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Tu crois que Damon est ton ami. Méfie-toi de Damon. Il se servira de toi quand il aura besoin de ton aide, puis il se retournera contre toi. La voix avait quelque chose de familier, mais ce n’était pas vraiment une voix. C’était une vibration à l’intérieur de son esprit ! Il essaya d’abaisser ses barrières mentales, mais la voix était trop apaisante.

Va-t’en maintenant. Va-t’en maintenant. Personne n’a besoin de toi ici. Tu seras heureux en retournant parmi ton peuple. Ici, tu ne seras jamais heureux.

Trébuchant, Andrew sortit dans le couloir et enfila son manteau. Quelqu’un l’aida à boucler la ceinture. Damon ? Damon savait qu’il ne pouvait pas rester. Il ne pouvait pas faire confiance à Damon. Il serait heureux parmi son peuple. Il rentrerait à Thendara, à la Cité du Commerce et dans l’Empire Terrien où son esprit lui appartenait en propre…

Va-t’en maintenant. Personne ne veut de toi ici… Malgré son ivresse, la violence de la tempête le surprit et lui coupa le souffle. Il allait rentrer quand la voix reprit dans sa tête :

Va-t’en maintenant. Va-t’en maintenant. Personne ne veut de toi ici. Tu as échoué. Tu ne fais que du mal à Callista. Va-t’en, retourne vers ton peuple.

Ses bottes s’enfoncèrent dans la neige, mais il continua, levant haut les pieds et les posant avec une résolution têtue. Callista n’a pas besoin de toi. Plus saoul qu’il n’en avait conscience, il tenait à peine debout. Il respirait avec difficulté. Ou était-ce la neige qui lui coupait la respiration ?

Va-t’en. Retourne à ton peuple. Personne n’a besoin de toi ici.

L’instinct de conservation reprenant brièvement le dessus, il revint un peu à lui. Il était seul dans la tempête, et les lumières d’Armida avaient disparu dans la nuit. Il se retourna, trébucha, tomba à genoux dans la neige, réalisant qu’il était ivre, ou fou. Il se releva péniblement, son esprit se brouilla, il tomba de tout son long dans la neige. Il fallait se relever, continuer, rentrer, trouver un abri… mais il était si fatigué.

Je vais me reposer, juste une minute… juste une minute…

Son esprit sombra dans les ténèbres et il perdit connaissance.

9

Damon travailla longtemps dans le petit laboratoire, et finit par abandonner, dégoûté. Impossible de faire du kirian comme on le faisait à Arilinn. Il n’avait ni les connaissances, ni, conclut-il après un examen approfondi du matériel, les appareils nécessaires. Il regarda sans enthousiasme la grossière teinture qu’il était parvenu à faire. Il n’avait guère envie de l’expérimenter sur lui-même, et il était certain que Callista la refuserait. Mais il disposait de beaucoup de matière première, et il ferait peut-être mieux un autre jour. Il devrait peut-être commencer avec un extrait d’éther. Il demanderait à Callista. Jetant les résidus de son travail et se lavant les mains, il pensa soudain à Andrew. Où était-il allé ? Mais quand il remonta, Callista dormait encore, et son inquiétude étonna Ellemir.

— Andrew ? Non, je croyais qu’il était toujours avec toi. Veux-tu que je vienne…

— Non, reste avec Callista.

Il pensa qu’Andrew devait parler avec les hommes, ou qu’empruntant les tunnels, il était allé donner des ordres aux écuries. Mais Dom Esteban, qui dînait frugalement en compagnie d’Eduin et Caradoc, fronça les sourcils à ses questions.

— Andrew ? Je l’ai vu boire avec Dezi dans le hall inférieur. Vu ce qu’il a avalé, il doit être en train de dormir quelque part. Quelle tenue, remarqua-t-il avec mépris, de s’enivrer jusqu’à l’inconscience alors que sa femme est malade ! Comment va Callista ?

— Je ne sais pas, dit Damon, réalisant que Dom Esteban savait.

