CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
En Grèce, les cérémonies du mariage comprenaient trois parties distinctes : la première avait lieu dans le foyer du père de la jeune fille, la seconde contenait le trajet jusqu'à sa nouvelle demeure, et la troisième se passait devant le foyer de l'époux.
Le père de la jeune fille a rassemblé toutes les personnes de sa
famille, et, en présence des deux futurs époux, il offre un sacrifice devant le foyer de ses pères, et dit qu'il autorise sa fille à suivre l'époux qu'il lui donne et à renoncer au culte que jusque-là elle avait rendu à ses aïeux. Elle est par là dégagée de tout lien avec la famille qu'elle quitte, et elle doit désormais son culte aux aïeux de son époux qui vont devenir les siens. « A partir du mariage, ditÉtiennede Byzance, la femme n'a plus rien de commun avec la religion domestique de ses pères ; elle sacrifie au foyer de son mari. »
Le mariage est une cérémonie qui de tout temps a été accompagnée de la consécration religieuse, mais qui, dans les temps primitifs, garde son caractère exclusivement intime et domestique. Ce n'est qu'à des époques postérieures que le sacerdoce commence à y prendre part; mais même alors c'est toujours devant le foyer que la cérémonie a lieu.
Fi^-. 134. — Oreste et Electre. {D'après un groupe du musée de Naples,)
Le trajet. —La figure 135, tirée d'un vase peint, représente une mariée qui vient de quitter la maison paternelle. Elle a la tête couverte de son voile de mariée qui retombe presque jusqu'aux pieds. Un proche parent de l'époux, ou un ami désigné par lui, la conduit par la main, tandis qu'une femme placée devant elle agite de la main droite un rameau chargé de fruits. Enfin, derrière elle est une autre femme, probablement celle qui est chargée de l'instruire sur ses devoirs nouveaux.
LE MAlilAGE GHEC.
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En quittant la maison paternelle pour se rendre à la maison de l'époux, la jeune fille est ordinairement placée sur un char et un jeune
Fig. 135. — Le trajet.
garçon porte devant le cortège le flambeau nuptial. C'est la mère de l'époux qui doit l'allumer : « Je n'ai point allunn'' pour toi le flambeau de l'hymen » dit, dans Euripide, une mère qui a vu mourir son fils non encore marié. Dans certaines parties de la Grèce, on brillait le char en arrivant devant la maison de l'époux pour indiquer qu'elle ne devait plus s'en éloigner. Au reste, les cérémonies relatives au mariage variaient suivant les localités. Habituellement la mariée portait une couronne de fleurs par-dessus son voile. Cette couronne n'est pas toujours composée avec la même
■plante, mais elle est toujours symbolique. « EnBéotie, dit Plutarque, quand on a mis le voile à la nouvelle mariée, on la couronne d'asperges sauvages, parce que cette plante donne du milieu d'une tige très-épineuse, un fruit très-agréable. Ainsi la jeune épouse, si son mari ne se décourage pas et ne se rebute pas de ses premières rigueurs, II 11
Fig. 136 — L'épous.
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CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
lui fera goûter les douceurs de la plus agréable compagnie, n Dans d'autres contrées, la couronne de la mariée devait être faite avec des fleurs consacrées à Vénus,
Les parents et les amis suivaient en général le char de la mariée en chan-
Fig. 137. — Les présents.
lant des hymnes en l'iionneur du dieudel'hymenée, et en apportant des présents de diversessortes.Quandon arrivait près de la maison del"époux,
celui-ci se présentait au-dovant du cortège, et serrait la main à son épouse.
Un charmant petit bas-relief en terre cuite du musée Campana, au Louvre, nous montre le mariage de ïliélis et Pelée. L'époux, dont le bras gauche (liglSô) est enveloppé du manteau ciu'il retient autour de son corps, présente la main à Thétis qui porte le voile nuptial retombant sur les yeux. Une servante qui la soutient par derrière tourne en même temps la tête vers les personnages qui forment le cortège et qui apportent des présents à la mariée. Ces personnages sont les heures, ou les saisons, personnifiées par de charmantes jeunes filles (flg. 137). La première, qui porte des fleurs épanouies, caractérise le Printemps: sa tournure
Fig. 138. — Les présents.
