Fig. 199. — Achille pleuré par les Néréides i^d'après un vase du Louvre).
retrouve dans les cérémonies religieuses : avant de frapper la victime, le sacrificateur lui coupait quelques poils sur le front et les offrait aux dieux comme prémices. Les parents se pressaient autour du mourant et recueillaient ses dernières paroles auxquelles on attachait souvent un sens prophétique. Le plus proche parent du défunt, ou son meilleur ami, l'enlaçait dans ses bras au moment oui", allait mourir. Cette posture II. 18
est prise par une'Néréide, pleurant la mort d'Achille, dans une peinture qui décore un vase du Louvre (fig. 199), tandis qu'une autreNéréide, placée au chevet du lit, s'arrache les cheveux en signe de désespoir. Le héros est étendu sur le lit funèbre, au pied duquel on voit ses armes, un casque surmonté de panaches et un bouclier sur lequel est figurée une formidable tête de Gorgone, emblème de l'épouvante que sa présence faisait éprouver aux ennemis sur le champ de bataille.
Quand le moment fatal arrivait, celui qui avait enlacé le mourant dans ses bras appliquait sa bouche sur la sienne, en tâchant d'aspirer son dernier souffle. Dès que la respiration avait cessé, on frappait avec force sur des vases d'airain, parce que ces sons bruyants écartaient les espriis malfaisants qui auraient pu mettre obstacle à la marche paisible de l'âme vers les champs Élysées. C'est du moins l'explication un peu mystique que les auteurs de la décadence ont donné de cet usage, qui me semble plutôt motivé par l'idée qu'un grand bruit fait près du malade pouvait provoquer chez lui un mouvement involoatuire, si la vie n'avait pas encore complètement disparu.
L'ensevelissement. — Aussitôt que le mort avait rendu ledernier soupir, ses parents lui fermaient les yeux et la bouche; ensuite on lavait le corps avec de l'eau chaude et on le frottait d'huile et de parfums; ce soin était conûé aux femmes que des liens de parenté avaient attachées au défunt. On lui plaçait dans la bouche une obole destinée à Cîtron, pour payer le passage de l'àme sur la rive infernale, et on mettait près de lui un gâteau de fleur de farine et de miel pour apaiser Cerbère. Lucien dit en raillant ces coutumes : « Ces gens ne s'informent pas auparavant si cette monnaie passe et a cours dans les Enfers, si c'est l'obole attique, macédonienne ou celle d'Égine qu'on y reçoit; ils ne réfléchissent pas non plus qu'il serait bien plus avantageux aux morts de n'avoir pas de quoi payer, puisque le batelier ne voudrait pas les recevoir et les renverrait au séjour des vivants. Ensuite on lave le défunt, comme si le lac infernal ne suffisait pas pour baigner ceux qui descendent d'en haut sur ses rives; on frotte de parfums exquis ce corps déjà infecté par la mauvaise odeur, on le couronne des fleurs que produit la saison, puis on l'expose paré de vêtements splendides, probablement afin qu'il n'ait pas froid en route et que Cerbère ne le voie pas tout nu. »
Quand ces préparatifs étaient terminés, au milieu des gémissements et des lamentations des femmes, on enveloppait le mort dans
USAGES FUNÈBRES DES GRECS.
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une grande draperie qui recouvrait entièrement le corps. La figure 200 montre une femme qui rend ce pieux devoir à son mari. En dernier
Fig. 200. — L'ensevelissement (d'après une peinture de vase).
lien, on recouvrait le drap mortuaire de rameaux verts, de couronnes et de guirlandes de fleurs.
