Les esclaves. — L'esclavage, admis en principe par toute l'antiquité, se recrutait de plusieurs manières. — 1° Les prisonniers de guerre, formant une partie du butin, pouvaient être vendus comme esclaves, et c'est là sans doute qu'il faut rechercher l'origine de l'esclavage;— 2° le débiteur insolvable devenait la propriété de son créancier qui avait droit de le vendre, et l'usure contribuait ainsi à augmenter dans une proportion notable le nombre des esclaves;—3° les enfants abandonnés devenaient esclaves de celui qui les avait recueillis;—ii° les pauvres gens croyaient quelquefois échapper à la misère en se vendant eux-mêmes; — 5° le commerce et la piraterie amenaient continuellement sur les marchés des esclaves tirés des contrées lointaines. Si l'on considère en outre qu'un enfant né dans l'esclavage était la propriété du maître auquel appartenaient ses parents, on comprendra aisément l'extension énorme que prit l'esclavage dans la société romaine. Au commencement de l'empire, la population servile était dans les villes égale en nombre à la population libre, et elle était infiniment plus considérable dans les campagnes, où les grands fonds de terre étaient à peu près exclusivement cultivés par eux.
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CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
Au point de vue des mœurs, il y avait deux catégories d'esclaves très-distinctes : les esclaves de travail, ouvriers ou cultivateurs, et ceux qu'on appelait esclaves de luxe, qui remplissaient l'emploi de domestiques dans les maisons. Ceux-ci, les seuls dont nous ayons à nous occuper ici, étaient absolument mêlés à la vie intime de la famille. Dans les maisons riches, il y avait un personnel domestique extrêmement nombreux, et chaque groupe d'esclaves avait un service particulier.
Saint Clément d'Alexandrie reproche aux Romains de son temps leur faste et leur nombreuse domesticité. « Ne voulant absolument pas se servir eux-mêmes, ils achètent des serviteurs pour chacune de leurs actions et pour chacun de leurs désirs. Ils emploient les uns à préparer mille ragoûts délicats et recherchés, les autres à dresser et à couvrir les tables. Tous ces mercenaires ont chacun leur emploi distinct et marqué, afin de venir tour à tour satisfaire au luxe et à la gourmandise du maître. Ils préparent les viandes, les confitures, la pâtisserie, les liqueurs et les étalent avec symétrie sur des tables dont ils sont les décorateurs et les architectes. Ils gardent des amas d'habits superflus et des monceaux d'or comme des griffons. Ils serrent l'argenterie et l'essuient sans cesse, la tenant toujours prête pour l'appareil brillant des festins. Il en est enfin qui sont préposés à la garde et à l'entretien des chevaux de luxe, exerçant sous leurs ordres un nombre infini de jeunes gens. »
Parmi ces différents genres de serviteurs, ceux qui ont plus d'importance dans la vie privée, ce sont les esclaves attachés au service de la table. On les voit représentés sur les plus anciens monuments : la figure 208 nous montre un cuisinier étrusque qui a le corps ceint d'un tablier et porte un petit bol sur le plat de la main. Ce cuisinier est un homme fait, mais chez les riches Romains l'usage s'introduisit de prendre pour échansons de très-jeunes gens. Phi-Ion en fait la description suivante : « On y voit des esclaves destinés au service ; ils sont de la plus grande beauté et ils ont la meilleure grâce. Leur propreté est extrême. Ils n'ont point de barbe, leur visage est fardé, et leurs cheveux sont fixés en boucles très-élégantes; car ceux qui ne lais-
Fig. 208. — Cuisinier étrusque (d'après une peinture antique à Rome).
LA FAMILLE ROMAINE.
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sent pas croître absolument leurs cheveux les coupent en rond sur le devant de la tète. Ils portent des tuniques très-fines et très-blanches,
Fig. 209.
Fi3. aïo.
Génies échansons.
arrêtées par une ceinture; ces tuniques tombent par devant jusqu'aux genoux et par derrière un peu au-dessous des jarrets. Ils resserrent de chaque côté les deux parties de la tunique, avec des rubans qui font deux tours; ils relèvent les côtés de cette tunique et la font voltiger et bouffer. Ils observent les convives et sont attentifs à les servir et à leur
Fî^'. 211. — Ciéuie échansoD.
versera boire. » Le service de la table a été quelquefois représenté sous une forme allégoi'ique dans les peintures qui décoraient les appartements (lig. 20O, 210, 211).
