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« Tout le long de l'hippodrome, vous trouvez des ruisseaux dont l'eau, docile à la main qui la conduit, serpente en murmurant dans des rigoles qui la reçoivent, et sert à entretenir la verdure par des irrigations, soit d'un côté, soit de l'autre, soit partout à la fois.

<i L'hippoirome est en ligne droite; mais à son extrémité il change de forme et s'arrondit en demi-cercle. Des cyprès plantés dans le pourtour y produisent un ombrage épais et noir ; mais d'autres allées circulaires (car il y en a plusieurs) reçoivent dans leur intérieur plus d'air et un jour plus pur ; aussi les rosiers y fleurissent et l'on y jouit tout à la fois de la fraîcheur de l'ombre et de la clarté du soleil. Toutes ces allées circulaires viennent aboutir à l'allée droite de l'hippodrome, ainsi qu'aux autres allées parallèles interceptées et coupées par des palissades de buis : ici c'est du gazon; là des compariiments de buis, dé-

LES MAISONS DE CAMPAGNE.

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coupés de cent façons, représentent et font lire, par des figures de lettres, tantôt le nom du maître de la maison, tantôt celui de Touvrier. Des arbustes en forme de bornes et des arbres fruitiers, alternativement rangés, environnent les plates-bandes. Cette régularité de plantation se trouve ainsi interrompue par des arbres venus comme naturellement et au hasard, et dont l'heureuse négligence corrige la monotonie de l'art.'Viennent ensuite des plans d'acanthe et d'autres dessins de figures et de lettres. » (Pline à Apollinaire.)

Le goût des kiosques est venu d'Egypte et il a duré aussi longtemps que l'empire d'Occident. Ces kiosques figuraient dans les jardins romains au même titre que les pagodes chinoises dans les nôtres, et ils furent fréquemment employés au temps d'Adrien, conformément aux goûts de ce prince pour tout ce qui tenait aux usages égyptiens. Les terres cuites de cette époque en reproduisent les modèles; celle que nous montre la figure 681 a appartenu à Seroux d'Agin-court. Une nymphe à demi

nue est couchée à côté du kiosque dont le toit, en forme de cône, est surmonté d'un oiseau.

Quand le luxe et les goûts de l'Orient se répandirent chez les Romains, les objets de fabrication égyptienne acquirent une très-grande vogue. En même temps que le culte d'isis se répandait avec une rapidité telle que, dès le règne de Tibère, la plupart des villes de l'empire avaient un temple consacré à cette déesse, on commença à employer dans la décoration les ornements égyptiens, et il fut de bon goût, dans les villas, d'avoir un jardin conçu dans le style réputé égyptien, ou tout au moins de peindre ces jardins sur les murs des'appartements. Nous en avons plusieurs exemples dans les peintures de Pompéi (fig. 682). Ces jardins diffèrent essentiellement des grands parcs romains, toujours tracés avec des lignes régulières, percés de grandes avenues et enrichis de statues, de portiques et de colonnades. Ils s'éloignent

. 681. — Imitation d'un kiosque égyptien, sur une terre cuite romaine.

L'HABITATION.

également des jardins qui accompagnaient les habitations des riches Égyptiens et dont nous avons donné plus haut la configuration. Ils se distinguent par une sorte de rusticité d'apprêt, répondant à peu près à la partie du jardin de Trianon que nous appelons le hameau. On y voit un certain désordre dans les plantations, au milieu desquelles s'élève une petite ferme ou un kiosque dit égyptien. I/engouement pour rÉgi'pte n'était pas moins grand, à Rome, que ne l'a été chez nous l'engouement pour la Chine à la fin du xvni' siècle, et l'imitation peut bien n'être pas rigoureusement exacte; cependant ce pays, qui semble traversé par un grand fleuve et où la terre ferme est coupée de canaux, a bien

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Fig. 682. — Un jardin dans le st3-le dit égyptien. (D'après une peinture de Pompéi.)

certainement l'intention de rappeler l'Egypte, et pour qu'on ne s'y trompe pas l'artiste a eu soin d'y placer un crocodile et des ibis.

