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Elle hésita, enroulant une mèche sur son doigt, et dit :

— Est-ce que… est-ce que ce ne sera pas encore plus pénible pour toi si je m’aperçois que… que je ne suis pas prête ?

— Dois-je te le jurer, mon amour ? Tu n’as pas confiance en moi ?

— Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance, cher mari, dit-elle avec un sourire déchirant.

— Alors… ? dit-il d’une voix étranglée par l’émotion.

Elle était toujours dans ses bras. Au bout d’un moment, elle fit « oui » de la tête, imperceptiblement.

Il la souleva doucement, l’emporta vers son lit, et la coucha sur les oreillers en disant :

— Si tu te méfies ainsi de toi-même, n’est-ce pas la preuve que tu es prête, mon amour ? Je te promets d’être très doux…

Elle secoua la tête.

— Oh, Andrew, si seulement c’était si simple, murmura-t-elle, les yeux pleins de larmes.

Soudain, elle jeta ses bras autour de son cou.

— Andrew, veux-tu faire quelque chose pour moi ? Quelque chose qui ne te plaira pas ? Promets, Andrew !

— Je ne vois pas ce que je pourrais te refuser, dans ce monde ou dans l’autre, Callie, dit-il avec passion. Ma chérie, mon trésor, je ferai n’importe quoi pour te faciliter cette expérience.

Elle le regarda, tremblante.

— Alors, dit-elle, assomme-moi. Prends-moi de force pendant que je serai sans connaissance et ne pourrai te résister…

Andrew s’écarta et la considéra avec horreur, muet de consternation. Il balbutia enfin :

— Tu dois avoir perdu la raison, Callista ! Au nom de Dieu, comment pourrais-je faire une chose pareille à une femme ? Et surtout à toi !

— Tu as promis, dit-elle avec désespoir.

Mais la colère s’était emparée de lui.

— Qui es-tu donc, Callista ? Es-tu folle ou perverse…

Les mots lui manquèrent.

Indifférente à sa gentillesse, espérait-elle qu’il devînt brutal ?

Le visage inondé de larmes, elle dit, captant sa pensée :

— Non, non, je n’ai jamais pensé que tu ferais cela de bon cœur. C’est la seule chose que j’ai pu trouver pour… oh, aie pitié de moi, Miséricordieuse Avarra… j’aurais dû mourir, j’aurais dû mourir…

Elle se détourna, enfouissant sa tête dans l’oreiller, avec des sanglots si violents qu’Andrew en fut terrifié. Il s’allongea près d’elle, tenta de la prendre dans ses bras mais elle s’écarta avec horreur. Désemparé, souffrant presque autant qu’elle, Andrew la serra contre lui, caressant doucement ses cheveux, essayant de contacter son esprit, mais elle avait verrouillé ses défenses mentales. Sans dire un mot, il la laissa pleurer contre sa poitrine. Enfin, elle se détendit dans ses bras, pour la première fois depuis qu’il l’avait sauvée des grottes de Corresanti, et il lui sembla qu’une barrière intérieure était tombée. Elle murmura :

— Tu es si bon avec moi, et j’ai tellement honte.

— Je t’aime, Callista, mais tu donnes trop d’importance à tes inhibitions. Je crois que nous avons eu tort d’attendre, et que le temps ne fera qu’empirer les choses.

Il sentit se rétablir le contact télépathique familier, il sentit qu’elle en était heureuse, comme en ce temps de solitude et de peur.

— Je n’avais pas peur, alors, dit-elle.

— Rien n’a changé depuis, sauf que je t’aime davantage, dit-il avec conviction.

Il ne savait pas grand-chose sur les inhibitions sexuelles, mais il connaissait l’existence de la frigidité pathologique, et le peu qu’il avait appris sur la formation des Gardiennes confirmait ses soupçons sur ce qu’elle avait subi : un conditionnement total contre tout éveil sexuel. Il n’avait pas la naïveté de croire que sa seule gentillesse viendrait à bout de ses craintes et la transformerait en une amante passionnée, mais c’était un commencement comme un autre. Cela pourrait, à tout le moins, la rassurer.