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
Si les garçons faisaient l'oflice d"échansons, c'était habituellement aux femmes que revenait le soin de servir aux convives les fruits et les pâtisseries de dessert. Ce service de table, que des jeunes filles exécutaient au son de la flûte et avec des mouvements rhythmés, a fourni lesujetde ravissantes peintures antiques, qui décorent les appartements dePompéi
ï^ É'-tf^
Fig. 212.
F)g. 213,
Servantes.
et d'Herculanum. La figure 212 nous montre une de ces peintures : elle représente une jeune fille qui tient d'une main un vase pour verser à boire et de l'autre un plat sur lequel sont quelques fruits. Un sujet analogue est représenté sur la figure 213, mais ici le vase est remplacé par un seau que la jolie danseuse apporte aux convives.
C'est surtout par les écrivains comiques qu'on peut se rendrecompte de la situation des esclaves dans la société romaine. Dans les comédies de Plante, ils sont assez malmenés. «... Sortez! allons, sortez, garnements, fléaux d'un maître, ruineuse emplette, qui n'avez jamais l'idée de bien faire, et dont on ne peut jamais jouir à moins de s'y prendre comme cela (fi /cur donne des coups). Je n'ai jamais vu de pareils ânes à deux pieds, tant ils ont les côtes endurcies sous les coups. Battez-les, vous vous faites plus de mal qu'à eux: ils sont d'un tcmpéranTMit! le
fouet s'use sur leur dos. Ils n'ont qu'uno chose dans la tète : si tu trouves ta belle, vole, filoute, attrape, agrippe, bois, mange, sauve-toi, c'est là tout ce qu'il savent faire. Mieux vaudrait mettre le loup dans la bergerie que d'avoir chez soi de semblables gar(;ons. A voir leur face, on ne les croirait pas malins; mais à l'œuvre, comme on est trompé! Çà, si vous ne faites pas attention à mes ordres, si vous ne chassez pas, de vos yeux et de votre cœur, le sommeil et la paresse, je prends des étrivières, et vous travaille les flancs de façon à vous les bigarrer de haut en bas: on y verra plus de dessins que sur une tenture de Campanie ou sur la pourpre à ramages des tapisseries alexandrines. » (^Plante, le Trompeur.]
Les vieux garçons. — Les célibataires paraissent assez fréquemment dans les pièces du théâtre latin et ils exposent eux-mêmes les raisons qui les ontéloignés du mariage. ÉcoutonsPlaute dans le Soldat fanfaron: « — D'abord une bonne femme, s'il y en a jamais eu au monde, où pourrais-je la rencontrer? Et j'amènerais chez moi une créature qui jamais ne médirait: «Allons, mon cher homme, achète de la laine pour « te faire un manteaumoelleuxct bien chaud, de bonnes tuniques d'hiver « pour ne pas te refroidir! » Voilà un langage que jamais femme ne lient à son mari. Mais avant le chant du coq, on m'éveillerait pour me dire : « Mon mari, donne-moi de quoi faire à ma mère, aux calendes, <i un cadeau agréable; donne-moi un cuisinier, un pâtissier; donne-<i moi de quoi donner des étrcnnes à la charmeuse, à l'interprète, à la <i devineresse, à l'aruspice; quelle honte si je ne leur envoie rien! <i Celle qui m'a purifiée à mes relevailles, je ne puis, sans la fâcher, me <( dispenser de lui faire un présent. Il y a longtemps que la cirière est en « colère de n'avoir rien reçu.La sage-femme se plaint que je lui aie en-ci voyé trop peu. Et la nourrice, ne lui feras-tu rien porter? «Toutes ces dépenses et tant d'autres me détournent de prendre une femme et de m'exposer à un pareil ramage... D'ailleurs moi, avec une ribambelle de parents, qu'ai-je affaire d'enfants? Je vis heureux et tranquille, à ma guise, à ma fantaisie. A ma mort, je léguerai mes biens à mes parents, j'en ferai le partage entre eux. En attendant, ils me soignent, ils viennent voir comment je me porte, si je n'ai besoin de rien. Chaque jour, ils sont là pour me demander comment j'ai passé la nuit. Ils me tiennent lieu d'enfants ; bien mieux, ils m'envoient des cadeaux. Font-ils un sacrifice? ils nie réservent une part plus forte qu'à eux-mêmes, ils m'emmènent au banquet; ils m'invitent à dîner, à souper chez eux. Celui qui me donne le moins se croit le plus à plaindre. Us font assaut do