Les anciens avaient des serres chaudes dont ils se servaient à peu près comme nous. C'est ce que prouve une épigramme de Martial à En-tellus : « Celui qui a vu les vergers du roi de Corcyre leur préférerait. Entellus, ta maison de campagne. Pour que tes raisins ne soient point brûlés par les frimas jalonx, pour que le froid et ses glaces ne détruisent pas les dons de Bacchus, les grappes y sont abritées sous une pierre transparente et le fruit en est à couvert, sans être pour cela caché aux regards. Ainsi les cailloux peuvent être comptés au fond d'une eau limpide. Que ne permet pas la nature au génie! L'hiver, malgré sa stérilité, est contraint de donner les produits de l'automne. »

Presque tous les jardins romains étaient pourvus d'une treille. Mais Pline le Jeune en décrit une qui mérite d'être notée, parce qu'elle donne bien l'idée des raffinements de la société romaine à cette époque : « Une

treille soutenue par quatre colonnes en marbre de Caryste ombrage une salle de festin chnmpètre, dont la table et los lits sont de marbre blanc. De dessous les lits, l'eau s'échappe en difl'érents jets, comme pressée par le poids des convives; elle est reçue dans un bassin de marbre poli qu'elle remplit, sans jamais déborder, au moyen d'un tuyau de décharge invisible. Quand on mange en ce lieu, les plats les plus forts et le principal service se rangent sur les bords du bassin ; les mets les plus légers se servent sur l'eau et voguent autour sur des plats faits en forme de barques ou d'oiseaux. En face jaillit une fontaine qui reçoit et renvoie sans cesse de l'eau ; après s'être élevée, cette eau retombe sur elle-même et, parvenue à des issues pratiquées, elle se précipite pour s'élancer de nouveau dans les airs. » (Pline à Apollinaire.)

Les vfLLAs. — La vie antique se passait sur la place publique, au centre de la cité. Le tumulte qui résulte de cette existence toute extérieure devait être extrêmement fatigant pour les esprits enclins à la rêverie, ou amoureux d'un travail qui exige le silence et la tranquillité. De là vient le goût qu'ont toujours montré pour la campagne, non-seulement les hommes de la classe opulente, mais encore les jurisconsultes, les philosophes, les lettrés. «Tu demandes, écrit Martial, pourquoi je vais si souvent à ma modeste villa, cette humble campagne de l'aride pays de Monientanum. C'est qu'à Rome, Sparcus, l'homme pauvre ne peut ni penser ni dormir. Comment vivre, dis-moi, avec les maîtres d'école le matin, les boulangers la nuit et le marteau des chaudronniers pendant le jour? Ici, c'est un changeur qui s'amuse à faire sonner sur son sale comptoir des pièces marquées au coin de Néron; là, un batteur de chanvre dont le fléau luisant brise à coups redoublés sur la pierre le lin que nous fournit l'Espagne. A chaque instant du jour vous entendez crier, ou les prêtres fanatiques de Bellone, ou le naufragé babillard qui porte avec lui sa tirelire, ou le juif instruit par sa mère à mendier, ou le chassieux débitant d'allumettes... Quand le dégoût me prend et que je veux dormir, je cours à la campagne. »

•■* Les Romains étaient passionnés pour la vie champêtre, et les plus illustres d'entre eux tenaient à s'occuper d'agriculture, par goût autant que par intérêt. Ceux même qui ne s'occupaient pas directement du travail des champs aimaient à se retirer dans leurs villas pour se consacrer à l'étude de la philosophie et des belles-lettres. Sous la république, les maisons de campagne se ressentaient de la simplicité des mœurs, et II. . 61

ce ne fut qu'aux approches de rempire que le luxe s'y introduisit comme partout.

Les Bomains, qui, à l'origine, étaient tous laboureurs, avaient dans leurs terres une maison d'habitation où ils allaient, soit pour se reposer pendant la belle saison, soit pour surveiller le travail de leurs métayers. Une villa n'était donc, à l'origine, .qu'une maison de maître annexée aux bâtiments d'exploitation. Les habitudes toujours croissantes du luxe transformèrent peu à peu les maisons de campagne en somptueuses résidences, et, comme leurs> opulents propriétaires avaient tous des biens dans les provinces, ils négligèrent peu à peu le côté agricole de leurs villas, qui ne fin'cnt plus pour eux que des séjours de plaisir. Une épigramme de Martial nous montre que de son temps il y avait encore quelques maisons de campagne cultivées au point de vue du rapport : « Bassus, la maison de campagne de notre ami Faustinus, àBaies, n'embrasse point un vaste espace de terrain sans produits, symétriquement planté de myrtes inutiles, de stériles platanes et de buis régulièrement tondus. C'est une vraie et joyeuse campagne, qu'on peut à bon droit appeler rustique. Là, les greniers regorgent des dons de Gérés, jusque dans leurs derniers recoins; là, des vases nombreux exhalent les parfums d'un vin vieux de plusieurs automnes. »