Fig. "764. — Instrument à conles,
les peintures égyptiennes où il est représenté, il est dans les mains d'une divinité qui parait originaire d'Asie.
Les monuments assyriens, il est vrai, ne montrent pas de harpes façonnées comme celle-ci, mais on y rencontre un instrument à cordes qui est aussi de forme triangulaire, seulement il est d'une construction beaucoup plus légère, et sa décoration offre un caractère tout à fait spécial. La figure 763 montre deux musiciens assyriens munis
Fig. "765. — Harpe égyptienoe du musée de Florence.
de cet instrument et suivis d'un eunuque ; ils ont dans la main droite an plectrum pour faire vibrer les cordes.
Les Grecs et les Romains ont quelquefois employé une espèce de harpe triangulaire qui est évidemment dérivée de celles que nous venons de voir. Nous en donnons la représentation sur la figure 76/t. Il est bon d'ajouter que cet instrument n'a jamais été d'un bien grand
L'HABITATION.
usage en dehors des pays où Jl a été inventé, et qu'on ne le trouve que d'une manière exceptionnelle.
Les auteurs anciens, en parlant de l'instrument de musique qu'ils
.^
Fig. "66. — Harpe égyptienne du musée de Florence.
appellent psaltérion, eu ont donné des descriptions tellement différentes qu'il est fort difficile de savoir exactement quel monument il faut consulter pour en trouver un modèle.
D'après l'opinion la plus répandue, le psaltérion est un instrument à cordes qui participe à la fois de la harpe et de la cithare ; on peut
Fig. "67. — Joueuse de guitare.
Fig.
— Harpe portée sur Tépaule,
alors s'en faire une idée d'après les figures 765 et 7GG, dont les originaux sont au musée de Florence. Le bois de l'instrument est recourbé comme celui des harpes que nous avons vues, mais sa boite sonore se rapproche davantage de celle quon voit à la cithare. On ne le tenait pas veriicalement comme la harpe, mais bien au contraire horizontale-
LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
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nient et sur l'épaule, comme on le voit sur la (igure 769, qui est tirée d'une peinture égyptienne.
Les monuments égyptiens présentent une très-grande variété d'in-truments à cordes, et il est quelquefois diflicile de dire le nom exact sous lequel ils doivent être désignés. 11 y en a un que l'on trouve fréquemment dans les peintures et qui ressemble complètement à notre guitare ; il se compose d'une caisse ovale pourvue d'un manche, et on le voit souvent en compagnie des grandes harpes.
La cithare égyptienne s'employait de plusieurs manières. Quelquefois elle se plaçait sous le bras gauche et le musicien appuyait son in-
Fig. 169, — La guitare attachée au cou.
Ï70. — Guitariste dansant.
strument contre son corps. Mais habiiuellcmentlacithare était soutenue par un lien qui passait sous un bras et se fixait sur l'épaule du côté opposé (fig. 767, 769 et 770).
Nous voyons aussi, par les peintures égyptiennes, que les cordes de la cithare n'étaient pas toujours mises en vibration par les doigts des deux mains. Il y avait des citharistes qui se servaient alternativement d'un crochet, ou plectre, attaché à l'instrument par un] cordon, et des doigts de l'autre main.
Un sarcophage, placé depuis deux siècles environ dans la cathédrale d'Agrlgente, où il' est employé pour les fonts baptismaux, présente, dans un de ses bas-reliefs latéraux, deux jeunes filles tenant un instrument dont la forme a vivement attiré l'attention des archéologues. Cet
L'H A B1 T A T I 0 N.
instrument ne se trouve sur aucun autre monument connu de l'antiquité (fig. 771 et 772). » Sa forme, dit M. Fétis, est longue, étroite ; une table d'harmonie s'étend depuis la tète jusqu'à l'extrémilé inférieure. La tète paraît renversée on arrière comme celle du luth ; elle est percée de trous pour l'attache des cordes; ces cordes passent sur un sillet qui leur donne un point d'appui nécessaire à leur sonorité, ce qui était inconnu chez les Grecs dont les lyres et les cithares réson-
Fig. "1.
