présents; et moi, je me dis tout bas : « C'est à mon bien qu'ils en veu-(( lent. » Mais ils ne me font pas moins de cadeaux à l'cnvi l'un de l'autre. » (Plante, le Soldat fanfaron.)
A Rome la dépopulation de l'empire était remarquée par les hommes d'État qui cherchaient vainement le moyen d'y apporter remède : les mariages devenaient de plus en plus rares. Aulu-Gelle nous a conservé des fragments d'un discours de Metellus Numidicus, pendant sa censure, pour exhorter ses concitoyens à se marier. « Romains, dit-il, si nous pouvions vivre sans femmes, tous nous éviterions un tel ennui; mais puisque la nature a voulu qu'on ne piit ni vivre Iranquillemeut avec une femme, ni vivre sans femmes, occupons-nous plutôt de la perpétuité de notre nation que du bonheur d'une vie qui est si courte... » L'écrivain latin ajoute que ce discours fut généralement blâmé, parce que l'orateur, qui voulait engager les Romains au mariage, n'aurait pas dû leur avouer les soucis et les ennuis inséparables de la vie conjugale, mais qu'il aurait dû au contraire les atténuer.
Les courtisanes. — La courtisane se dissimule bien plus qu'on Grèce. Ce n'est pas qu'il en manque assurément, et Piaule prétend même qu'il y en a autant, à Rome, que de mouches un jour de chaleur. Mais elles ne sont pas un rouage comme dans la société grecque, elles sont une annexe méprisée. On se cache pour aller les voir, tandis qu'on était fier d'aller chez Aspasie : pour un Grec, c'était un brevet d'esprit et de distinction d'être reçu chez une courtisane célèbre. Aussi on ne voit guère de Romaines parmi les grandes courtisanes hisioriques: elles sont toujours Grecques, En revanche l'adultère est plus fréquenta Rome qu'à Athènes, et devient un élément de littérature, parce que dans la société romaine la femme, au lieu de demeurer enfermée, se mêle partout aux hommes et est exposée aux mêmes séductions. Tout ceci s'applique au monde romain de la fin de la république et du commencement de l'empire, non à celui des temps primitifs : car sous les Tarquins la femme romaine vivait beaucoup plus-chez elle, et se rapprochait davantage de la femme grecque.
Les écrivains anciens nous ont laissé une peinture peu séduisante de la vie que mène une courtisane romaine. Écoutons Alexis, auteur comique, dont Athénée nous a laissé quelques fragments. « Une novice est-elle petite? on lui coud une semelle épaisse de liège dans sa chaussure. Est-elle de trop haute taille? on lui fait porter une chaussure très-mince. N'a-t-elle pas assez de hanches? on lui coud une garniture, de
sorte que ceux qui la voient ne peuvent s'empêcher de dire : Voilà une jolie croupe ! A-t-elle un gros ventre? moyennant des buses, on lui renfonce le ventre en arrière. Si elle a les sourcils roux, on les lui noircit avec de la suie.Les a-t-elle noirs? on les lui blanchit avec de la céruse. A-t-elle le teint trop blanc? on la colore avec du fard. Si on lui sait une belle denture, on la force de rire, afin de montrer combien sa bouche est belle. N'aime-t-elle pas à rire? on la tient toute lu journée au logis, ayant entre les lèvres un brin droit de myrte, de sorte qu'elle est obligée de montrer son râtelier, bon gré mal gré. Voilà comment les matrones emploient leur art pour transformer les novices. »
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LE MARIAGE ROMAIN
Lf. MARIAGE PLÉBÉIEN. — Le MAIIIACE PATRICIEN.
Les fiançailles. — Les adieux a la famille. — Les chants d'hymen. L'arrivée du cortège. — Le rapt.
Le MAKiAGE PLÉDÉiEN. — Lc mariage par cocmplion était le plus usité, parmi les plébéiens. Cette cérémonie est un contrat de vente simulé dans lequel les contractants se vendent l'un à l'autre. Les deux familles et cinq témoins, qui doivent être citoyens romains, se rendent devant le tribunal du préteur. On demande au père de la jeune fille s'il consent à ce qu'elle devienne mère de famille avec cet homme, et au futur s'il consent à ce que cette femme soit mère de famille avec lui. Sur leur réponse affirmative, ils échangent une petite pièce de monnaie; ensuite l'époux prend un javelot et, avec la pointe qu'il lui promène sur la tête, il lui sépare les cheveux en deux parties. Cet usage bizarre est probablement un souvenir de l'enlèvement des Sabines. « L'usage où l'on est à Rome, dit Plutarque, de séparer avec la pointe d'un javelot les cheveux de la nouvelle épouse, signifie que les premiers mariages des Romains furent faits par la violence et à la pointe de l'épée. » En effet, aussitôt que le mari a exJcuté le rite concernant la chevelure, il enlève sa femme, et la famille engage avec lui une lutte simulée dont l'issue est toujours la même.
Le mariage patricien. — Le mode de mariage usité dans les
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
grandesfamillL'spatriciennesestla confarreation;ccileiormcde mariage, la plus solennelle, a lieu en présence de dix témoins, du grand pontife et du flamine Diale: les enfants qui en sont issus peuvent seuls aspirer aux hautes fonctions sacerdotales. C'est dans la maison du père de la jeune fille que la cérémonie a lieu: un bruit de faisceaux, qui retentit sur la porte, annonce l'arrivée du grand pontife et du flamine Diale. A leur arrivée, on les conduit au sacrarium ou autel sacré de la maison: les époux, la famille et les témoins les suivent. On ouvre le péristyle et la foule se range sous les portiques.
Alors les époux prennent place sur une chaise jumelle, que l'on a
recouverte avec la peau d'une brebis ayant servi de victime. Le flamine place la main droite de la jeune fdle dans celle du jeune hosame et déclare que, désormais, elle participera au culte de son mari, aux choses saintes et à tous ses biens. Ensuite il offre en sacrifice à Junon, déesse qui préside aux mariages, un pain de froment préparé et apporté par la mariée, et fait une libation avec du vin miellé et du lait : puis on amène la victime, dont le fiel est jeté au pied de l'autel, pour rappeler que toute aigreur doit être bannie du mariage. C'est chez le père de la mariée que cette cérémonie a lieu.
Deux époux romains sont figurés sur un beau groupe antique de la collection Gustiniani : les deux personnages passent, mais sans preuves à l'appui, pour représenter Caracalla et Plautille. Ils se regardent en se donnant la main droite. L'homme a la main gauche sur l'épaule de sa femme qui tient la draperie de la même main (Fig. 214).
Fig. iU. — Epous lomains.
Les fiançailles. —La cérémonie des fiançailles avait ordinairement lieu un an avant celle du mariage. Mais elle était quelquefois beaucoup plus rapprochée, et on ne consultait pour cela que la convenance des parties. Le futur remettait à sa fiancée un anneau de fer sans aucun