Nous ne connaissons aucun texie qui puisse nous renseigner sur les instruments de l'écrKure dans l'ancienne Egypte, mais plusieurs peintures représentent des écrivains ou scribes. AThôbcs, notamment, on en voit un qui tient sa plume et a près de lui deux boîtes contenant les matériaux destinés à écrire (fig. 747). Un autre a son encrier devant lui et sa plume est placée derrière son oreille, selon un usage assez répandu parmi nos bureaucrates modernes, mais qui remonte aux anciens Égyptiens (fig. 748).
Nous avons, au musée égyptien du Louvre, des palettes d'écrivain. Ce sont de petits meubles en bois dur et généralement de forme rectangulaire. Elles sont garnies de petits godets destinés à contenir des pains d'encre ou de couleur, et une entaille pratiquée dans le bas con-II. 67
tennit les roseaux taillés pour l'écriture. On a retrouvé des palettes dont les godets ont conservé leurs couleurs. Il y a aussi des pains de couleur que l'écrivain délayait dans un peu d'eau contenue dans un petit vase rond qui faisait partie de son outillage.
Il y a aussi quelques encriers d'une forme singulière : il y en a notamment un en grenouille et plusieurs en hérissons. La grenouille est en terre émaillée incrustée de pâtes de verre. Les palettes dont se servaient les enlumineurs de manuscrits sont en pierres de diverses sortes. Quelques-unes sont enrichies d'inscriptions finement travaillées, dans lesquelles on a reconnu des prières adressées à diverses divinités par le possesseur de la palette. Les pinceaux, formés de joncs fibreux, s'amollissaient au contact de l'eau.
Les livres. — Les livres n'avaient pas dans l'antiquité la forme que nous leur donnons aujourd'hui. Un volume consistait en une feuille écrite d'un côté seulement, et que l'on pouvait allonger indéfiniment, suivant l'étendue du texte qu'il devait contenir. Si le texte était court, la position du lecteur par rapport à la feuille qu'il lisait n'offrait rien de particulier. Le personnage représenté sur la figure 7/t9, reproduisant un camée antique, a devant lui une simple feuille de parchemin de médiocre étendue. Mais la muse Clio, que montre la figure 750, d'après une peinture d'IIer-culanum, tient un véritable volume, suivant le sens qu'on doit donner à ce mol, c'est-à-dire une très-longue feuille terminée à ses deux extrémités par un cylindre autour duquel elle est destinée à s'enrouler. On remarquera que la main tient le volume de telle sorte que les deux cylindres se présentent „. .,„ ,„ , devant l'œil comme deux verticales, tandis que
Fig. j-19. — Lecteur. ' ^
les lignes écrites apparaissent horizontales. Ces lignes sont dispo.^ées par colonnes, comme va nous le montrer la figure 751, et quand le lecteur fait tourner ces deux cylindres de manière que la feuille qui se déroule d'un côté s'enroule de l'autre, il voit apparaître tour à tour les colonnes ou pages qui constituent le volume. La figure 751 représente, d'après une peinture d'IIerculanum, un livre déroulé. Quand une feuille était complètement écrite on la roulait autour d'un bâton qu'on avait eu soin de fixer à l'une des extrémités de la feuille; ce bâton ne devait faire aucune saillie dans le rouleau, mais on peignait le bout qui en avait reçu le nom d'ombilic. C'est pour
LES PAPIERS ET LES LIVRES.
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cela que Martial dit, non sans quelque ostentation : «Mes livres, roulés sur le cèdre et ornés d'un ombilic, sont dans les mains de toutes les nations aux([uelles Rome commande. » Le cylindre autour duquel on loulait ainsi la feuille de papier était ordinairement en cèdre ou en ébène.
