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La cithare grecque n'était pas, comme la lyre, arrondie à sa base. La lyre a toujours pour origine récaillc de tortue, tandis que la cithare, d'après la description de M. Fétis, était une caisse sonore, rectiligne à la base, et beaucoup plus variée que la lyre sous le rapport du nombre des cordes. (( L'inclinaison du cylindre supérieur qui va de l'une à l'autre branche de la cithare avait pour ol)jet de produire la tension des cordes au degré » nécessaire pour l'intonation de chacune. Cette tension s'opérait en attachant les cordes à la partie la plus basse du plan incliné ; puis en les faisant glisser sur le cylindre vers la partie la plus élevée, jusqu'à ce qu'elles eussent atteint leurs inclinaisons respectives. >

Malgré les différences qu'il peut y avoir entre la lyre et la cithare, il

Fig. "76. — Cithare.

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Fig. TÎ7. — Lyre d'Apollon.

est bien certain que ces deux insiniments appartiennent à la même famille et que les écrivains les ont très-souvent confondus (fig. 77/| à 77G).

Plutarqiie parle d'un changement survenu dans la forme de la cithare. Cette modification, qui avait pour but d'augmenter la sonorité de l'instrument, eut pour inconvénient de le rendre plus lourd, et il fallut le suspendre à l'épaule par un large lien, comme on peut le voir dans la belle figure de l'Apollon citharède, ou mu-sagètc, où un anneau retient la cithare. Dès lors les deux mains étant libres firent résonner les cordes en les pinçant alternativement avec les doigts, et l'ancien plecire fut abandonné.

La figure 777 montre la cithare d'Apollon citharède; le dieu touche les cordes avec les deux mains, et on voit très-distinctement l'anneau et le lien qui retiennent l'instrument de musique. Dans la figure 778, au contraire, le musicien se sert du plcctrum, dont la forme et très-visible ici,

et il maintient avec sa main gauche l'instrument dont la base est appuyée sur un objet quelconque.

Les figures 779 et 780 nous montrent encore une autre disposition de cet instrument, dont la forme, comme on le voit, était extrêmement variée.

On trouve encore une autre espèce de lyre, ou cithare, d'une forme beaucoup plus allongée, à laquelle on donne le nom de barbitos. Elle est formée de neuf cordes qui étaient pincées alternativement par les deux mains. On voit un modèle de cet instrument sur une peinture d'Herculanum qui représente la muse Érato.

Nous n'avons examiné jusqu'ici que des instruments de forme trcs-allongée. Le musée de Berlin possède une cithare dont le développe-II. 60

L'HABITATION.

ment, contrairement à l'habitude, est tout en largeur (fig. 781 et 782) ; une autre du musée de Leyde présente le même caractère.

Fig. "9.

Fjg. ■JbO.

Lyres.

En somme, les instruments à cordes de l'antiquité, tout en pouvant être ramenés assez généralement à un nombre de types primitifs fort

Fig. "SI. — Citlwre de Bcrlic.

Fig. 782. — Cithare de Leyde.

restreint, présentent une très-grande variété de formes. Mercure peut en avoir été l'inventeur, mais ils ont été tellement perfectionnés dans

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la suite, que le dieu lui-même aurait eu bien du mal, à un moment donné, s'il avait voulu savoir où s'arrêtaient ses droits.

Les instruments a vent. — La flûte égyptienne, qui apparaît si fréquemment sur les monuments figurés, était ordinairement faite en roseau. La flûte double, qu'on voit souvent accompagner les chanteurs, était plus en usage que la flûte simple. Mais, en Egypte, les joueurs de flûte double ne se couvraient pas la bouche avec la bande de cuir à doux

Fig. 183.

Fig. 784. Flûtes simples.

Fig. 185.

ouvertures, qui était en usage chez les Grecs et les Romains. En général c'étaient les femmes plutôt que les hommes qui jouaient de cet instrument.

