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— Nécessaire pour le bien-être des enfants, cher mari. Ces montagnards sont incultes. Ils considèrent les naissances multiples comme des présages, de bon ou de mauvais augure, mais comment savoir lequel à l’avance ? Ferrika peut leur dire que ce sont des sottises, mais ils ne l’écoutent pas, parce qu’elle est des leurs, quoiqu’elle soit sage-femme formée à Arilinn, Amazone Libre et sans doute beaucoup plus intelligente que moi. Mais moi, je suis Comyn et leronis. Quand j’apporte des cadeaux aux enfants et du réconfort à leur mère, les gens savent qu’ils sont sous ma protection ; au moins, ils ne traiteront pas les bébés comme le présage de quelque catastrophe future.

— Comment étaient les bébés ? demanda Ellemir.

Callista fit la grimace.

— Pour moi, tous les nouveau-nés ressemblent à des lapins écorchés, prêts à passer à la broche, d’une laideur effroyable.

— Oh, comment peux-tu parler comme ça, Callie ? dit Ellemir avec reproche. Bon, il faudra que j’aille voir par moi-même. Des quadruplés, quelle merveille !

— Peut-être, mais c’est dur pour la pauvre femme. J’ai décidé deux femmes du village à l’aider pour les allaiter, mais avant le sevrage, il faudra leur envoyer une vache.

La nouvelle de cette naissance se répandit dans les montagnes comme une traînée de poudre, et d’après Ferrika, la mère avait de la chance d’avoir accouché en hiver, car si les routes avaient été praticables, – et bien que l’hiver fût doux – la pauvre femme aurait été dérangée jour et nuit par les curieux venus admirer la merveille. Andrew se demanda ce que pouvait bien être un hiver rigoureux, si celui-ci était doux. Il le découvrirait bien assez tôt.

Il avait perdu la notion du temps, sauf pour les dates, soigneusement inscrites dans un registre, où les juments devaient pouliner, et il avait de longues discussions avec Dom Esteban et le vieux Rhodri sur l’accouplement des meilleures pouliches. Les jours allongeaient visiblement quand le temps se rappela brutalement à son attention.

Il rentrait d’une longue journée passée en selle, et allait monter se préparer pour le repas du soir. Dans le Grand Hall, Callista tenait compagnie à son père, et lui enseignait à jouer de la harpe. En haut, Ellemir l’accueillit sur le seuil de la salle commune, et l’entraîna dans son appartement.

Ce n’était pas rare. Damon était absorbé par ses recherches, et, de temps en temps, faisait de longues incursions dans le surmonde. Sans résultats jusqu’à présent, mais ces voyages avaient les conséquences normales de tout travail avec la matrice, et Ellemir avait pris l’habitude d’accueillir Andrew dans son lit. Au début, il avait pris ces ébats pour ce qu’ils avaient toujours été, un substitut à l’incapacité de Callista. Puis, une nuit qu’il dormait sagement à son côté – elle avait refusé de se donner à lui, disant qu’elle était fatiguée – il avait réalisé qu’il y avait plus que cela.

Il l’aimait. Non en tant que substitut de Callista, mais pour elle-même. Cela l’avait profondément troublé, car il avait toujours cru que quand on tombait amoureux d’une femme, on cessait d’aimer toutes les autres. Il avait soigneusement dissimulé cette pensée, sachant qu’Ellemir en serait très perturbée, et il n’y pensait que lorsqu’il était seul, très loin dans les montagnes :Mon Dieu, ayez pitié de moi. Me suis-je trompé en me mariant ? Et pourtant, quand il revoyait Callista, il savait qu’il ne l’aimait pas moins qu’avant, qu’il l’aimerait toujours même s’il ne pouvait plus lui toucher le bout des doigts. Il les aimait toutes les deux. Que faire ? Ce jour-là, regardant Ellemir, petite, souriante et rougissante, il ne put s’empêcher de la prendre dans ses bras et de l’embrasser tendrement.

Elle fronça le nez.

— Tu sens le cheval.

— Désolé. J’allais prendre un bain…

— Ça ne fait rien, j’aime l’odeur des chevaux, et en hiver, je ne peux pas sortir pour monter. Qu’as-tu fait aujourd’hui ?

Il le lui dit et elle remarqua :

— Je trouve que le coridom pourrait s’occuper de ça.

— Bien sûr, mais s’ils me voient capable de faire ces travaux, ils prendront l’habitude de me demander conseils et ordres, au lieu d’aller déranger Dom Esteban. Il a l’air si fatigué ces temps-ci. Je crois que l’hiver lui pèse.

— À moi aussi, mais maintenant, j’ai quelque chose pour me faire patienter d’ici le printemps. Andrew, je voulais te prévenir le premier : je suis enceinte ! Ce doit être arrivé peu avant le Solstice d’Hiver…

— Dieu Tout-Puissant ! s’écria-t-il, atterré. Ellemir, je suis désolé, mon amour… j’aurais dû…

Comme si elle avait reçu une gifle, elle recula, les yeux flamboyants de colère.

— Je voulais te remercier, et je découvre que tu regrettes ce cadeau. Comment peux-tu être si cruel ?

— Attends, attends… dit-il, confus. Elli, mon petit amour…

— Comment oses-tu prononcer des mots d’amour après un affront pareil ?

Il lui tendit la main.

— Attends, Ellemir, je t’en prie. Une fois de plus, je n’ai pas compris. Je pensais… Veux-tu dire que tu es heureuse d’être enceinte ?

Elle fut tout aussi confuse que lui.

— Comment ne pas être heureuse ? Quel genre de femmes as-tu connues ? J’étais tellement contente, tellement heureuse quand Ferrika m’a confirmé le fait ce matin, car jusque-là, je craignais de prendre mes désirs pour des réalités.

Elle semblait au bord des larmes.

— Je voulais partager mon bonheur avec toi, et tu me traites comme une prostituée, indigne de porter ton enfant !

Soudain, elle éclata en sanglots. Andrew l’attira contre son cœur. Elle le repoussa, puis posa la tête sur son épaule.

Il dit, penaud :

— Oh, Ellemir, Ellemir, est-ce que je vous comprendrai jamais ? Si tu es heureuse, comment veux-tu que je ne le sois pas ? dit-il réalisant qu’il était sincère comme il ne l’avait jamais été de sa vie.

Elle renifla, et, levant la tête, sourit, et ce fut comme le soleil au printemps, après l’averse.

— Vraiment, Andrew ? Vraiment heureux ?

— Bien sûr, ma chérie, si tu l’es.

Quelles que soient les complications qui en découleront, se dit-il. Il devait être le père, sinon elle en aurait parlé d’abord à Damon.

Elle perçut sa confusion.

— Mais que veux-tu qu’en pense Damon ? Il partage mon bonheur, naturellement, et il est content !

Rejetant la tête en arrière, elle le regarda dans les yeux et dit :

— Est-ce que ce serait encore un tabou sur ton monde ? Je suis bien contente de ne pas le connaître !

Après beaucoup de chocs de ce genre, Andrew était presque immunisé.

— Damon est mon ami, mon meilleur ami. Parmi mon peuple, on considérerait cela comme une tromperie, une trahison. La femme de mon meilleur ami me serait interdite entre toutes.

Elle secoua la tête.

— Ton peuple ne me plaît pas du tout. Crois-tu que j’irais partager mon lit avec un homme, si mon mari ne l’aimait pas ? Donnerais-je à mon mari l’enfant d’un étranger ou d’un ennemi ?