CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
choses, la femme est associée à la vie de son mari, elle partage sa bonne et sa mauvaise fortune; s'il brigue une fonction publique, elle fait les visites voulues, et elle exerce sur la société une influence que n'a jamais eue la femme grecque.
La première condition pour contracter un mariage légal dans la société romaine était d'être citoyen romain. 11 y avait à Rome trois sortes de mariages : 1'^ par confarrèation, c'est-à-dire religieusement et
civilement : c'était la forme
usitée par les patriciens; 2" par cocmption, c'est-à-dire par un contrat purement civil : c'est le mariage ordinaire des plébéiens ; 3° par usage, c'est-à-dire par une déclaration exempte de toute autre formalité. Ce dernier mode, qui consistait en une simple déclaration faite par les époux devant témoins, n'entraînait avec elle aucune cérémonie et par conséquent aucun frais : aussi c'était celle des pauvres et de tous ceux qui n'avaient pas le moyen d'acheter une toge, costume distinctif du citoyen et indispensable pour toute cérémonie. Après une année révolue de cohabitation, ce mariage était réputé légal, et l'enfant qui naissait avait le titre de citoyen. Nul ne pouvait porter ce titre s'il n'était enfant légitime, mais comme les citoyens seuls étaient soldats, et qu'à Rome on en avait besoin, les autorités étaient assez coulantes. Nous n'insisterons pas sur cette forme de mariage qui n'a d'intérêt que pour les légistes. Mais il faudra dire plus lard quelques mots de Isl cocmption qui est la forme ordinaire du mariage plébéien et de la confarrèation qui n'avait lieu que dans les grandes familles patriciennes, mais qui est de beaucoup le mode de mariage le plus intéressant par les cérémonies qui l'accompagnent (Fig. 207).
I.n condition des femmes a beaucoup varié dans la société romaine
Fig. 207. — Mariage romain (d'après un bas-relief).
et Lucrèce n'aurait pas trouvé ses pareillos dans le monde corrompu et fardé de l'empire. Mais dès l'origine, nous voyons à Rome, comme en Grèce, les hommes mariés vivre en deiiors de toute gène et de toute contrainte.
« Syra —•... Par Castor, la condition des pauvres femmes est bien dure, et bien loin de valoir celle des hommes. Si un mari prend une maîtresse en cachette, etque la femme l'apprenne, on ne le punit point. Qu'une femme sorte de la maison sans que le mari le sache, l'époux intente un procès et on la répudie. Si seulement la loi était la même pour tous! Une honnête femme se contente d'un seul mari ; pourquoi un mari ne se contenterait-il pas d'une seule femme? Sur ma foi, si on punissait les hommes qui prennent maîtresse et trompent leur femme, comme on répudie les femmes qui font quelque peccadille, il y aurait plus de maris sans femmes que de femmes sans maris. » (Plante, le Marchand.)
Le luxe effréné des femmes a souvent aussi défrayé la gaieté des écrivains comiques. Écoutons encore Plaute :
«... Il n'y a pas de maison de ville oi^i vous ne trouviez plus de voitures qu'à la maison des champs. Mais ce n'est rien encore en comparaison des autres dépenses. Vous avez le foulon, le brodeur, l'orfèvre, le lainier, puis une troupe de marchands : frangiers, chemisiers, teinturiers en orange, teinturiers en violet, teinturiers en jaune, vendeurs de manches, parfumeurs, brocanteurs, lingers, cordonniers, fabricants de pantoufles, de brodequins; de l'argent aux faiseurs de sandales, au teinturier en fleurs de mauve ; de l'argent au dégraisseur, au raconi-modeur ; de l'argent à celui-ci pour des collerettes, à celui-là pour des ceintures. Vous payez et vous vous croyez quitte : voici venir une bande nouvelle qui assiège votre antichambre: tisserands, passementiers, layetiers défilent devant la caisse. Vous payez encore et vous vous croyez quitte; arrivent les teinturiers en safran, ou quelque autre détestable engeance qui en veut à votre bourse. » (Plaute, l'AuMaire).