MusicieBses caitbaginoiscs.
naient à la manière des harpes, et qui n'ont pas eu d'instrument à cordes pincées avec un manche et une touche. Les cordes sont au nombre de neuf dans les instruments du sarcophage d'Agrigente. Un renflement assez considérable se fait voir à la partie inférieure d'un des instruments et semble indiquer le corps d'un luth. » D'après la forme de cet instrument, M. Fétis n'admet pas qu'il puisse être grec, mais il le croit carthaginois, c'est-à-dire d'origine phénicienne. On sait que les Carthaginois ont occupé quelque temps Agrigente.
La lyre passe pour être originaire de Tiirace, c'est du moins l'opinion des historiens de la musique. « Sa caisse sonore, dit M. Fétis.
LES J.NSTl'iL.MhNTS DE MUSIQUE.
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était formée d'une carapace de tortue; sa table d'iiarmonie était faite d'une peau tendue et collée sur les bords, ou d'une planchette mince. Au-dessus de la caisse de linsirument s'élevaient des deux côtés deux bras qui, par leur courbure, imitaient les cornes d'un bœuf, et dont les extrémités supérieures, appelées kcrata, étaient tournées en dehors. Une traverse, qui fut d'abord un simple roseau, assujettissait ses bras vers leur extrémité supérieure, à l'endroit où ils s'écartaient. Sur cette traverse s'enroulaient des lanières formant des anneaux auxquelles s'attachaient les cordes en nombre-égal à celles-ci ; ces cord-es étaieni tendues et accordées en faisant tourner les anneaux sur leur axe. Ces lyres primitives, dont se servaient les anciens poètes, chanteurs de la Thrace et de la Thes-salie, étaient montées de quatre cordes qui se pinçaient à vide avec un crochet d'os, d'ivoire ou de bois appelé pleciron (fig. 773). »
L'hymne homérique raconte ainsi comment Mercure, qui venait de naître, inventa et fa(;onna la première lyre : " Dès qu'il fut sorti du sein maternel, il ne resta pas longtemps enveloppé de langes sacrés; mais, s'élançant, il
franchit le seuil de l'antre obscur. Il rencontra une tortue et s'en empara. Elle était à l'entrée de la grotte, se traînant à pas lents et paissant les fleurs de la prairie. A cette vue, le fils de Jupiter sourit de Joie, l'enlève de ses deux mains et retourne à sa demeure portant cet aimable joujou. Il vide l'écaillé avec le ciseau d'un acier étincelant, et il arrache ainsi la vie à la tortue des montagnes. Il coupe ensuite des roseaux en une juste mesure et leur fait traverser le dos de la tortue à l'écaillo de pierre; tout autoiu', il tend avec habileté une peau de bœuf; il y adapte un manche sur lequel, des deux côtés, il enfonce des chevilles, puis il y joint sept cordes harmonieuses de boyaux de brebis. Cet ouvrage achevé, il soulève cet instrument délicieux, il le frappe en cadence avec l'archet, et sa main lui fait rendre
class="underline" i. — L^ rc eu curnj. (Testudo.)
L'HABITATION.
un son retentissant. Alors le dieu chante en improvisant des vers harmonieux. 1)
Il paraît que du temps de Pausanias, les lyres se faisaient encore avec des écailles de tortue, car cet écrivain nous dit en parlant d'un
Fig. 11-i. — Lvre.
Fig. Tîô. — Culuire etiusquo.
bois d'Arcadie : « Ce bois, comme toutes les autres forêts d'Arcndie, nourrit des sangliers, des ours et des tortues monstrueuses, dont on peut faire des IjTes aussi belles que celles qui se font des tortues des Indes. »