Les livres ayant la forme d'un rouleau, il n'aurait pas été possible de mettre le titre sur le dos du volume comme nous le faisons aujour-
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Fig. 750. — Clio.
d'hui. Le sujet traité dans l'ouvrage était écrit sur une petite étiquette placée au centre du rouleau, comme le montre la figure 752, tirée d'une peinture de Pompéi ; cette étiquette, généralement de couleur rouge, s'appelait l'index. « Tu peux maintenant, dit Martial s'adressant à son livre, circuler parfumé d huile de cèdre, le front paré d'un double ornement et fier de tes ombilics colorés; tu vas être enfermé dans un étui couvert d'une pourpe éclatante et ton superbe index brillera d'é-carlate. »
Les poètes latins aiment assez s'adresser directement à leurs ou-
L'HABITATION.
vrages qu'ils personnifient, et ils nous fournisseent de la sorte des-renseignements tris-précis sur la contexture matérielle d'un livre de luxe : « Digne sujet de mes vers, dit TibuUe dans une de ses .élégies, que Néère en accepte l'hommage. Que ce livre, aussi blanc que la neige, soit revêtu d'une enveloppe dorée, et que la pierre ponce en polisse auparavant les bords éblouissants. Que le sommet de la feuille légère soit décoré d'une lettre où se devine mon nom, et que les extrémités des deux fronts aient des peintures pour ornement. C'est dans cette élégante parure que je veux envoyer mon ouvrage. »
C'est avec un sentiment tout différent qu'Ovide parle à son livre au début des Tristes : « Mon livre, dit le poëte exilé, tu iras à Rome, et tu iras à Rome sans moi ; je n'en suis point jaloux; mais, hélas! que n'est-il permis à ton maître d'y aller lui-même. Pars donc, mais sans appareil,.
Fig. "Jl. — Livre.
Fig. ~52, — Titre d'un livre.
comme il convient au livre d'un auteur exilé. Ouvrage infortuné! que tu parure soit conforme au temps où nous sommes. Ne sois point couvert d'un maroquin de couleur de pourpre ; tout ce brillant ne sied pas bien dans un temps de deuil et de larmes. Que ton titre ne soit point enluminé, ni tes feuilles teintes d'huile de cèdre. Qu'on ne te voie point porter de ces garnitures d'ivoire, si bien enchâssées sur de l'ébène ; de tels ornements ne sont faits que pour ces heureux livres que le public honore de ses faveurs. Pour toi, il est bien juste que lu te ressentes de l'état présent de ma fortune. Que la pierre ponce ne passe point sur ta couverture pour la polir de part et d'autre ; contente-toi d'un parchemin mal apprêté. Si, quand on te lira, on rencontre quelques endroits effacés, n'en aie point de honte ; quiconque les verra pensera que ce sont mes larmes qui en sont cause. »
Les eiblioth'eql'es. — Les livres, qui avaient, comme nous l'avons vu, la forme de rouleaux, se plaçaient généralement dans des boîtes circulaires comme celle qui est représentée sur la figure 753. tirée
LES PAPIERS ET LES LIVRES.
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d'une peinture do Pompéi. Ces boites étaient munies d'un couvercle et pouvaient se fermer à l'aide d'une petite clef. Des courroies qu'on y fixait servaient à les transporter d'un endroit à un autre, et quand les Romains allaient à leurs villas, ils emportaient avec eux leurs auteurs favoris. Toutefois cette manière de serrer les livres ne pouvait être commode que pour ceux qui en avaient très-peu, ou qui en emportaient dans un voyage. Mais quand on en possédait un grand nombre, on les disposait sur des tablettes, qui répondaient aux casiers de nos bibliothèques. » Lorsque tu seras retiré dans mon cabinet, dit Ovide parlant à son livre, dans les Tristes, et que tu auras pris place dans
Fi;;. "îoS. — Boîte à serrer les livres. (D'après une peinture de Pompéi.)
ta petite loge sur mes tablettes, tu verras tes frères rangés par ordre, comme enfants d'un même père et les fruits de mon étude; chacun d'eux porte son titre à découvert, avec son nom écrit sur le front. »
On a découvert, en 1753, dans une maison d'Herculaniim, une chambre disposée comme une bibliothèque. Les livres qu'elle contenait étaient placés sur des rayons tout autour de la chambre, et au centre une colonne rectangulaire, dont chaque face regardait un des côtés de la chambre, étnit couverte de rayons également couverts de manuscrits.