Les pères de l'Église ne pouvaient manquer de s'élever aussi contre les dépenses excessives des femmes. « Si quelque nain, dit saint Clément d'Alexandrie, le plus difforme et le plus contrefait qu'il soit possible de trouver, leur est présenté, elles s'empressent de l'acheter ; elles le font asseoir à leurs pieds, jouent avec lui, se pâment de joie à ses danses lascives et grotesques, et répondent par des éclats de rire aux accents discordants de sa voix. Tel est leur engouement pour les monstres, inutiles poids de la terre, qu'elles les achètent au plus haut prix et s'en font plus d'honneur que de leurs maris, d
Le DivoncE. — Le divorce pouvait être demandé par les deux conjoints pour incompatibilité d'humeur, ou par l'un des deux s'ap-puyant sur des motifs prévus par la loi. Pour annuler le mariage religieux, il fallait une cérémonie appelée diffaréation, et pour casser le mariage civil, on devait en présence de témoins rompre les tablettes nuptiales devant le tribunal du Préteur. Dans le divorce par consentement mutuel, le mari devait rendre à la femme la dot qu'elle avait apportée, sauf une sixième partie qui était retenue pour chaque enfant vivant. Mais si le divorce était prononcé pour cause d'adultère de la femme, il ne lui devait rien.
Le premier divorce que les annales romaines aient signalé est celui de Carvilips Ruga: « Carvilius Ruga, dit Aulu-Gelle, homme de grande famille, se sépara de sa femme par le divorce, parce qu'il ne pouvait pas avoir d'elle des enfants. 11 l'aimait avec tendresse et n'avait qu'à se louer de sa conduite. Mais il sacrifia son amour à la religion du serment, parce qu'il avait juré (dans la formule du mariage) qu'il la prenait pour épouse afin d'avoir des enfants. »
L'enfant. — Dans la loi romaine, le père est maître absolu de la destinée de son enfant : il peut, par le seul acte de sa volonté, le reconnaître ou le renier. S'il prend dans ses bras le nouveau-né, l'enfant est déclaré membre de la famille; s'il le laisse sans accepter les devoirs de la paternité, l'enfant sera porté dans quelque carrefour; il peut alors être recueilli par une personne charitable, ou vendu à un marchand d'esclaves, sinon il ne vivra pas. Mais à Rome la paternité est honorée, et si la loi accorde toute liberté au père de famille, l'usage est plus exigeant : à part les hommes qui doutent de la fidélité de leur femme, ou ceux qui sont dans la"dernière misère, les pères reconnaissent presque toujours leurs enfants nés du mariage. Les enfants abandonnés qui sont d'ailleurs fort nombreux proviennent d'unions illégitimes.
L'adoption. — Le pèie, étant maître absolu de l'enfant, pouvait en l'abandonnant à un autre lui transmettre tous ses droits paternels: c'était l'adoption proprement dite. Mais il y avait une autre sorte d'adoption qui s'appelait adrogalion; elle avait lieu quand un citoyen maîtredelui-mêmeseplaçaitvolontairement sous lapuissance paternelle d'un autre citoyen. Celui qui avait été adopté n'était strictement fils que de son père adoptif, mais la femme de celui-ci n'était pas considérée comme sa mère.
Les clients. — Outre les membres de sa famiAe, un riche Romain avait toujours autour de lui des clients attachés à sa personne. Il y avait plusieurs catégories de clients : la plus nombreuse était celle des af-Iranchis qui restaient auprès de leur patron, et des pauvres gens qui venaient chaque matin le saluer, pour avoir le droit à \asportule, c'est-à-dire à la distribution d'aliments ou de menue monnaie qui se faisait à la porte de la maison. Quand le patron allait au forum, ses clients l'accompagnaient pour lui prêter main-forte au besoin et voter pour lui dans les comices, s'il briguait une magistrature.
11 y avait une autre catégorie de clients, appartenant à une classe plus élevée et souvent même à la classe riche, qui se faisaient volontairement les clients d'un personnage puissant qui pouvait leur être utile. Ces grands clients, quoique très-assidus auprès de celui qu'ils appelaient leur patron, ne se croyaient pas astreints à lui faire leur cour tous les jours. Ils partageaient souvent sa table et étaient traités en amis. Un grand orateur, qui avait acquis par son talent une influence sur la multitude, pouvait aussi devenir le patron de gens beaucoup plus riches que lui, mais qui avaient besoin de son crédit pour arriver aux honneurs. C'est ainsi qu'on a vu des rois étrangers et des cités entières solliciter l'honneur d'être clients d'un Romain illustre qui leur accordait sa protection.