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Il gisait sur le sol.

Il reprit conscience et une vague protestation submergea sa tête : qu’est-ce que je fais là, bon sang ? Il avait terriblement mal à la tête, et encore plus mal dans le bas-ventre. Quelqu’un lui souleva la nuque, ce qui raviva sa douleur. Balbutiant des protestations, il ouvrit les yeux. Damon, complètement nu, était agenouillé près de lui.

— Ne bouge pas, dit-il sèchement comme Andrew faisait mine de se lever. Laisse-moi essuyer le sang qui le coule dans les yeux, espèce d’idiot !

L’indignation qui s’empara d’Andrew lui fit oublier sa souffrance. Il repoussa violemment la main de Damon.

— Qu’est-ce que tu fais ici, par tous les diables ? Comment oses-tu ? Callista et moi…

— Ellemir et moi aussi, dit Damon avec un peu d’ironie. Comme tu le sais très bien. Crois-tu que ça nous a fait plaisir d’être interrompus comme ça ? Mais il vaut mieux que nous soyons là, plutôt que les domestiques se précipitant pour découvrir qui on assassine. Tu n’as pas entendu le hurlement de Callista ?

Pour le moment, Andrew n’entendait que des sanglots étouffés, mais il lui sembla se rappeler vaguement un cri terrible. Il se leva péniblement, repoussant la main secourable de Damon.

— Callista ! Il faut que je la voie…

— Ellemir est près d’elle, et je ne crois pas qu’elle puisse supporter ta vue en ce moment. Laisse-moi t’examiner.

Damon le palpa d’une main si impersonnelle qu’Andrew ne put s’en offenser.

— Ça fait mal ?

Ça faisait mal, effectivement. Damon avait l’air préoccupé, mais au bout d’un moment, il dit :

— Les testicules n’ont subi aucun dommage irréversible, je crois. Non, ne regarde pas. Tu n’as pas l’habitude des blessures, et ça te paraîtrait plus grave que ce n’est vraiment. Ta vue est normale ?

— Un peu trouble, dit Andrew.

De nouveau, Damon épongea le sang coulant de son front.

— Les blessures à la tête saignent beaucoup, et je crois qu’il te faudra un ou deux points de suture.

— Ça peut attendre. Comment va Callista ? Je l’ai blessée ? demanda-t-il, déchiré par les sanglots de Callista.

— Si tu l’as blessée, toi ? dit Ellemir derrière lui d’un ton acerbe. Dis plutôt qu’elle n’a pas tout à fait réussi à te tuer, pour cette fois.

— Ne l’accuse pas, dit Andrew, farouchement protecteur.

Tout ce qu’il se rappelait, c’était leur passion et l’interruption de leurs rapports, violente – terrifiante.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? Un tremblement de terre ?

Callista était couchée sur le flanc, le visage gonflé d’avoir trop pleuré. Totalement nue, elle semblait si désarmée que le cœur d’Andrew se brisa. Prenant sa robe, il l’étendit doucement sur elle.

— Chéri, chéri, qu’est-ce que j’ai fait ? dit-elle, éclatant de nouveau en sanglots. J’ai tellement essayé… et j’ai failli le tuer, Damon. Je croyais que j’étais prête et je me suis trompée ! J’aurais pu le tuer…

Damon écarta de son visage ses cheveux humides de larmes.

— Ne pleure plus, breda. Toutes les forges de Zandru ne peuvent pas raccommoder un œuf brisé. Tu ne l’as pas tué, voilà ce qui compte.

— Veux-tu me faire croire que Callista…

— Simple erreur de jugement, dit Damon avec réalisme. Tu n’aurais pas dû essayer sans me demander de la monitorer avant, pour voir si elle était prête. Je croyais que je pouvais lui faire confiance.

