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Le célibat. — Les célibataires étaient méprisés dans toute la Grèce, mais plus particulièrement à Sparte.

« Lycurgue, dit Plutarque, attacha au célibat une note d'infamie : les célibataires étaient exclus des combats gymniques des filles, et les magistrats les obligeaient, pendant l'hiver, de faire le tour de la place tout nus, en chantant une chanson faite contre eux, et qui disait qu'ils étaient punis avec justice pour avoir désobéi aux lois. Dans leur vieillesse, ils étaient privés des honneurs et des égards respectueux que les jeunes gens rendaient aux vieillards. De là vint que personne ne blâma ce qu'un jeune Lacédémonien dit à Dercyllidas, qui d'ailleurs était un général de grande réputation. Un jour qu'il entrait dans une assemblée, ce jeune homme ne se leva point pour lui faire place, et lui dit : « Tu n'as point d'enfants qui puissent un jour me céder la place, d

Si les hommes sans famille n'étaient pas honorés, il va sans dire qu'il en était de même des femmes. En dehors des femmes mariées, il

LA FAMILLE EN GHÈCE. Ti

n'y avait guère en Grèce que les courtisanes, et les écrivains anciens ont pris soin de nous renseigner sur leurs mœurs.

Les écrivains, si discrets lorsqu'il s'agit des femmes honnêtes, parlent, continuellement des courtisanes, et quelques-unes, comme Lais et Aspa-sie, ont acquis une véritable célébrité qui du reste est due à leur esprit bien plus qu'à leurs aventures. Leur salon était souvent le rendez-vous des hommes les plus éminents, qui n'hésitaient pas à les consulter sur les questions les plus délicates. Dans un dialogue rapporté par Xénophon, Socrate cause avec un de ses disciples ; il est question des avantages et des inconvénients qu'un mari peut trouver dans une épouse très-jeune, dont il aurait en quelque sorte fait lui-même l'éducation. « Ces maris, que tu me dis qui possèdent de bonnes compagnes, demande le disciple, est-ce qu'ils les ont élevées eux-mêmes? — C'est une question qui mérite examen, reprend Socrate; maisAspasie, à qui je te présenterai, t'instruira de cela plus pertinemment que moi. »

Il ne faut pas se tromper sur le terme de courtisanes, qui est souvent employé par les auteurs anciens dans des sens très différents. Quand on parle d'Aspasie, par exemple, il ne faut pas donner au mot de courtisane une signification trop littérale; mais si l'on voulait faire un rapprochement historique, on le trouvererait peut-être dans Ninon de Lenclos. En somme, les grandes courtisanes historiques de la Grèce répondaient à peu de chose près à ce que l'on appellerait aujourd'hui les femmes galantes. N'étant pas, comme les femmes mariées, recluses dans le gynécée, elles avaient un salon où se réunissaient les beaux esprits, que leur conversation amusait, et qui venaients'y délasser de leurs travaux et de leurs affaires. Toutefois les courtisanes de ce genre étaient assez rares même à Athènes, et la plupart du temps le mot de courtisane s'applique uniquement à des femmes dissolues et universellement méprisées.

Au reste, si nous en croyons Épicrate, les courtisanes les plus célèbres arrivaient à une vieillesse assez triste : « Cette La'is est à présent oisive et ivrognesse, ne faisant que regarder pendant la journée ceux qui boivent et qui mangent. Elle me paraît ressembler aux aigles, qui, dans la force de leur âge, fondent des montagnes pour enlever et dévorer des chevreaux et des lièvres, tant ils ont de force; mais qui dans la vieillesse se tiennent sur le faîte des temples, dévorés eux-mêmes par la faim; et l'on regarde cela comme un mauvais augure. Laïspourrait donc être regardée de même. En effet, lorsqu'elle était jeune et dans toute sa fraîcheur, elle était intéressée et d'une extrême fierté. Mais, depuis que les années, l'ont portée au bout de sa carrière, et que II. 10

le bel ensemble de sa personne est tombé en ruines, elle va de tous côtés boire avec le premier venu. Un stature, une pièce de trois oboles est une fortune pour elle et elle tend la main à tout le monde indistinctement oour recevoir largent qu'on veut bien lui donner. »

