Выбрать главу

Est-ce réel, ou suis-je ivre et encore en train de rêver ? Sa pensée se troubla. Il sentit le corps d’Ellemir dans ses bras, svelte, nue, confiante, avec cette curieuse acceptation naturelle. En un instant de lucidité, il comprit que c’était sa façon à elle d’écarter l’idée de Damon. Il la désirait. Mais elle le désirait elle aussi. Il en fut content.

Il était nu, sans souvenir de s’être déshabillé. Elle était tiède et abandonnée dans ses bras. Oui, je l’ai déjà étreinte un instant, quand nous étions liés tous les quatre, juste avant la catastrophe… Il capta la pensée d’Ellemir, légèrement amusée : Non, tu n’es pas un étranger pour moi.

Malgré son excitation croissante, une pensée l’attrista : Ce devrait être Callista. Il sentait Ellemir si différente dans ses bras, si solide, sans rien de la timide fragilité qui l’excitait tant chez Callista. Puis il sentit ses caresses et toute pensée disparut. Sa mémoire s’estompa, et il se demanda si ce n’était pas elle qui, charitablement, lui enlevait tout souvenir. Il n’était plus qu’un corps caressé et caressant, poussé par un désir intense et de longues privations, conscient uniquement du corps abandonné dans ses bras, conscient d’une tendresse et d’une passion égale aux siennes, cherchant l’assouvissement si longtemps refusé. Et quand il vint, il fut si intense qu’il pensa en perdre connaissance.

Au bout d’un moment, il remua légèrement. Elle sourit lui caressant les cheveux. Il se sentait calme, détendu, reconnaissant. Non, c’était plus que de la gratitude, c’était une intimité comme… oui, comme celle qu’ils avaient éprouvée en travaillant avec la matrice.

— Ellemir, dit-il doucement, réaffirmant simplement son apaisement heureux.

Pour le moment, elle était Ellemir ; elle n’était ni Callista, ni personne d’autre. Elle l’embrassa légèrement sur la tempe, et soudain, l’épuisement et le long refoulement eurent raison de ses forces, et il s’endormit dans les bras de la jeune femme. Quand il se réveilla, il vit Damon qui les regardait.

Il avait l’air fatigué, hagard. C’est le meilleur ami que j’aie jamais eu, pensa Andrew, pétrifié, et voilà qu’il me surprend dans le lit de sa femme.

— Callista ? dit Ellemir, s’asseyant vivement.

Damon poussa un profond soupir.

— Elle dort. Tout ira bien.

Chancelant, il s’effondra sur le lit, manquant tomber sur eux. Ellemir lui tendit les bras et l’étreignit tendrement.

Je les gêne, se dit Andrew ; puis, sentant l’épuisement de Damon, près de défaillir, il réalisa qu’il était bien égoïste de toujours se préoccuper de ses problèmes. Gauchement, regrettant de ne pas savoir mieux s’exprimer, il entoura les épaules de Damon de son bras.

— Elle va mieux que je n’osais l’espérer, soupira Damon. Elle est très faible, bien sûr, et épuisée. Après tout ce que je lui ai fait subir…

Il frissonna, et Ellemir attira sa tête contre son sein.

— C’était donc si terrible, mon bien-aimé ?

— Terrible, oui. Terrible pour elle, murmura Damon.

Ellemir sentit, déchirée, que même en cet instant il tentait de la protéger, de les protéger tous les deux, de leur épargner la violence de ses souvenirs.

— Elle s’est montrée si brave. C’était intolérable de la faire souffrir comme ça.

Sa voix se brisa, et il se mit à sangloter violemment sur le sein d’Ellemir.

Andrew se dit qu’il devrait les laisser, mais Damon s’accrocha désespérément à sa main. Andrew, écartant sa propre gêne à être avec eux dans un moment pareil, pensa que Damon avait surtout besoin de réconfort. Il se contenta donc de demander doucement, quand Damon se fut un peu calmé :

— Devrais-je rejoindre Callista ?