Maintenant, ils étaient en étroit contact télépathique. Il ne perçut chez elle aucune trace du désir physique si violent chez lui, mais il sentit qu’elle avait la nostalgie d’un contact charnel qui pourrait mettre un terme à la froide contrainte qui les séparait. Il l’attira doucement contre lui. Il la désirait, oui, mais pas réticente. Il voulait qu’elle partage la passion dévorante qui le faisait trembler. Aucun besoin de paroles. Attirant son visage à elle, timide, hésitante, elle appliqua ses lèvres contre les siennes, et il ressentit une soudaine inquiétude. Il n’avait jamais connu de femme inexpérimentée. Pourtant il percevait – ils étaient maintenant en contact très étroit – le terrible effort qu’elle faisait pour ne pas s’écarter de lui. Il eut l’impression d’exploser de tendresse. Elle s’abandonnait dans ses bras, le caressant doucement, sans essayer de feindre le désir qu’elle n’éprouvait pas. Ce n’était pas la passivité de l’ignorance – elle comprenait manifestement ce qu’il attendait d’elle – mais il ne percevait pas la moindre trace d’éveil physique.

Il chercha de nouveau le contact de son esprit. Et alors, à travers la présence familière de Callista, il sentit autre chose, quelque chose de confus, d’étranger et pourtant familier et fortement sexuel. Ellemir ? Damon et Ellemir ? Sa première réaction fut de se retirer – je ne suis pas un voyeur ! – puis, hésitante et toujours tâtonnante, il sentit Callista entrer dans cette union à quatre, l’ancien lien s’étant de lui-même rétabli entre eux, comme lorsqu’ils étaient unis par l’intermédiaire de la matrice. Et, pour la première fois, il sentit que Callista s’abandonnait, non seulement mentalement, mais aussi physiquement. Elle avait moins d’appréhension, comme si cette expérience, partagée avec sa jumelle, était moins effrayante pour elle. Attiré dans le cercle, participant intensément aux caresses de l’autre couple, il eut un instant l’impression qu’Ellemir était dans ses bras, qu’elle l’étreignait, s’ouvrant totalement à lui, ardente, et passionnée – mais non, Callista s’était simplement immergée dans les réactions de sa sœur, et, à travers elles, il sentait la surprise apeurée de Callista, le réconfort que lui apportait le plaisir d’Ellemir. Il pressa sa bouche contre la sienne, en un long baiser brûlant, et pour la première fois Callista réagit faiblement. Elle ne lui permettait plus passivement de l’embrasser, elle partageait le baiser pour la première fois.

Est-ce donc cela qu’il lui fallait pour la rassurer ? Enhardie par les mots d’amour qu’il lui murmurait, elle ne blottit contre lui. Il savait qu’elle était maintenant totalement immergée dans la conscience d’Ellemir, qu’elle partageait les réactions de sa sœur, leur abandonnant son propre corps. Il sentait Damon aussi, et c’était troublant. Ou bien s’inquiétait-il de ressentir et partager aussi les réactions d’Ellemir à l’étrange mélange de douceur et de violence qu’il percevait chez Damon ?

Un instant, il lui sembla qu’il suffisait pour le moment de s’abandonner à la périphérie de leurs embrassements passionnés, de n’en pas demander davantage, de s’immerger dans cette chaleureuse conscience multiple. Mais c’était encore trop étrange pour lui, et son corps, maintenant survolté, exigeait d’aller jusqu’au bout de l’acte. Comme un nageur remonte pour respirer à la surface, il essaya de se débarrasser du lien télépathique, de rétrécir le champ de sa conscience à la seule Callista, Callista qui était dans ses bras, fragile, vulnérable, consentante, abandonnée.

Soudain, avec une violence inimaginable, le lien télépathique se brisa, et il ressentit une douleur fulgurante et terrible dans les parties génitales. En état de choc, il entendit Callista lancer un cri sauvage, de désespoir et de protestation, il se sentit arraché de ses bras et projeté en l’air, l’esprit à la dérive. C’était impossible ! Sa tête heurta quelque chose de dur et, avec l’impression d’une déflagration dans sa tête, il perdit connaissance.