Les étrangers. —A Athènes et dans la plupart des cités grecques, le tiire de citoyen constitue un privilège. Les étrangers domiciliés dans la ville relèvent d'une juridiction spéciale et la naturalisation ne peut être obtenue que par un décret du peuple, fondé sur un service rendu à la république. Aussi, dans chaque cité, ceux qui n'étaient que résidjnts constituaient une classe à part, et à laquelle sa position exceptionnelle donnait une situation particulière. A Athènes, par exemple, la loi avait des rigueurs terribles : « Si un étranger, dit-elle, cohabite avec une citoyenne par intrigue ou par une fraude quelconque, tout Athénien pourra l'accuser devant les thesmothôtes. S'il est condamné, qu'il soit vendu lui et ses biens dont le tiers sera dévolu à l'accusateur. »

Dans toutes les villes grecques il y avait un assez grand nombre de familles établies dans chaque cité, mais n'y exerçant pas les privilèges de citoyen. Néanmoins elles conservaient complètement leurs mœurs et leur liberté d'allure. Dans les Syracusaines, Ihéocvile nous rapporte une conversation de femmes grecques venues à Alexandrie sous lesPtolémée.

« Gorgo. Praxinoé est-elle au logis?

— Eanoa. Vous voici bien tard! Oui, elle y est.

— Praxinoé, Je suis émerveillée de te voir. — Eunoa, donne un siège, mets-y un coussin.

— Gorgo. 11 n'est pas nécessaire.

— Praxinoé. Assieds-toi donc.

— Gorgo. Heureuses les âmes sans corps! Praxinoé, quelle peine p'.ur arriver ici! Je suis excédée. Partout des quadriges, des gens à chlamydes, à bottines, des soldats sous les armes; partout une foule immense; et quel trajet! J'ai cru n'arriver jamais.

— Praxinoé. C'est moti imbécile de mari qui est venu me loger an bout du monde, dans un antre plutôt que dans une maison; c'est pour nous séparer, je crois. Qu'il aime à me contrarier. Oh! c'est ma mort que cet homme-là.

— Gorgo. Ma chère, ne parle pas ainsi de ton mari devant cet enfant; vois comme il te regarde.

— Praxinoé. Zéphyrion, mou fils, va, ce n'est pas de ton papa que je parle.

— Gor^o.Par Proserpine! cet enfant comprend.. Il est beau, tonpapa.

— Praxinoè. Dernièrement, comme on dit, son père allait acheter du nitre et du fard pour moi, et ce grand génie m'apporte du sel.

— Gorgo. Mon mari Diociidas, ce bourreau d'argent, n'en fait pas d'autres. Il acheta hier, pour sept drachmes, cinq toisons, vrai poil de chien, besaces en lambeaux, haillons pièce sur pièce. Mais prends ton voile et ta mante, et allons au palais du grand roi Ptolémée voir la fête d'Adonis. On m'a dit que la reine a préparé une pompe solennelle.

— Praxinoè. Chez les grands tout est grand. On conte ce qu'on veut à ceux qui n'ont rien vu.

— Gorgo. Il est temps de partir. Il est toujours fête pour les oisifs.

— Praxinoè. Eunoa, de l'eau. — Ah! qu'elle est lente! Le chat veut se reposer mollement. — Mais remue-toi donc; — vite, de l'eau; c'est de l'eau qu'il me faut d'abord. Avec quelle grâce elle rapporte! Allons, verse; mais, maladroite, pas si fort. Malheureuse, vois comme ma robe est trempée! C'est assez; je suis lavée comme il plaît aux dieux. — La clef de cette armoire? Donne-la-moi.

— Gorgo. Cette robe à longs plis te sied à merveille, Praxinoè. Dis-moi, qu'en vaut l'étoffe?

— Praxinoè. Je t'en prie, ne m'en parle pas, Gorgo ; une ou deux mines d'argent fin, peut-être plus encore, sans la broderie qui m'a coûté un travail infini.

— Gorgo. Du moins tu dois être contente.

^- Praxinoè. Il est vrai. — Mon manteau et mon voile, place-les avec goût. — Je ne t'emmène pas, mon fils, il y a des loups et les chevaux mordent les petits enfants. — Pleure tant que tu voudras, je ne veux pas te faire estropier. — Partons. Holà ! nourrice, fais jouer l'enfant, appelle le chien et ferme la porte. — Grands dieux, quelle foule! Comment traverser? C'est une vraie fourmilière.— 0 Ptolémée ! depuis que ton père s'est élevé au rang des dieux, que de bienfaits tu verses sur nous ! Le voyageur aujourd'hui marche en sûreté, sans craindre de hardis fripons, devrais Égyptiens. — Ma chère Gorgo, qu'allons-nous devenir? ce cheval se cabre! Qu'il est rétif!... Sotte Eunoa, veux-tu reculer?... Il va tuer son maître:... J'ai bien fuit de laisser mon fils à la maison.