« ne détériore ce charme de leur beauté. C'est agir avec cette même (( démence que ces femmes qui détruisent, par une fraude criminelle, (i le fruit qu'elles portent dans leur sein, de crainte que leur ventre ne « se ride et ne se fatigue par le poids de la gestation. Si l'exécration « générale, la haine publique, est le partage de celui qui détruit ainsi « l'homme à son entrée dans la vie, lorsqu'il se forme et s'anime entre u les mains de la nature elle-même, pensez-vous qu'il y ait bien loin « de là à refuser à cet enfant déjà formé, déjà venu au jour, déjà votre « ûls, ce sang qui lui appartient, cette nourriture qui lui est propre, à « laquelle il est accoutumé? Mais peu importe, ose-t-on dire, pourvu (i qu'il suit nourri et qu'il vive, de quel sein il reçoive ce bienfait! « L'homme assez 'sourd à la voix de la nature pour s'exprimer ainsi, ne « pensera-t-il pas que peu importe aussi dans quel corps et dans quel « sang l'homme s'est formé? Le sang, parce qu'il a blanchi par la « chaleur et par la fermentation, n'est-il pas le même dans les ma-« melles que dans le sein? Est-il permis de méconnaître l'habileté de « la nature, quand on voit ce sang créateur, après avoir, dans son ate-« lier mystérieux, formé le corps de l'homme remonter à la poitrine « aux approches de l'cnfantemeut, prêt à fournir les éléments de la « vie, prêt à donner au nouveau-né une nourriture déjà familière? « Aussi n'est-ce pas sans raison que l'on a cru que, si le germe a natu-« rellement la force de créer des ressemblances de corps et d'esprit, « le lait possède des propriétés semblables et non moins puissantes, (c Pourquoi donc dégrader cette noblesse innée avec l'homme, ce corps, « cette âme formés à leur origine d'éléments qui leur sont propres? (c Pourquoi les corrompre en leur donnant dans un lait étranger une Il nourriture dégénérée? Que sera-ce, si celle que vous prenez pour « nourrice est esclave ou de mœurs serviles, ce qui arrive le plus «souvent; si elle est de race étrangère et barbare; si elle est u méchante, difforme, impudique, adonnée au vin? car, la plupart du « temps, c'est au hasard que l'on prend la première femme qui a du « lait. Souffrirons-nous donc que cet enfant, qui est le nôtre, soit « infecté de ce poison contagieux? souffrirons-nous que son corps et « son âme sucent une âme et un corps dépravés? Certes nous ne « devons pas nous étonner, d'après cela, si trop souvent les enfants « des femmes pudiques ne ressemblent à leur mère ni pour le corps « ni pour l'àme. En effet, rien ne contribue plus à former les mœurs « que le caractère et le lait de la nourrice, ce lait qui, participant dès « le principe des éléments physiques du père, forme aussi cette nature
H. 12
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
« jeune et tendre d'après l'âme et le corps de la mère, son modèle. Il « est encore une considération qui n'échappera à personne et que l'on « ne peut dédaigner : les femmes qui délaissent leurs enfants, qui les « éloignent de leur sein et les livrent à des nourrices étrangères,
« brisent ou du moins affaiblissent
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« et relâchent ce lien sympathique (I d'esprit et d'amour par lequel « la nature unit les enfants aux (I parents. A peine Tenfaiit confié « à des soins étrangers n'est-il » plus sous les yeux de sa mère, « rénergie brûlante du sentiment (1 maternel s'affaiblit peu à peu, « s'éteint insensiblement. Tout le <i bruit de cette impatience, de Il cette sollicitude de mère fait « silence; et le souvenir de l'en-« f;int abandonné à une nourrice « s'efface presque aussi vite que » le souvenir de l'enfant qui n'est « plus. De son côté, l'enfant porte « son affection, son amour, toute K sa tendresse sur celle qui le « nourrit, et sa mère ne lui inspire « ni plus de sentiments ni plus de « regrets que i-i elle l'avait exposé. » Ainsi s'altèrent, ainsi s'évanouis-« sent les semences de piété que (i la nature avait jetées dans le « cœur de l'enfant-, et, s'il paraît « encore aimer son père et sa « mère, ce n'est plus la nature « qui parle : il n'obéit qu'à l'esprit de société, qu'à l'opinion. » [Aidu-Gelle, Xll, 1.)
Un bas-relief de grande dimension, découvert dans la Troade, nous montre deux femmes, dont l'une est beaucoup plus grande que l'autre et qui tiennent chacune un petit enfant (fig. U2). La tête de la plus grande étant une restauration moderne, on ne peut rien préjuger d'après sa coiffure; mais le bonnet et les manches longues de l'autre
Fig. 142. — La nouirice.
LES ENFANTS GRECS.
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femme semblent indiquer une étrangère, probablement de condition servile. Il est probable que nous avons ici un bas-relief funèbre où sont figurées la mère et la nourrice des deux petits enfants. Une foule d'inscriptions funéraires prouvent que la nourrice était considérée comme faisant en quelque sorte partie de la famille, dont elle partageait souvent 'le tombeau. L'infériorité sociale de la nourrice est exprimée par sa petitesse relative, car cette 1 manière de traduire la condition respective des per { sonnages était très-généralement admise parmi les sculpteurs. Les dieux sont souvent beaucoup plus grands que les personnages réels, à côté desquels les esclaves paraissent de véritables nains.
On a conservé bien peu d'antiquités se rattachant à la première enfance des Grecs. Au point de vue de la fabrication, les jouets d'enfants sont arrivés de nos jours à une étonnante perfection; mais au fond le type a peu varié, car l'enfance est étrangère à la marche de l'histoire, et les joujoux les plus parfaits ne sont pas ceux dont la fabrication a coûté le plus de peine, mais ceux qui répondent le mieux à leur but, qui est d'amuser l'enfant. Je gage que la petite poupée grecque représentée figure 143 et dont l'original est au musée du Louvre a, malgré la grossièreté de son exécution, été aussi chère à la petite fille qui la tenait, que si c'eût éié un joujou à ressort couronné dans nos expositions. Les petits jouels qui sont aujourd'hui classés dans les vitrines de nos musées ont dans leur temps provoqué de gentilles surprises, des joies bruyantes et des larmes.
Flg, 1-13. Poupée grecque.
Le vêtement des enfants. — Suivant une habitude qu'on rencontre encore en Egypte et dans les pays chauds, les jeunes enfants étaient fréquemment tout nus. Il ne faut donc pas s'étonner si c'est presque toujours sous cet aspect que les monuments les montrent. Cet usage, quoi que très-fréquent, n'était pourtant pas universel. Dans les familles aisées, les enfants portaient un petit chiton court, qui descendait au-dessus du genou et auquel on ne mettait pas de ceinture pour ne pas gêner les mouvements Ce vêtement était excessivement léger et ressemblait assez à la chemise qu'on leur met aujour-