LE MARIAGE GREC. J>i
presque enfantine contraste avec la robusle jeune fille qui représenle l'Été. Celle-ci tient dans la main droite une couronne de feuillage et dans la gauche des épis. L'Automne tient une corbeille pleine de fruits €t traîne après elle un agneau. Enfui l'Hiver (fig. 138), séparée de ses deux sœurs parune figure d'Hercule, estcouverte d'un manteau et tient des pièces de gibier, un sanglier, un lièvre et une couple de perdrix.
La maison de l'époux. — La maison où l'épouse était attendue était non seulement meublée à neuf et parée, mais on y avait souvent ajouté des constructions nouvelles en vue de la femme qui allait l'habiter. « Tu me construiras une chambre nuptiale, dit l'amante de Daphnis à son berger, dans Théocrite ; tu me construiras une maison et une bergerie. »
La porte était toute pavoisée de guirlandes; unjeune enfant apportait une corbeille de fruits, emblème d'abondance et de fécondité, en réci-tantun hymne avec le refrain : « J'ai changé mon état pour un meilleur. » La mariée prenait alors un fruit, choisissant habituellement une figue ou un coing, dont la saveur très-douce était considérée comme un emblème du bonheur tranquille dont on allait jouir. Quelquefois, au lieu de fruits, la corbeille contenait un pain surune branche de chêne; c'était un hommage à Gérés, qui avait enseigné aux hommes l'agriculture et les avait tirés de l'état sauvage : la mariée allait de même entrer dans une vie nouvelle préférable à la précédente.
Arrivée devant la porte, la mariée tourne encore un regard du côté de ses parents qui l'entourent comme s'ils voulaient la défendre : mais cette lutte n'est que simulée. L'époux l'enlève et lui fait franchir le seuil en ayant soin que ses pieds ne touchent pas le sol, car ce serait un affreux présage. Cette cérémonie, qu'on appelle le rapt, présente au premier abord quelque chose de brutal, cependant elle a son origine dans une croyance assez touchante : si la mariée entrait d'elle-même dans sa nouvelle demeure, elle serait par là assimilée à une étrangère qui reçoit un bon accueil. Enlevée par son mari, elle est considérée, dès qu'elle a mis les pieds dans la maison, comme si elle venait de naître, et elle prend ainsi possession de son logis. Son premier acte est d'accomplir les rites sacrés devant le foyer domestique, emblème des a'ieux de son mari qui sont devenus les siens,
La noce. — Un festin réunissant les deux familles était l'accompagnement habituel d'un mariage. Nous avons vu que les parents et les
amis avaient fait un présent à la mariée. Il était de bon goût que le marié offrît de même quelques présents à ceux qu'il invitait au repas du mariage. Nous devons à Athénée le curieux récit d'un repas de noces en Macédoine. « Caranus le Macédonien, dit-il, donna le jour de ses noces un repas à vingt personnes. Aussitôt que les convives se furent placés sur les lits, chacun d'eux reçut en présent une coupe d'argent, et lorsqu'elle fut vidée, on apporta des plats en airain de Corinthe contenant des poules, des canards, des ramiers et différents autres mets. Les invités, ayant pris ce qui leur convenait, laissèrent le re-te aux esclaves, auxquels on fit également don des plats. Ensuite, il pnrut un service d'argenterie où étaient des pigeons, des tourtereaux, des perdrix et autres volatiles, puis des lièvres, des chevreaux et des pains faits avec art. Après que chacun fut rassasié, on se lava les mains et les couronnes furent apportées. Alors entrèrent les joueuses de flûte et les Rhodiennes pinçant de la harpe. Elles n'avaient pour tout vêtement qu'un léger voile. Quand elles se furent retirées, il en arriva d'autres, portant chacune une coupe d'or et une coupe d'argent dont elles firent présent à tous les convives.