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— Non, le cœur bat encore. Vite, Ellemir. Appelle Ferrika. C’est la plus proche. Mais Andrew ou Damon devrait aller chercher Maître Nicol à la Salle des Gardes.

Elle resta près de son père, se rappelant que la sage-femme avait parlé de faiblesse cardiaque. Quand Ferrika arriva, elle confirma les craintes de Callista.

— Le cœur est en train de lâcher, Callista, dit-elle, omettant dans son émotion de faire précéder le nom du titre de « Dame ». Il a subi trop de chocs ces temps-ci.

Elle avait apporté des stimulants, et, lorsque Maître Nicol arriva, ils parvinrent à lui en faire avaler une dose.

— Il est entre la vie et la mort, déclara l’officier sanitaire. Il peut mourir d’une minute à l’autre, ou durer comme cela jusqu’au Solstice d’Eté. A-t-il subi un choc ? Avec tout le respect que je vous dois, Seigneur Damon, on aurait dû lui éviter le moindre stress et la moindre contrariété.

Damon eut envie de lui demander comment on protège un télépathe contre les mauvaises nouvelles. Mais Maître Nicol faisait de son mieux, et d’ailleurs, il ne détenait pas plus la réponse à cette question que Damon.

— Nous ferons ce que nous pourrons, Seigneur Damon, mais pour l’instant… Il est heureux qu’il vous ait déjà désigné comme régent.

Damon eut l’impression d’une douche glacée. Il était régent d’Alton et souverain du Domaine jusqu’à ce que Valdir soit déclaré adulte.

Régent. Avec pouvoir de vie et de mort.

Non, pensa-t-il, révulsé. C’était trop. Il n’avait jamais désiré cela.

Mais considérant son beau-père à l’agonie, il sut où était son devoir. Confronté à la preuve de la traîtrise de Dezi, le seigneur Alton aurait agi implacablement, pour protéger les enfants, le jeune garçon et le bébé à naître, qui étaient les héritiers directs d’Alton. Comme Damon devait agir…

Lorsque Dezi revint avec Valdir, ils l’attendaient.

— Valdir, dit doucement Ellemir, notre père est très malade. Va demander des nouvelles à Ferrika.

À leur grand soulagement, l’enfant sortit immédiatement. Dezi attendit avec défi.

— Ainsi, tu as maintenant ce que tu voulais, Damon. Tu es régent d’Alton. Mais l’es-tu vraiment ? Je me le demande.

— Je suis prévenu, Dezi. Tu ne me serviras pas comme tu as servi Domenic. En ma qualité de régent d’Alton, j’exige que tu me remettes la matrice que tu as volée sur son corps.

Au visage de Dezi, Damon vit qu’il avait compris. Puis Dezi éclata de rire, à la grande horreur de Damon. Il n’avait jamais rien entendu de plus choquant que ce rire.

— Viens donc la prendre, Ridenow, moitié d’homme, railla-t-il. Ce ne sera pas si facile cette fois ! Tu ne pourrais pas en faire autant maintenant, même entouré de tes acolytes ! Viens, j’ai relevé ta contestation au Conseil ! Réglons l’affaire maintenant. Lequel de nous deux sera régent d’Alton ? En auras-tu la force ? Moitié moine, moitié eunuque, c’est bien ce qu’on dit de toi, non ?

Avait-il lu cette raillerie dans l’esprit de Lorenz ou dans celui même de Damon ?

— Si tu me tues, dit Damon, tu prouveras par là que tu es indigne de la régence. Il ne s’agit pas seulement de force, mais aussi de droit et de responsabilité.

— Oh, assez de ces vieilles lunes ! dit Dezi, sarcastique. La responsabilité, je suppose, dont mon cher père a fait preuve envers moi ?

Damon avait envie de lui dire que le dom l’aimait vraiment, au point que la nouvelle de sa traîtrise avait failli le tuer. Mais il ne perdit pas son temps en paroles, et, saisissant sa matrice et se concentrant sur elle, se mit en devoir d’altérer les résonances de celle que portait Dezi. De celle qu’il avait volée.