Comment pouvait-il en être autrement, Callista étant malade au lit, et Andrew ivre mort quelque part ? Mais l’un des tabous les plus forts de Ténébreuse était celui qui séparait les générations. Même si Dom Esteban avait été le propre père de Damon et non pas celui d’Ellemir, la coutume lui aurait interdit de discuta cette réponse.

Damon fouilla la maison, commençant par les endroits logiques, puis continuant par les illogiques. Il réunit enfin les serviteurs, et apprit que personne n’avait vu Andrew depuis le milieu de l’après-midi, quand il buvait avec Dezi dans le hall inférieur.

Il fit appeler Dezi, craignant soudain qu’Andrew, ivre et encore peu au fait du climat de Ténébreuse, ne soit sorti en sous-estimant la violence du blizzard.

— Où est Andrew ? demanda-t-il au jeune homme quand il se présenta devant lui.

Dezi haussa les épaules.

— Qui sait ? Je ne suis ni son gardien ni son frère de lait !

Dezi détourna les yeux, mais Damon avait eu le temps d’y voir un éclair de triomphe, et soudain, il sut.

— Parfait, dit-il, très sombre. Où est-il, Dezi ? Tu es le dernier à l’avoir vu.

Le jeune homme haussa les épaules, maussade.

— Reparti d’où il est venu, je suppose. Bon débarras !

— Par ce temps ? dit Damon, considérant avec consternation la tempête qui faisait rage dehors.

Puis il se retourna contre Dezi, avec une violence telle que le jeune homme recula.

— Tu as quelque chose à voir avec ça ! dit-il furieux. Je m’occuperai de toi plus tard. Pour le moment, il n’y a pas de temps à perdre.

Il le quitta en toute hâte, appelant les serviteurs à grands cris.

Andrew s’éveilla lentement, les pieds et les mains brûlants de souffrance. Il était emmailloté de pansements et de couvertures. Ferrika se penchait sur lui, un breuvage chaud à la main, et le faisait boire en lui soutenant la tête. Les yeux de Damon sortirent peu à peu du brouillard, et Andrew réalisa confusément que Damon était sincèrement inquiet. Il l’aimait. Ce qu’Andrew avait pensé, c’était faux.

— Nous t’avons retrouvé juste à temps, dit Damon avec douceur. Encore une heure, et nous n’aurions pas pu sauver tes pieds et tes mains. Encore deux heures, et tu étais mort. Qu’est-ce que tu te rappelles ?

Andrew s’efforça de rappeler ses souvenirs.

— Pas grand-chose. J’étais saoul, dit-il. Désolé, Damon, je dois avoir eu un moment de folie. Je n’arrêtais pas de penser : Va-t’en, Callista ne veut pas de toi. C’était comme une voix à l’intérieur de ma tête. Alors, c’est ce que j’ai essayé de faire, de m’en aller… Je suis désolé d’avoir causé tous ces problèmes, Damon.

— Tu n’as aucune raison d’être désolé, toi, dit Damon, très sombre, en proie à une rage presque palpable, qui l’entourait d’une aura écarlate.

Andrew, sensibilisé, le vit sous la forme d’un réseau d’énergies, et non plus comme le Damon qu’il connaissait. Il rayonnait, il tremblait de fureur.

— Ce n’est pas toi qui as causé ces problèmes. Quelqu’un t’a joué un très vilain tour, et ça a failli te tuer.

Puis il redevint le Damon de tous les jours, svelte et légèrement voûté, qui posa doucement une main sur l’épaule d’Andrew.

— Dors, et ne t’inquiète pas. Tu es avec nous, tu ne risques plus rien.

Il quitta Andrew endormi et partit à la recherche de Dom Esteban, l’esprit bouillonnant de rage. Dezi avait hérité le don Alton de forcer les rapports, d’imposer de force des liens mentaux avec quiconque, même avec un non-télépathe. Andrew ivre était la victime parfaite, et, le connaissant, Damon pensa qu’il ne s’était pas trop fait prier pour boire.