Funérailles Spartiates. — Il faut, quand on parle des Grecs, mettre à part les Spartiates, qui ont toujours obéi à des coutumes particulières. Les funérailles par exemple se faisaient sans pompe et
même sans larmes; le corps n'était ni embaumé ni parfumé. Lycurguc avait prescrit le cérémonial qu'on devait observer. « Pour bannir des esprits toute superstition, dit Plutarque, il permit d'enterrer les morts dans la ville; il ne défendit même pas de placer les tombeaux près des temples, afin d'accoutumer par là les jeunes gens au spectacle et à la pensée de la mort; de leur apprendre à l'envisager sans crainte et sans horreur, à ne pas se croire souillés pour avoir touché un corps mort ou pour avoir passé devant un sépulcre. En second lieu, il défendit de rion enterrer avec les morts, et ordonna seulement qu'on les enveloppât d'un drap rouge et de feuilles d'olivier. 11 n'était permis d'inscrire sur les tombeaux que les noms des hommes morts à la guerre, ou des femmes consacrées à la religion. Il borna à onze jours la durée du deuil : on le quittait le douzième, après avoir fait un sacrifice à Cérès, car il ne voulait pas les laisser un seul instant dans l'oisiveté et dans l'inaction. »
Convoi d'Alexandre. — Diodore de Sicile nous a laissé un récit détaillé des cérémonies funèbres qui eurent lieu à l'occasion de la mort d'Alexandre.
« Ârrhidée, chargé du soin de transporter le corps d'Alexandre, avait fait construire le char qui devait servir à ce transport, et avait achevé les préparatifs de cette solennité, digne de la gloire d'Alexandre. Elle se distinguait de toutes les solennités de ce genre, tant par les énorme; dépenses qu'elle occasionna que par la magnificence qui y fut déployée. Nous croyons donc convenable d'entrer ici dans quelques détails. On avait d'abord construit un premier cercueil, recouvert d'or laminé et rempli d'aromates, tout à la fois pour procurer une bonne odeur et pour conserver le cadavre. Ce cercueil était fermé par un couvercle d'or s'adaptant parfaitement à la partie supérieure de la surface. Sur ce couvercle était jetée une belle draperie d'or et de pourpre, sur laquelle étaient déposées les armes du défunt, afin que rien ne manquât de ce qui peut frapper l'imagination dans de pareilles circonstances.
« Après cela on s'occupa de la construction du char qui devait transporter le corps. Le sommet de ce char représentait une voûte d'or, ornée de mosaïques disposées en écailles, de 8 coudées de largeur sur 12 de long. Au-dessous de cette voûte était placé un trône d'or occupant l'espace de toute l'œuvre; il était de forme carrée, orné de mufles de boucs, auxquels étaient fixées des agrafes de 2 palmes
d'épaisseur; à ces agrafes était suspendue une guirlande funèbre, dont les couleurs resplendissantes imitaient des fleurs naturelles. Au sommet était attaché un filet portant de grandes cloches, qui, par leur bruit, annonçaient au loin l'approche du convoi. A chaque angle de la voûte s'élevait une victoire d'or portant des trophées. Toute la voûte avec ses dépendances reposait sur des colonnes à chapiteaux ioniques. En dedans du péristyle on voyait un réseau' d'or, dont les fils, de l'épaisseur d'un doigt, portaient quatre tableaux de la même hauîeur que le péristyle et parallèles aux colonnes.
(i Le premier de ces tableaux représentait un cliarorné de ciselures, sur lequel était assis Alexandre, tenant dans ses mains un sceptre magnifique. Autour du roi était placée en armes sa maison militaire, composée de Macédoniens, de Perses mélophores, précédés d'écuyers. Le second tableau représentait, comme suite de la maison militaire, des éléphants équipés eu guerre, montés en avant par des conducteurs indiens, et en arrière par des !\Iacédoniens revêtus de leurs armes ordinaires. Sur le troisième tableau, on avait figuré des escadrons de cavalerie, faisant des évolutions et des manœuvres militaires. Enfin, le quatrième tableau représentait des vaisseaux armés en guerre, préparés à un combat naval.
« Au bord de la voûte, se voyaient des lions d'or fixant leurs regards sur ceux qui s'approchaient du char. Dans les interstices des colonnes étaient des acanthes d'or, s'élevant presque jusqu'aux chapiteaux des colonnes. Sur le dos de la voûte était étendue une draperie de pourpre, sur laquelle reposait une immense couronne d'oliviers en or; les rayons du soleil tombant sur cette couronne produisaient au loin, par leurs réflexions, l'effet d'éclairs éblouissants. Tout le train reposait sur deux essieux auto;ir desquels tournaient quatre roues persiques dont les moyeux et les ra\ons étaient dorés et dont les jantes étaient garnies df fer. Les saillies des essieux étaient en or et portaient des mufles de lions tenant entre leurs dents le fer d'une lance.
« Au mifleu du fond du char, d'une part, et au milieu de la voûte, de l'autre, était fixé dans toute In hauteur du monument un mécanisme tournant pour préserver la voûte des secousses qu'aurait pu lui imprimer le char en roulant sur un terrain inégal et raboteux. Quatre timons étaient fixés au char, et à chaque timon un train de quatre jougs, et chaque joug composé de quatre mulets, ce qui formait un attelage de soixante-quatre mulets, choisis parmi les plus vigoureux et les plus élancés. Chacun de ces animaux portait sur sa tête une couronne d'or;
aux deux mâchoires étaient suspendues doux sonnettes d'or, et les cols étaient ornés de colliers de pierres précieuses.
(( Tel était l'appareil de ce char, plus beau à voir qu'on ne peut le faire comprendre par une simple description. Grand était le nombre des spectateurs qu'attirait la magnificence de ce convoi funèbre, La foule accourait de toutes parts dans les villes où il devait passer, et ne pouvait se rassasier de l'admirer-, et cette foule, se confondant avec les voyageurs et les soldats qui suivaient le convoi, ajoutait encore à la pompe de ces splendides funérailles. Arrhidée, qui avait employé presque deux ans aux travaux do ces obsèques, s'était donc mis en marche pour transporter, de Babylone en Egypte, les dépouilles du roi. Ptolémée pour rendre les honneurs à Alexandre, alla avec son armée au-devant du convoi jusqu'en Syrie. Il reçut le corps avec les plus grandes marques de respect. Il jugea plus convenable de le transporter pour le moment, non dans le temple de Jupiter Ammon, mais dans la ville fondée par Alexandre, et qui était déjà devenue presque la plus célèbre du monde. Il y fil construire un temple qui, par sa grandeur et sa beauté, était digne de la gloire d'Alexandre-, il y célébra un service funèbre par des sacrifices héroïques et des solennités de jeux. )) (Diodore de Sicile, xvin.)
XII
LA FAMILLE ROMAINE
La femme romaine. — Le divorce. L'e\fant. — L'adoption. — Les clients. — Les esclaves.
LliS VIEUX GARÇONS. — LeS COURTISANES.
La femme romaine. — A Rome, la famille est définitivement constituée sur les bases d'une association entre le mari et lu femme. Si on examine les textes de lois, la femme romaine semble à peu de choses près dans la même dépendance que la femme grecque : mais dans les mœurs, la différence est énorme. La femme romaine n'est pas seulement citoyenne, elle est maîtresse de maison ; elle n'habite pas un appartement séparé, elle cohabite avec son mari; c'est elle qui reçoit les amis de l'époux, et qui fait les honneurs de la maison. En toutes