Dezi perçut le contact et contra d’un coup mental terrible, qui fit tomber Damon à genoux. Dezi avait le don Alton, la colère qui tuait. Luttant contre sa panique, il réalisa que Dezi avait progressé, qu’il était devenu beaucoup plus fort. Comme un loup qui a goûté la chair humaine, il fallait le détruire immédiatement, ne pas lâcher cette bête enragée parmi les Comyn…

La pièce commença à s’embrumer, et des lignes de forces fulgurèrent entre eux deux. Damon se sentit fléchir, sentit la force d’Andrew derrière lui, sentit Andrew soutenir son corps physique, sentit le sol se dérober sous lui, se sentit tomber.

Callista s’interposa entre eux, les dominant de toute sa taille, majestueuse, sa matrice étincelant à son cou. Damon vit la matrice de Dezi rougir comme une braise, brûler sa tunique et s’enfoncer dans sa chair. Dezi hurla de douleur et de rage, et, un instant, Damon revit Callista telle qu’elle avait été à Arilinn, enveloppée des voiles écarlates de la Gardienne. De la petite dague qu’elle portait à la taille, elle trancha le cordon retenant la matrice de Dezi à son cou. La matrice tomba par terre et flamboya comme du feu quand Dezi voulut s’en saisir. Damon ressentit la douleur insoutenable de Dezi, dont la main se mit à brûler dans la flamme. Puis la matrice s’éteignit, noire et morte.

Et Dezi disparut ! Une fraction de seconde, Andrew continua à regarder l’air frémir à l’endroit où Dezi s’était évanoui. Et un cri terrible de désespoir et de rage retentit dans leurs esprits. Enfin, ils virent la scène, comme s’ils avaient été physiquement présents dans la salle d’Armida.

Lorsque Callista avait détruit la matrice volée de Domenic, Dezi n’avait pas supporté de se retrouver sans pierre-étoile. Faisant appel à ses dernières forces, il s’était téléporté à travers le surmonde pour se matérialiser à l’endroit où Damon avait enfermé sa propre matrice – réaction instinctive de panique, sans rien de rationnel. Un instant de réflexion lui aurait rappelé qu’elle était solidement enfermée dans une boîte métallique blindée. Or, deux objets solides ne peuvent pas occuper la même place en même temps, pas dans l’univers réel. Et Dezi – ils virent tous la scène, frissonnant d’horreur – s’était matérialisé à moitié à l’intérieur, à moitié à l’extérieur de la boîte contenant sa matrice. Avant même que s’éteignît son cri d’agonie, ils en avaient tous entendu l’écho dans l’esprit de Damon. Dezi gisait sur le sol de la chambre forte d’Armida, mort et ensanglanté. Malgré son horreur, Damon plaignit ceux qui devraient enterrer ce corps tragiquement matérialisé moitié à l’extérieur, moitié à l’intérieur de la boîte qui lui avait fendu le crâne en deux comme un fruit pourri.

Ellemir s’était effondrée, et gémissait d’épouvante. La première pensée d’Andrew fut pour elle. La rejoignant en hâte, il la prit dans ses bras, essayant de lui communiquer sa force comme il l’avait communiquée à Damon. Damon se releva lentement, le regard vitreux. Callista, horrifiée, continuait à fixer sa matrice.

— Maintenant, je suis vraiment parjure… murmura-t-elle. J’ai été relevée de mon serment… et je me suis servi de ma pierre pour tuer…

Elle se mit à hurler comme une bête, se martelant de ses poings, se déchirant le visage de ses ongles. Andrew assit doucement Ellemir dans un fauteuil et courut à Callista, essayant de lui immobiliser les bras. Il vit une averse d’étincelles bleues, et il atterrit contre le mur opposé, étourdi. Callista le regarda, les yeux dilatés d’horreur, et se remit à crier et à se déchirer le visage, déjà marqué d’écorchures sanguinolentes.

Damon s’élança, lui saisit les deux poignets d’une seule main et l’immobilisa, puis la gifla à toute volée. Le souffle coupé, elle cessa de crier et s’effondra dans ses bras, la tête sur son épaule.

Callista se mit à sangloter.

— J’ai été relevée de mon serment, murmura-t-elle, et je n’ai pas pu m’empêcher… j’ai agi contre lui en Gardienne. Damon, je suis toujours Gardienne malgré mon serment… mon serment !