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« On se remit ensuite à souper et chacun des convives reçut un plat d'argent, doré en placage fort épais, et assez grand pour contenir un cochon rôti et même fort gros. Cette pièce était posée sur le dos, montrant le ventre en haut, rempli de toutes sortes de bonnes choses. En effet, il y avait des grives rôties, des vulves, force bec-figues, où l'on avait versé des jaunes d'œuf; outre cela, des huîtres, des pétoncles : chacun des convives eut pour lui le cochon et le plat sur lequel on l';ivait servi, et reçut ensuite un chevreau tout bouillant dans la sauce, sur un autre plat avec sa cuillère d'or.

« Caranus voyant ses convives embarrassés par la quantité des présents qu'ils avaient reçus, leur fit donner des bourses de filet et des corbeilles à pain, tissues de brins d'ivoire : tous célébrèrent la générosité du nouvel époux qui leur fit remettre encore une couronne et deux pots de parfums, l'un en or et l'autre en argent. A ce moment on vit entrer dans la salle la troupe de ceux qui venaient de célébrer à Athènes la fête des Chytreson marmites, et ensuite celle des baladins et des femmes qui faisaient des tours, cabriolant sur des épées et jetant du feu par la bouche. Ensuite on se remit à boire de plus belle et on apporta les vins vigoureux, ceux de Thase, de Mende et de Lesbos, qu'on servit dans des coupes d'or.

« Quand on eut ainsi bu, on apporta à chacun un plat de verre

d'environ deux coudées de diamètre, dans un réseau d'argent et rempli de toutes sortes de poissons frits, qu'on y avait comme amoncelés. On y avait joint une corbeille à pain, tissée en argent et pleine de pains de Cappadoce. Après que chacun eut pris ce qu'il voulait, on se lava les mains et on donna le reste aux esclaves.

«Ace moment un des invités, sautant de son lit, demanda un gobelet contenant un congé-, l'ayant rempli de vin de Thase, et le buvant, il ajouta : « Celui qui boira le plus aura lieu de se féliciter le plus. »— Eh bien ! dit Caranus, puisque tu as bu le premier, agrée le présent que je te fais du gobelet, et quiconque en videra un pareil, le gardera aussi poursoi. « Acesmotsneufpersonnesse levèrent, se saisirent de gobelets, et ce fut à qui aurait bu le premier. Un des convives, assez malheureux de ne pouvoir boire cette quantité, s'assied sur son lit et se met à gémir d'être le seul sans gobelet; mais Caranus lui fait présent du vase vide.

«On vit alors entrer un chœur d'hommes chantant en accord et suivi d'une troupe de danseuses vêtues les unes en Nymphes, les autres en I^éréides. Puis on ouvrit le reste de la salle, qui était partagée par des rideaux blancs. Les torches jetèrent subitement un grand éclat et on vit des Amours, des Dianes, des Pans, des Mercures et autres personnages artificiels, portant des lumières artificielles dans des flambeaux d'argent. Tandis que chacun admirait l'habileté de l'artiste, on servit des sangliers vraiment d'Érymanthe dans des plats carrés, autour desquels s'élevait une bordure d'or. Toutes ces pièces étaient percées d'un javelot d'argent. La trompe donna alors le signal de la fin du repas, selon l'usage des Macédoniens.

« Caranus pourtant s'étant rais à boire dans de petits gobelets, ordonna aux esclaves de verser à la ronde; car ce vin était l'antidote de ceux qu'on avait bus auparavant. On fit entrer ensuite le boulTon Androgène, qui, après avoir fait mille plaisanteries aux dépens des convives, dansa avec une vieille femme de plus de 80 ans. Ce fut alors qu'on apporta le dessert qui fut présenté à chacun dans des corbeilles tissées en ivoire; il comprenait toutes sortes de gâteaux de Crète, de Samos, de l'Attique, etc. Enfin chacun put sortir emportant les riches présents q'u'il avait reçus. » (Liv. IV.)

LES ENFANTS GRECS

La naissance. — La NomnicE. — Le vêtement ues enfants. L'f.dication.

L\ NAISSANCE — La naissance cFun enfant appelait un acte religieux.

SI^S^

Fjy. 139. — Naissance d'AchiUo.

11 devait être agréé par le pcrc qui, comme représentant des ancêtres.

hig. 14U. — Berceau d'uiilaut.

convoquait la famille, appelait les témoins et faisait le sacrifice devar.t le foyer. L'enfant, présenté au dieu domestique, était porté plusieurs fois autour du feu sacré : dès lors il était reconnu comme membre de la

LES ENFANTS GRECS.

