assistants Tiin aprùs l'autre. Mais ceux à qui s'adressent ses plaisanteries ne font qu'en rire. »
Une histoire racontée dans le Banquet de Xénophon, va nous faire comprendre le rôle du bouffon : « Le bouffon Philippe ayant frappé à la porte,'prie l'esclave qui vient à sa rencontre d'annoncer qui il est : il dit qu'il se présente muni de tout ce qu'il faut pour souper aux dépens des autres. Alors entrant dans la salle à manger des hommes : (( Vous « savez tous, dit-il, que je suis bouffon : je viens ici volontiers, con-(i vaincu qu'il est plus plaisant de se présenter à un repas sans être (1 invité que sur une invitation. — Assieds-toi donc, lui dit Caillas, nos « convives, comme tu vois, sont fort sérieux, ils ont besoin qu'on les « égayé. » Durant le repas, Philippe se mit à faire quelques plaisanteries, afin de remplir son rôle usité partout oli il était invité à un festin. Personne ne riait : son dépit était manifeste; aussi voulut-il, bientôt après dire encore quelque facétie, mais aucun convive ne s'étant mis à rire, il cessa de manger, se couvrit la tête et se renversa tout de son long. Alors Caillas : « Qu'est-ce que cela? dit-il, quel mal te prend? « — Par Jupiter un bien grand mal, Caillas. Puisque le rire est banni (I de chez les hommes, mes affaires sont en piteux état. Autrefois on <i m'invitait aux banquets, pour divertir les convives par mes bouffon-ci neries; mais à présent pourquoi m'appellerait-on? Dire quelque chose « de sérieux m'est aussi impossible que de me faire immortel. Cepen-(i dant on ne m'invite pas dans l'espoir d'être invité; tout le monde sait « que de temps immémorial il n'entre'.point de souper chez moi. » En même temps, il contrefaisait à merveille la voix d'une personne qui pleure. Tous les convives alors se mettent à le consoler, à lui promettre de rire, à lui ordonner de manger; et Critobule rit aux éclats de cette commisération. Philippe, en entendant rire, se découvre le visage, et, l'âme rassurée par l'espoir de futurs repas, il se remet à table. »
La musique et la danse. — Aussi loin que nous puissions remonter dans l'âge héroïque, nous trouvons l'usage des chanteurs qui viennent divertir les convives. Quand Ulysse reçoit l'hospitalité chez Alci-noiis, il lui dit : « Certes il est doux d'entendre un tel chanteur, qui, par ses actions est égal aux immortels. Non, rien n'est plus beau que la joie qui règne parmi tout un peuple. 11 est agréable aussi de voir des convives, assis en ordre devant des tables chargées de pains et do viandes, écouter un chanteur, tandis que l'échanson puise le vin dans
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le cratère et le verse dans les coupes. Oui, ce sont bien là les plus grands charmes de la vie! »
Le même usage s'est perpétué dans les époques postérieures. Des acteurs appelés Fo??ié?-îs/es étaient appelés dans les festins pour divertir les convives. Ils se présentaient armés de pied en cap et représentaient un épisode de poëmes d'Homère. Le récit des grandes actions de la guerre de Troie devait passionner les Grecs, surtout quand il était mêlé à une pantomime bruyante et animée.
Indépendamment des chanteurs ou chanteuses de profession, les convives eux-mêmes chantaient, soit en chœur, soit isolément. «A l'origine, dit Plutarque, les convives chantaient tous en commun d'une seule voix en l'honneur du dieu. Plus tard ils ne chantèrent que les uns après les autres, en se passant de main en main une branche de myrte; sans dout'^', chacun la recevait à tour de rôle en chantant. L'usage vint ensuite de faire passer une lyre à la ronde. Celui qui avait appris à jouer de cet instrument la prenait et chantait en saccompa-gnant. Mais ceux qui n'entendaient rien à la musique refusaient la lyre. D'autres disent que la branche de myrte ne se transmettait pas de main en main, mais de lit en lit. Quand le premier convive avait chanté, il la passait au premier du second lit, et celui-ci au premier du troisième; puis le second, de la même manière au second; et il parait que la variété et l'obliquité de cette évolution Dt donner à ce chant le nom de scolie. »
C'était aussi un usage fort ancien en Grèce de charmer les convives par la musique et la danse, qu'Homère appelle les ornements d'un festin. Dès une époque reculée, les Ioniens de l'Asie Mineure, à l'imitation des Lydiens, introduisirent dans leurs banquets des chanteuses et des joueuses de flûte mercenaires. Cet usage passa ensuite dans les îles II. n
Fig. lyj. — Joueuse de flûte.
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
et dans la Grèce continentale. Les danses libres et efféminées qui faisaient les délices des Ioniens, et qui furent en usage dans toute l'antiquité, différaient des danses primitives, et étaient en rapport avec la musique ionienne qui respirait la volupté. Aussi on donnait Tépithète d'ioniens aux gestes et aux mouvements lascifs.
Ce fut vers le vu' siècle environ que les chantres qui venaient dans les repas célébrer, en s'accompagnant de la lyre, les exploits et les
Fig. 191. — La danse (d'après uno peinture do Pompéi),
grandes actions des anciens héros, commencèrent à être remplacés par des Phrygiennes et des Lydiennes mercenaires, qui charmaient les convives par la musique plus perfectionnée de leur pays. Ce n'était pas dans les repas de famille que ces musiciennes étaient appelées, mais dans les soupers d'hommes, qui restaient longtemps à boire et cherchaient des divertissements. Les étrangères étaient seules admises dans cas festins : c'étaient habituellement des danseuses ou des joueuses de flûte et de cithare (fig. 190).
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QLiaïul on faisait entrer les jeunes filles et les joueuses d'instruments, tout le monde se levait et se mettait à danser. Les Athéniens étaient passionnés pour cet exercice et c'était un manque de politesse que de refuser de danser dans une maison où l'on était invité. Pendant la danse, on apportait des friandises légères, comme des cigales confites, des tranches de radis ou des olives, et en même temps on faisait circuler les coupes pour se rafraîchir.
Fig. 192. — La danse (d'après une p«iiiluro de Pompéi).
Plusieurs peintures antiques se rapportent à des danses mimées dont l'usage était fréquent dans toute l'antiquité. Ces danses reproduisaient souvent quelques scènes mythologiques, dont l'image figurait aussi quelquefois sur la décoration des murailles.
Les figures 191 et 192, empruntées à des peintures de Pompéi, représentent des danses de ce genre. Xénophon donne dans le Banquet une description très-animée d'une danse mimique représentant l'hymen d'Ariadnc et de Bacchus,qui pourrait servir de commentaire à ces figures. « En général, dit Lucien, la danse se flatte d'exprimer et de
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
représenter les mœurs et les passions, en introduisant sur la scène tantôt l'amour, tantôt la colère, la folie, la tristesse et toutes les affections de l'àme à leurs différents degrés. »