Les lamentations. — On ne faisait pas silence autour du mort, mais les cris et les sanglots retentissaient et chacun frappait les mains au-dessLis de sa tète en signe de douleur. Dans VAkeste d'Euripide, le chœur, ignorant ce qui arrive, s'écrie : « Quelqu'un entend-il dans l'intérieur les gémissements et les sanglots? Entend-on résonner le bruit des mains qui annonce que tout est fini? Aucun même des serviteurs ne se tient debout aux portes... Je ne vois point devant les portes le bassin d'eau lustrale qu'on place selon l'usage à la porte des morts; au vestibule ne sont pas suspendues les chevelures coupées pour le deuil des morts, et l'on n'entend pas retentir les mains des jeunes femmes qui se frappent. » Un bas-relief, qui décore une urne funéraire découverte à Chiusi, montre les lamentations des parents autour du défunt, qui est couché sur un lit au milieu de la salle. Tous lèvent les
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
mains au-dessus de leurs têtes et poussent des gémissements. Une joueuse de flûte les accompagne, car la musique était partout dans l'an-
Fig. 201. — Rite funèbre (bas-relief antique).
tiquité, et il semble que la douleur même ne pouvait se passer du rhyihme et de la cadence, (fig. 201.)
L'exposition du corps. — Après les lamentations dans la chambre du mort on plaçait son corps sur un lit à l'entrée de la maison les pieds tournés vers la porte. Près du lit on mettait un vase pour les libations et les aspersions, et un autre beaucoup plus grand, qu'on remplissait d'eau, aûn que chacun put se laver et se purifier en sortant de la maison. Dans les temps héroïques l'exposition mortuaire durait un temps proportionné à l'importance du personnage : ainsi le corps d'Hector fut exposé pendant neuf jours. A Athènes l'ensevelissement avait lieu le second jour après la mort.
Cette coutume d'exposer le corps était fort ancienne en Grèce. Nous la trouvons dans Homère : le corps d'Hector fut placé sur un lit magnifique, entouré des femmes du palais tout en pleurs. Ordinairement on mettait sur la tête du mort une couronne (fig. 202); cette cérémonie était même considérée comme essentielle, puisque dans les Phéniciennes d'Euripide, Créon défend expressément qu'elle soit observée
USAGES FUAÈLRliS DES GP.ECS.
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pour le corps de Polynice. Ces couronnes étaient ordinairemfnt fournies |)ar les amis du défunt. On se servait principalement de couronnes d'ache pour les usages funéraires. « Nous avons, dit Plutanjue, l'habi-
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Fig. 202. — Lit funèbre grec (d'après une peinture de vase).
tude de couronner d'ache les tombeaux, c'est cette coutume qui a donné naissance au proverbe : a il n'a plus liesoin que d'ache», quand on p:ir!e d'un homme dangereusement malade. «
Les présents au mort. — 11 était d'usage de faire au mort des présents qu'on déposait ensuite dans son tombeau, en même temps que les menus objets qu'il avait aimés pendant sa vie, divers ustensiles pour son usage et même des vivres pour sa nourriture. Ces présents consistaient généralement en vases peints, en petites figurines de terre cuite, ou en bijoux : leur valeur était naturellement proportionnée à la fortune du défunt ou à celle des parents ou amis qui faisaient les présents. Nos musées renferment quelques diadèmes funéraires qui sont d'une richesse extrême comme travail. On a trouvé dans les tombeaux des couronnes dont les feuilles d'or sont d'une telle ténuité qu'elles ne paraissent pas avoir jamais pu être portées par une personne vivante. On présume que ce sont des ornements funéraires fabriqués tout exprès pour être déposés dans la tombe avec les restes du défunt. Ce qui donne à cette supposition
CONSTITCTION DE LA FAMILLE.
une très grande prob;ibilité, c'est queccs couronnes sont souvent accompagnées d'emblèmes funèbres; la figure 203, qui est une des mieux caractérisées sous ce rapport, est en même temps un des ouvrages les plus fouillés de la bijouterie antique.
Fig. 203. — Couronne funéraire en or.
La marche FUNÎiBRE. — Quand l'exposition avait duré le temps voulu, on enlevait le corps : il était porté à bras ou sur un chariot comme le montre la figure 20/i. Les hommes marchaient devant et les femmes suivaient. La musique accompagnait toujours les cérémonies religieuses, même les plus pauvres : dans celles-ci, il y avait un seul joueur de flûte, taudis que pour les riches il y en avait un grand