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famille. Cette cérémonie avait lieu quelques jours après la naissance. C'était une reconnaissance du nouveau-né, et le père déclarait par là qu'il était de son sang et do sa race.

Plusieurs monuments se rapportent aux soins que réclament l'enfant nouvellement venu au monde. La figure 139, qui représente la naissance d'Achille, nous fait assister au premier lavage de l'enfant.

On dit que les Spartiates donnaient un bouclier pour berceau à leurs cnfanis, et le fait n'a ea lui-même rien d'invraisemblable. Mais la forme la plus ordinaire des berceaux était celle que nous voyons encore employée aujourd hui dans nos campagnes. C'est celle que nous montre une peinture de vase (fig. l/iO) représentant la naissance de Bacchus.

Le jour anniversaire de la naissance du père était dans toutes les familles celui qu on célébrait avec le plus de pompe. Et cet usage n'appartenait pas seulement à la Grèce ou à Rome, il était commun à toute l'antiquité.

La xohkkice. — L'usat^e de ronfler l'enfant noiiveau-nn à nnenour-

Fig. 141. — Ulysse et su uourriue.

rice remonte à une très-haute antiquité. La nourrice avait une très-grande importance dans la famille antique, et n'était pas assimilée aux autres esclaves. Quand l'enfant avait cessé de teter, elle prenait soin de lui, et

demeurait souvent attachée toute sa vie à sa personne, comme nous Je voyons dans l'Odyssée; de tous les gens de la maison, la nourrice est la seule qui reconnaisse le héros absent depuis vingt ans. Elle le reconnaît à une cicatrice, et il faut qu'Ulysse lui ferme la bouche pour qu'elle ne fasse pas éclater bruyamment sa joie (fig. l/il). De même dans les tragédies antiques, nous voyons toujours la nourrice jouer le rôle d'une confidente auprès de sa jeune maîtresse.

Dans l'antiquité comme de nos jours, des vois éloquentes se sont élevées contre l'usage des nourrices, qui était universel dans la classe riche. Les arguments que les philosophes invoquaient à l'appui de leurs idées sont exactement ceux que Jean-Jacques Rousseau a reproduits avec tant d'éloquence au xvui'' siècle. Aulu-Gelle nous les a transmis dans ses Nuiis altiques. « On vint annoncer un jour au philosophe Favorinus, en notre présence, que la femme de Tun de ses auditeurs, partisan de ses doctrines, venait d'accoucher et avait donné un fils à son mari. « Allons, (i dit-il, voir l'accouchée et féliciter le père. » C"él;iit un homme de race sénatoriale, de famille très-noble. Nous suivîmes tous Favorinus, et nous l'accompagnâmes jusqu'à la maison, où nous fûmes introduits avec lui. Il rencontra le père dans le vestibule, l'embrassa, le félicita et s'assit. Il demanda si l'accouchement avait été long et laborieux. On lui dit que la jeune mère, fatiguée par les souffrances et les veilles, prenait quelque repos. Alors le philosophe donna un libre cours à ses idées : o Je ne (( doute pas, dit-il, qu'elle ne soit dans l'intention de nourrir son fils de (i son propre lait. » La mère de la jeune femme répondit qu'il fallait user de ménagements, et donner à l'enfant une nourrice pour ne pas ajouter aux douleurs que sa fille avait éprouvées pendant sa couche les fatigues et les peines de l'allaitement. « Ehl de grâce, répliqua le philosophe, « femme, permettez qu'elle soit tout à fait la mère de son fils. N'est-ce « pas contre la nature, n'est-ce pas remplir imparfaitement et à demi le « rôle de mère, que d'éloigner aussitôt l'enfant qu'on vient de mettre au (i monde? Quoi donc! Après avoir nourri dans son sein, de son propre ic sang, un je ne sais quoi, un être qu'elle ne voyait pas, elle lui refuse-« rait son lait, lorsqu'elle le voit déjà vivant, déjà homme, déjà récla-« mant les secours de sa mère! Croyez-vous que la nature ait donné aux « femmes ces globes gracieux pour orner leurs seins et non pour nour-« rir leurs enfants? En effet, la plupart de nos merveilleuses (mais vous « êtes loin de leur ressembler) s'efforcent de dessécher, de tarir ces « sources si saintes du corps, ces nourrices du genre humain, et cela au « risque de corrompre le lait, en le détournant, car elles craignent qu'il