Andrew se rappela alors les paroles de Callista : « Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance. » Et aussi celles de Damon : « Tout homme qui viole une Gardienne met sa vie et sa raison en danger. » Callista était encore manifestement protégée par toute une série de réflexes psi involontaires qu’elle ne pouvait pas contrôler… et qui ne faisaient aucune différence entre une tentative de viol et l’amour le plus tendre.

— Il faut que je fasse quelques points de suture à Andrew, dit Damon. Elli, reste avec Callista. Ne la quitte pas un instant.

Regardant Ellemir dans les yeux, il ajouta avec gravité :

— Tu comprends combien c’est important ?

Elle hocha la tête. Andrew remarqua soudain qu’elle aussi était nue, et n’en semblait pas gênée. Au bout d’un moment, comme si elle avait perçu l’embarras d’Andrew, elle se détourna et enfila une robe de chambre de Callista jetée sur une chaise. Puis elle se rassit près de sa sœur, et lui prit la main.

— Viens, je vais te recoudre ça, dit Damon.

Une fois revenu dans son appartement, Damon enfila une robe de chambre, alla chercher une petite trousse médicale à la salle de bains et fit signe à Andrew de s’asseoir sous la lampe. Il épongea la coupure avec quelque chose d’humide et froid qui l’anesthésia un peu, puis il dit :

— Ne bouge pas. Ça va te faire un peu mal.

Effectivement, cela lui fit mal, et plus qu’un peu, mais ce fut si rapide qu’Andrew eut à peine le temps de faire la grimace que Damon stérilisait déjà son aiguille à la flamme d’une bougie avant de la ranger. Il remplit deux verres, un pour Andrew et un pour lui, puis s’assit en face d’Andrew et le considéra, l’air pensif.

— Si l’autre blessure te gêne trop demain, prends quelques bains chauds. Bon sang, Andrew, qu’est-ce qui t’a pris ? D’essayer ça, sans même demander…

— Est-ce que ça te regarde quand… ou si je couche avec ma femme ?

— La réponse me paraît évidente, dit Damon. Tu nous as interrompus à un moment critique, tu sais, j’aurais bien abaissé mes barrières mentales, mais j’ai pensé que ça aiderait Callista. Pourtant, si je n’avais pas été formé à la Tour, nous aurions été tous les deux grièvement blessés. J’ai ressenti le contrecoup de sa réaction. Tu vois donc que ça me regarde. De plus ajouta-t-il d’une voix plus douce, j’aime beaucoup Callista, et je t’aime beaucoup, toi aussi.

— Je pensais qu’elle avait peur, simplement. Parce qu’elle avait été abritée, protégée, conditionnée à la virginité…

— Par les enfers de Zandru, jura Damon, comment une chose pareille a-t-elle pu se produire ? Nous sommes tous les quatre télépathes, et aucun n’a eu l’idée de discuter honnêtement du problème ! C’est ma faute. Je savais, mais il ne m’est jamais venu à l’idée que tu ne savais pas. Je pensais que Léonie te l’avait dit ; et elle a pensé que je t’avais prévenu, c’est évident D’ailleurs, je croyais que Callista te mettrait au courant avant de te laisser essayer… Enfin, c’est fait, et on ne peut plus y revenir.

Andrew était désespéré de cet échec.

— C’est sans espoir, Damon, n’est-ce pas ? Je ne vaux rien pour Callista ni pour personne ? Est-ce que je dois… sortir discrètement de sa vie ? M’en aller, cesser d’essayer, cesser de la tourmenter ?

Damon lui saisit la main avec force et dit d’un ton pressant :

— Tu veux donc la tuer ? Sais-tu comme elle est proche de la mort ? En ce moment, elle peut se tuer d’une simple pensée, aussi facilement qu’elle t’a presque tué, toi ! Elle n’a personne d’autre que toi, rien d’autre que ton amour, et elle peut mettre fin à sa vie d’une simple pensée. C’est ça que tu veux ?

— Mon Dieu, non !

— Je te crois, dit Damon au bout d’une minute. Mais il faudra l’en convaincre, elle.

Il ajouta, après une hésitation :