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— Non ! s’écria-t-elle, renonçant définitivement.

Comme réverbérée dans l’autre monde, elle entendit la voix d’Andrew crier son nom avec désespoir.

— Callista, Callista, reviens à nous…

Il y eut comme un choc, bref et brutal, le choc d’une chute. Léonie avait disparu et son corps avait retrouvé ses douleurs. Elle était dans son lit, et Andrew, pâle comme la mort, la regardait.

— Je croyais t’avoir perdue pour de bon cette fois, murmura-t-il.

— Cela vaudrait peut-être mieux, répondit-elle, douloureuse.

Léonie a raison. Rien ne me lie à lui que des mots… et ma destinée est d’être Gardienne. Un instant, le temps chancela, et elle se vit abritée derrière un mur étrange et inconnu. Pas celui d’Arilinn. Elle saisit des lambeaux de forces dans ses mains, projeta les anneaux énergon…

Elle chercha le contact mental d’Andrew, puis, instinctivement, se retira. Mais, sentant sa détresse, elle le contacta de nouveau, sans se soucier de la douleur qui fulgura en elle comme un coup de poignard.

— Je ne te laisserai plus jamais, dit-elle, se cramponnant à sa main avec désespoir.

Je ne retournerai jamais à Arilinn. S’il n’y a pas de solution, je mourrai, mais je ne retournerai jamais.

Rien ne me lie à Andrew que des mots. Et pourtant… les mots… les mots ont leur puissance. Elle ouvrit les paupières, regarda son mari dans les yeux et répéta les paroles qu’il avait prononcées à leur mariage.

— Andrew, pour le meilleur et pour le pire… dans la richesse et dans la pauvreté… dans la santé et dans la maladie… jusqu’à ce que la mort nous sépare, dit-elle, refermant ses mains sur la sienne. Andrew, mon amour, il ne faut pas pleurer.

11

Damon trouvait qu’il n’avait jamais été aussi frustré qu’en ce moment. Léonie avait agi pour des raisons qui lui semblaient bonnes à l’époque, et il comprenait partiellement ses motifs.

Il devait y avoir une Gardienne à Arilinn. C’était la considération primordiale, mais il n’y avait aucun moyen de faire comprendre cela à Andrew.

— Je suis certain qu’à ta place, je penserais comme toi, dit-il.

Il était tard, et Callista était tombée dans un sommeil agité, mais du moins, elle dormait sans somnifères, et Damon s’efforçait d’y voir un bon présage.

— Tu ne peux pas blâmer Léonie…

— Si, je peux la blâmer, et je la blâme ! l’interrompit Andrew.

Damon soupira.

— Essaye de comprendre. Elle a fait pour le mieux, non seulement pour les Tours, mais pour Callista aussi, pour lui éviter la souffrance. Elle ne pouvait pas prévoir que Callista aurait envie de se marier…

Il allait dire « se marier avec un Terrien ». Il se ressaisit à temps, mais Andrew perçut quand même sa pensée, et rougit, à la fois d’embarras et de colère. Il se détourna, le visage têtu et fermé, et Damon soupira, pensant qu’il fallait régler cette affaire rapidement, ou qu’ils perdraient Andrew aussi.

Cette pensée lui fut amère, presque intolérable. Depuis cette première union à quatre par la matrice, quand Callista était encore prisonnière, Damon avait retrouvé quelque chose qu’il pensait avoir irrémédiablement perdu en quittant la Tour, le lien télépathique du cercle.

Il l’avait perdu quand Léonie l’avait, renvoyé d’Arilinn, il s’était résigné à vivre sans, puis, contre tout espoir, il l’avait retrouvé avec ses deux cousines et cet homme d’outre-planète… Maintenant, il aurait préféré mourir que de reperdre ce lien.

Il dit d’une voix ferme :

— Léonie a agi pour des raisons, bonnes ou mauvaises, dont elle doit porter la responsabilité. Callista n’était pas assez forte pour l’obliger à répondre. Mais Léonie, et Léonie seule, détient la clé de ses problèmes.

Andrew regarda par la fenêtre la plaine obscure et neigeuse.