La flûte simple était parfois d'une extrême longueur, et, comme les trous étaient assez loin de l'embouchure, la pratique devait en être assez incommode. On voit aussi une espèce de flûte courbe, composée d'un tube de roseau adapté à une corne de veau, mais comme elle n'apparait pas sur les monuments très-anciens, il est vraisemblable que l'usage ne s'en est introduit que dans la période grecque ou romaine.

L'étui à flûte que possède le Louvre (Musée égyptien, salle civile, armoire H) est un objet de la plus grande rareté ; il est garni de deux

flûtes en roseau: la peinture qui le décore montre la musicienne jouant des deux flûtes à la fuis.

Les Grecs attribuaient à Minerve l'invention de la flûte. La déesse, s'étant ensuite aperçue que lorsqu'elle voulait souffler dans sa flûte ses joues grossissaient au point de la rendre laide, jeta à terre le perfide instrument, qui fut aussitôt ramassé par le satyre Marsyas. Celui-ci, moins jaloux de sa beauté, devint telleinent habile dans l'art de jouer de la flûte, que non-seulement il charmait les nymphes par ses accents mélodieux, mais encore il arriva, dit-on, à dominer les éléments. C'est ainsi qu'une armée ennenve ayant envahi la Phrygie, il empêcha l'invasion de son pays en faisant déborder un fleuve au son de sa flûte.

La fable rapporte aussi que Marsyas osa défier Apollon dans une lutte musicale, et il fut convenu que le vaincu serait à la merci du vainqueur. Apollon chanta en même temps qu'il joua de la lyre, et les Muses, choisies comme arbitres du différend, lui décernèrent la victoire. Le pauvre Marsyas fiit suspendu à un pin et impitoyablement écorché. Cette fable montre l'antagonisme qui existait sous le rapport musical entre les joueurs de lyre et les joueurs de flûte, antagonisme qui a dû prendre à l'origine un caractère presque national, puisque les joueurs de lyre appartenaient assez généralement à la Grèce propre, tandis que les joueurs de flûte étaient presque tous originaires de l'Asie Mineure. Malgré la victoire de la lyre, la flûte a toujours été en vogue dans toutes les parties de la Grèce; elle était employée dans une multitude de circonstances, et les monuments où on la voit figurer sont pour ainsi dir innombrables.

La flûte des anciens était beaucoup plus bornée dans ses effets musicaux que la flûte moderne, mais elle était beaucoup plus variée dans sa forme. La flûte moderne produit le son d'après une manière spéciale d'y faire vibrer l'air en soufflant par un orifice; mais les anciens donnent indifféremment le nom de flûte à des instruments dont la contexture, et surtout dont l'embouchure, ét:iient absolument dissemblables. Ainsi, la trompette, la clarinette, le cor de chasse, qui n'ont pour nous aucune espèce de rapport, auraient été qualifiés de flûte par les auteurs anciens, qui entendent ce mot dans le sens d'instrument à vent, et ne spécifient le genre de tons que par le mode auquel appartient la musique. Aussi, l'espèce de flûte qu'on doit employer pour accompagner les acteurs sur la scène était indiquée en tête de la pièce.

Ce qui montre du reste combien les sons qu'on pouvait tirer des divers instruments qu'on range sous le nom de flûte étaient différents

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en eux-mêmes, c'est la façon dont en parlent les auteurs anciens. Que penser par exemple de ces fiûtistes qui, à Delphes, prétendaient imiter avec leur instrument les sifflements du serpent Python, ou de ceux qui souillaient tellement fort, qu'à voir la teinte colorée de leur visage et le gonflement démesuré de leurs joues, on tremblait qu'ils ne se rompissent quelque vaisseau dans la poitrine? N'est-il pas évident que s'ils avaient eu en main un instrument un peu plus perfectionné, ils n'auraient pas compris de cette façon la manière de l'employer? Et d'un autre côté, quand on voit Aristote comparer le son de la flûte à la voix humaine, il est certain qu'il doit faire allusion à un instrument dont le mécanisme était arrivé déjà à une grande perfection.