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Roland hocha la tête.

— La dernière chose qu’il ait envoyée — je crois qu’il l’a dite à voix haute, mais je n’en suis pas certain — c’est…

Jake essaya de se rappeler. À présent il pleurait à chaudes larmes.

— Il a dit : « Puisses-tu trouver ta Tour, Roland, et en forcer l’accès, pour monter jusqu’au sommet ! » Et ensuite…

Jake souffla doucement entre ses lèvres pincées.

— Disparu. Comme la flamme d’une bougie. Parti vers d’autres mondes, quels qu’ils soient.

Il se tut. Ils se turent tous, et ce silence était volontaire. Puis Eddie le rompit.

— Très bien, puisqu’on est tous à nouveau réunis… C’est quoi, la suite du programme ?

4

Roland s’assit en grimaçant, puis lança à Eddie Dean un regard qui voulait dire — beaucoup plus clairement qu’il n’aurait pu le signifier avec des mots — Pourquoi mets-tu ma patience à l’épreuve ?

— D’accord, fit Eddie. C’est juste une sale habitude. Et arrête de me lancer ce regard.

— De quelle sale habitude veux-tu parler, Eddie ?

Ces derniers temps, Eddie repensait moins souvent à sa dernière et éprouvante année de toxicomane, avec son frère Henry, pourtant il y repensa à cet instant. Mais il n’aimait pas en parler, non pas parce qu’il avait honte — Eddie se disait vraiment qu’il avait passé ce cap-là — mais parce qu’il sentait chez le Pistolero une impatience croissante, dès qu’Eddie tentait d’expliquer les choses en y mêlant son grand frère. Et c’était peut-être de bonne guerre. Henry avait incontestablement été une force décisive dans l’évolution de la vie d’Eddie, d’accord. Tout comme Cort avait été la force décisive dans l’évolution de la vie de Roland… sauf que le Pistolero ne parlait pas de son vieil instructeur sans arrêt.

— Le fait de poser des questions dont je connais déjà les réponses, répondit le jeune homme.

— Et quelle est la réponse, cette fois-ci ?

— On va remonter jusqu’à Tonnefoudre, avant de prendre le chemin de la Tour. Ou bien on va tuer les Briseurs, ou bien on va les libérer. N’importe quoi, pourvu que les Rayons soient en sûreté. On tuera Walter, ou Flagg, quel que soit son nom. Parce que c’est lui, le chef des troupes, pas vrai ?

— C’était lui, acquiesça Roland, mais un nouveau joueur est entré en scène, désormais.

Il jeta un œil en direction du robot.

— Nigel, j’ai besoin de toi.

Nigel décroisa les bras et releva la tête.

— En quoi puis-je vous être utile ?

— En me trouvant de quoi écrire. Tu sauras faire ça ?

— Des stylos, des crayons, et de la craie dans le casier du Surveillant, tout au bout de la Salle d’Extraction. En tout cas il y en avait, la dernière fois que j’ai eu l’occasion d’y passer.

— La Salle d’Extraction, répéta Roland d’un air pensif, en observant les lits disposés en rangs serrés. C’est ainsi que vous l’appelez ?

— Oui, sai — puis, d’une voix presque craintive : Les élisions vocales et les fricatives laissent entendre que vous êtes en colère. Est-ce le cas ?

— Ils ont amené ici des enfants par centaines, par milliers — des enfants en bonne santé, pour la plupart, dans un monde où il en naît tellement difformes — et ils leur ont aspiré le cerveau. Pourquoi devrais-je être en colère ?

— Sai, croyez bien que je n’en ai aucune idée, dit Nigel.

Peut-être regrettait-il d’avoir décidé de revenir.

— Mais je n’ai jamais participé aux procédures d’extraction, je vous l’assure. Je suis responsable des tâches domestiques, ce qui inclut l’entretien.

— Apporte-moi un crayon et un morceau de craie.

— Sai, vous n’allez pas me détruire, n’est-ce pas ? C’est le Dr Scowther qui était responsable des extractions, au cours de ces douze ou quatorze dernières années, et le Dr Scowther est mort. Cette dame-sai l’a abattu, et avec sa propre arme.

Une pointe de reproche perçait dans la voix de Nigel, étonnamment expressive, malgré son registre limité.

Roland se contenta de répéter :

— Apporte-moi un crayon et un morceau de craie, et fissa-fissa.

Nigel s’exécuta.

— Quand tu dis « un nouveau joueur », tu veux parler du bébé, dit Susannah.

— Certes. Il a deux pères, ce bah-bo.

Susannah acquiesça. Elle se remémora le récit que lui avait fait Mia pendant leur visite vaadasch dans la ville abandonnée de Fedic — abandonnée… sauf par la clique de Sayre, Scowther, et les Loups en maraude. Deux femmes, l’une blanche et l’autre noire, l’une enceinte et l’autre pas, assises sur leurs chaises devant le Gin-Puppie Saloon. C’est là que Mia en avait tellement raconté à la femme d’Eddie Dean — plus qu’ils en savaient tous, sans doute.

C’est là qu’ils m’ont transformée, lui avait dit Mia, ce « ils » désignant probablement Scowther et l’équipe médicale. Et des magiciens ? Dans le genre des Manni, mais qui seraient passés du côté obscur ? Peut-être. Qui pouvait le dire ? Dans la Salle d’Extraction, on l’avait rendue mortelle. Puis, avec le sperme de Roland déjà en elle, il s’était passé autre chose. Mia ne se souvenait pas de grand-chose, seulement d’une obscurité rougeâtre. Susannah se demandait à présent si le Roi Cramoisi lui était apparu en personne, la chevauchant de son gigantesque et ancestral corps d’araignée, ou bien si son innommable semence avait été transportée autrement, mélangée à celle de Roland. Quoi qu’il en soit, le bébé était devenu cet hybride hideux que Susannah avait aperçu : non pas un loup-garou, mais une araignée-garou. Et maintenant il évoluait en liberté, quelque part. Peut-être était-il ici même, à les observer palabrer, alors que Nigel rapportait déjà toutes sortes d’ustensiles d’écriture.

Oui, se dit-elle. Il nous observe. Et il nous hait… mais pas tous de la même manière. C’est surtout Roland que le dan-tete déteste. Son père originel.

Elle frissonna.

— Mordred compte te tuer, Roland, dit-elle. C’est son boulot. C’est pour ça qu’il a été conçu. Pour mettre fin à ta vie, et à ta quête, et à la Tour.

— Oui, répondit Roland, et pour régner à la place de son père. Car le Roi Cramoisi est âgé, et j’en arrive à croire de plus en plus qu’il est emprisonné, d’une manière ou d’une autre. Si tel est le cas, alors ce n’est plus lui, notre véritable ennemi.

— Est-ce qu’on va aller au château de l’autre côté de Discordia ? demanda Jake.

C’étaient ses premiers mots depuis une demi-heure.

— On va y aller, pas vrai ?

— Je crois, oui, confirma Roland. Le Casse Roi Russe, comme l’appellent les anciennes légendes. Nous irons là-bas en ka-tet et nous détruirons ce qui s’y trouve.

— Ainsi soit-il, fit Eddie. Par Dieu, ainsi soit-il.

— Si fait, acquiesça le Pistolero. Mais notre première tâche, ce sont les Briseurs. Ce Tremblement de Rayon que nous avons ressenti à Calla Bryn Sturgis, juste avant de venir ici, nous indique qu’ils en ont presque terminé. Et même si ce n’est pas le cas…