— Ça ne nous sert à rien. À quelle distance d’ici se trouve Arilinn ?

— Je ne sais pas comment tu énoncerais la distance. Nous, nous disons que c’est à dix jours de voyage, dit Damon. Mais je n’ai pas l’intention d’y aller physiquement. Je ferai comme Callista, je la retrouverai dans le surmonde.

Il eut un sourire hésitant.

— Dom Esteban étant infirme et Domenic pas encore majeur, je suis son plus proche parent mâle. J’ai le droit et la responsabilité de demander des comptes à Léonie.

Mais qui pouvait demander des comptes à une Hastur et à la Dame d’Arilinn ?

— J’ai envie de venir avec toi et de protester pour mon compte, dit Andrew.

— Tu ne saurais pas quoi lui dire. S’il existe une réponse, Andrew, je te promets de l’obtenir.

— Et s’il n’y en a pas ?

Damon se détourna, préférant ne pas y penser. Callista dormait d’un sommeil agité, gémissait. Ellemir brodait dans un fauteuil, son visage lumineux sous la lampe. Daman la contacta mentalement, sentit dans son esprit amour et réconfort. J’aurais besoin de l’avoir près de moi, mais je dois y aller seul.

— Dans d’autre appartement, Andrew. Ici, nous risquons de les déranger. Surveille-moi, ajouta-t-il, le précédant dans l’autre chambre, et s’allongeant à moitié dans un fauteuil, Andrew à son côté. Surveille-moi…

Il se concentra sur la matrice, ressentit un choc bref et brutal quand il quitta son corps, perçut la force d’Andrew avant d’abandonner la pièce… Puis il se retrouva dans la plaine grise et informe, voyant avec surprise derrière lui une vague structure, à peine une ombre. Bien sûr, il l’avait construite avec Dezi et Andrew, pour se protéger quand il travaillait sur les pieds gelés des hommes. Ma propre forteresse. Je n’en ai pas d’autre à présent. Ecartant fermement ce refuge de sa pensée, il chercha la lumière-phare d’Arilinn, puis, avec la rapidité de la pensée, il y fut, et Léonie, voilée, était debout devant lui.

Elle avait été si belle… De nouveau, son ancien amour le reprit, mais il se fortifia par la pensée d’Ellemir. Mais pourquoi Léonie se voilait-elle devant lui ?

— Quand Callista est venue, je savais que tu n’étais pas loin derrière, Damon. Je sais, pour l’essentiel, ce que tu désires. Mais comment puis-je t’aider ?

— Tu le sais aussi bien que moi. Et ce n’est pas pour moi que j’ai besoin d’aide, mais pour Callista.

— Elle a échoué, dit Léonie. J’ai accepté de la délier… elle a eu sa chance… mais maintenant, elle sait que sa place est ici. Elle doit revenir à Arilinn, Damon.

— Il est trop tard. Elle mourrait plutôt, je crois. D’ailleurs, elle n’en est pas loin, dit Damon d’une voix qu’il entendit trembler. Veux-tu dire que tu préférerais la voir morte que libérée, Léonie ? L’emprise d’Arilinn est-elle une emprise mortelle ?

Il vit l’horreur passer sur le visage de Léonie comme un nuage, ici où les émotions étaient des réalités tangibles.

— Non, Damon ! dit-elle d’une voix tremblante. Lorsqu’une Gardienne est relevée de son serment, c’est parce que ses canaux ne sont plus ceux d’une Gardienne, ne sont plus dégagés pour les forces psi. Je croyais que ce serait le cas pour Callista, mais elle m’a dit qu’il n’en était rien, et j’ai bien voulu la délier.

— Tu savais que tu avais rendu cette libération impossible ! accusa Damon.

— Je… je n’en étais pas sûre, dit Léonie. Elle m’a dit, qu’elle l’avait touché. Elle avait… Damon, que voulais-tu que je pense ? Mais maintenant, elle sait qu’il n’en est rien. À l’époque où une jeune fille était instruite comme Gardienne avant d’être devenue femme, il était admis que son choix engageait toute sa vie et était sans retour.