Damon saisit ce qu’il sous-entendait par ces paroles : Vous préféreriez être seuls, toi et Ellemir. Dans son état d’épuisement, Damon les ressentit comme un refus. Il répondit durement :

— Elle ne saura même pas si tu es là ou non. Mais fais comme tu voudras !

Andrew perçut la fin de sa pensée, comme s’il l’avait exprimée tout haut : puisqu’il te tarde tellement de t’éloigner de nous.

Il ne comprend toujours pas…

Damon, comment le pourrait-il ? Ellemir comprenait à peine elle-même. Elle savait seulement que, lorsque Damon était dans cet état, c’était très pénible, épuisant. Son besoin était tellement plus grand que le réconfort qu’elle pouvait lui donner. Sa propre insuffisance la tourmentait. Ce n’était pas un besoin sexuel – ça, elle l’aurait compris et soulagé. Ce qu’elle sentait chez Damon la laissait épuisée, impuissante, car ce n’était pas un besoin connu qu’elle aurait pu satisfaire. Andrew comprit son désespoir, bien qu’elle se contentât de dire :

— Reste avec nous, s’il te plaît. Je crois qu’il nous veut tous les deux près de lui.

Damon les étreignit avec désespoir, en un besoin de contact physique qui n’était pourtant pas, bien que ça y ressemblât, le véritable besoin qu’il ressentait. Non, ils ne comprennent pas. Et, plus rationnel : je ne comprends pas non plus ce besoin. Pour le moment, ils étaient là, et c’était assez. Sa satisfaction n’était pas parfaite, ce n’était pas exactement ce qu’il recherchait, mais ça suffirait, et Ellemir, l’étreignant avec désespoir, se dit qu’ils pourraient le calmer un peu. Mais que recherchait-il, exactement ? Le saurait-elle jamais ? Comment pouvait-elle le savoir alors qu’il l’ignorait lui-même ?

12

Callista s’éveilla mais n’ouvrit pas les yeux, jouissant de la sensation du soleil sur ses paupières. Dans son sommeil, elle avait senti la tempête s’apaiser, la neige cesser, les nuages disparaître. Ce matin, le soleil brillait. Elle s’étira, heureuse de ne plus éprouver aucune douleur. Elle était encore très faible, épuisée. Après sa terrible épreuve, elle avait l’impression d’avoir dormi deux ou trois jours d’affilée, puis elle avait encore gardé le lit quelques jours, pour recouvrer ses forces, bien qu’elle se sentît beaucoup mieux. Il lui fallait d’abord retrouver sa santé, qui, jusque-là, avait toujours été excellente, et cela prendrait du temps.

Et quand elle serait complètement rétablie, que ferait-elle ? Elle écarta vivement cette idée. Si elle commençait à ressasser ses problèmes, elle ne trouverait jamais la paix.

Elle était seule dans la chambre. C’était un luxe. Elle avait passé tant d’années dans la solitude qu’elle en était venue à l’aimer autant qu’elle l’avait redoutée pendant ses dures années d’apprentissage. Et pendant sa maladie, elle n’avait jamais été seule un instant. Elle savait pourquoi – elle aurait ordonné le même traitement, sans hésitation, pour toute personne souffrant des mêmes maux qu’elle – et elle leur était reconnaissante de leurs soins attentifs et de leur amour sans partage. Mais maintenant, il lui semblait bon de se trouver seule au réveil.

Elle ouvrit les yeux et s’assit sur son lit. Celui d’Andrew était vide. Elle se rappela vaguement l’avoir entendu remuer, s’habiller, sortir. Maintenant que la tempête avait cessé, le travail ne devait pas manquer sur le domaine. Dans la maison non plus. Ellemir n’avait pas quitté son chevet pendant des jours, négligeant ses devoirs d’intendante.

Callista décida de descendre ce matin.

Hier soir, Andrew était de nouveau allé retrouver Ellemir. Elle ne l’avait perçu que vaguement, l’ancienne discipline télépathique l’obligeant à la discrétion. Il était revenu, passé minuit, tout doucement, sans faire de bruit pour ne pas la réveiller, et elle avait fait semblant de dormir.