qui l’entoure prête encore de la noblesse à sa grandeur.

On avait maintenant dépassé la moitié de la construction.

Ces derniers temps, il y avait eu beaucoup d’accidents, provoqués par la hâte fébrile des travaux. Deux ouvriers étaient tombés du sommet ; un électricien, par une installation défectueuse de connecteurs le long d’une cloison, avait envoyé une décharge fatale à cinq gammas qui montaient des câbles ; deux cylindres de levage étaient entrés en collision, causant la mort de six androïdes ; l’alpha Euclid Planner avait évité de justesse une très grave blessure quand une onde inverse avait été transmise à l’ordinateur alors qu’il était branché dessus, une monstrueuse vague d’informations d’entropie maximum ; trois bêtas avaient été précipités d’une hauteur de 400 mètres dans un coffrage de service quand un échafaudage s’était écroulé. Les travaux de construction avaient jusqu’ici coûté la vie à une trentaine d’androïdes. Mais il y en avait des milliers employés à la tour, et les travaux étaient dangereux et nouveaux ; il ne se trouvait personne pour considérer que le taux d’accidents était extraordinairement élevé.