LE MARIAGE ROMAIN.
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ornement : cette simplicité avait pour but de rappeler le souvenir de la simplicité primitive. La jeune fille portaitcet anneau au quatrième doigt, parce qu'on croyait que de ce doigt partait une veine qui se rendait au cœur.
A loccasion des fiançailles,la jeune fille renonçait aux jouets de son enfance et déposait ses poupées sur l'autel des aïeux. Le futur époux lui faisait des cadeaux, parmi lesquels il y avail des bijoux emblématiques. C'est à cet usage qu'il faut attribuer les camées et les pierres gravées représentant la légende de l'Amour et Psyché. Le symbolisme de ces pierres est d'ailleurs facile à expliquer. La figure 215, par exemple, représente un Cupidon qui tire les cheveux d'une Psyché ; Psyché étant l'emblème de l'ànie humaine, le camée signifie: mon âme est torturée par l'amour.
Fig. 215. — Amour et Psyché.
Les adieux a la famille. — Quand la cérémonie du mariage est terminée, il faut quitter la maison paternelle. Avant de prendre place en tête du cortège que précèdent les flambeaux, les époux se placent devant la mère de la jeune fille, le mari à droite, la fiancée à gauche, mais à une certaine distance l'un de l'autre. Alors la mère de la mariée se place entre eux, leur met la main sur l'épaule en leur disant de se rapprocher, et commande à sa fille de prendre la main droite de son époux.
A ce moment, trois jeunes garçons, issus de famille patricienne, et ayant encore leur père et leur mère, s'approchent de la mariée, qui aussitôt ramène son voile sur son visage, de manière à avoir la figure entièrement cachée. Deux des jeunes gens prennent la mariée par la main, en feignant de l'arracher des bras de sa mère, et le troisième se tient devant elle avec une torche d'épine blanche, signe du bonheur futur. Puis deux jeunes filles présentent à la-mariée une quenouille garnie de laine avec un fuseau et une corbeille d'osier contenant divers objets pour les travaux en usage parmi les femmes. Aussitôt toutes les femmes présentes se mettent à crier le mot : talassio, mot qui est le nom d'un panier à mettre de la laine, pour rappeler à l'épouse ses de-II. 21
voirs de fileuse, et elles accompagneiu leur cri d'un battement de main cadencé.
Les chants d'hymen. —Durant tout le trajet entre la maison paternelle et la nouvelle demeure de l'épouse, la foule et les invités accompagnent le cortège en chantant des hymnes religieux. 11 ne faut pas s'attendre à trouver dans ces chants la pudique retenue des sentiments chrétiens, mais il y a une saveur naïve qui nous fait bien comprendre les mœurs antiques.
C'est au moment où Vcsper, l'étoile de Vénus, apparaît au ciel que la jeune fiancée quitte sa famille. Les chœurs de jeunes filles, alternant avec les jeunes garçons, entonnent le chant nuptial, en l'honneur de la brillante étoile dont la lumière a donné le signal du départ :
« Chœur des jeunes filles. — Vesper, est-il au ciel un astre plus cruel que toi? tu ravis une fille aux embrassements de sa mère, de sa mère qu'elle retient vainement dans ses étreintes, et tu livres la chaste vierge à l'amant impétueux. Quelle violence plus cruelle commettrait l'ennemi dans une ville forcée? Hymen, ô Ilyménée; viens, Hymen, ô Hyménée.
« Chœur des jeunes gens. — Vesper, est-il au ciel un astre plus ravissant que toi? tu sanctionnes par ta clarté l'alliance jurée et d'avance arrêtée entre les parcnis de l'époux, mais qui se consomme seulement quand a brillé ton flambeau. Quel bienfait des dieux est plus dou.^ que l'heure fortunée de ton retour? Hymen, ô Hyménée; viens, Hymen, ô Hyménée.
« Chœur des jeunes filles. — Vesper nous a enlevé une de nos compagnes... A ton lever, toujours la garde veille. La nuit protège les voleurs; mais souvent à ton retour tu les décèles, quand tu reparais changeant de nom.
« Chœur des jeunes gens. — Laisse, Vesper, ces jeunes filles feindre contre toi un courroux mensonger. Eh quoi ! si l'objet de leur courroux était aussi l'objet des vœux qu'elles prononcent plus bas! Hymen, ô Hyménée ; viens, Hymen, ô Hyménée. » (Catulle, chant nuptial.)
Le refrain ô Hymen, ô Hyménée se retrouve dans tous les chants qui ont trait au mariage. Le dieu Hymen a été personnifié; mais il ne faut paS'le confondre avec Cupidon, quoiqu'il ait comme lui les formes juvéniles et qu'ils portent quelquefois les mêmes attributs. Cupidon, le fils de Vénus, représente l'amour sous toutes ses formes et l'union des sexes, tandis que Hymen est le mariage chaste, le mariage qui a pour but la continuité de la race et qui ne peut s'accomplir que devant
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le foyer domestique. Le flambeau est l'attribut caractéristique du dieu d'hyménée, et le flambeau précède toujours la mariée, ce qui est d'ailleurs nécessaire, puisque c'est seulement quand la nuit arrive qu'elle se met en marche pour la demeure de son époux. Dans les mariages riches, on porte devant la jeune épouse jusqu'à cinq flambeaux, et il est d'usage parmi les Romains d'aller les allumer chez l'édile, parce que ce magistrat est spécialement chargé des bonnes mœurs.
Les époux suivent le flambeau sacré, et, sur tout le parcours, le cortège, surtout quand c'est un riche mariage, se grossit de curieux, d'amis, de connaissances, d'une foule de gens portant des torches de bois de sapin et d'une multitude de gamins faisant des plaisanteries, disant des mots fort libres ; mais le bruit est couvert par les chants religieux on l'honneur d'Hymen, qui se prolongent tout le long de la route :
(1 Qi\f\ habitant des cieuxest plus digne de l'hommage des mortels? dieu d'hyménée, ô Hymen; ô Hymen, dieu d'hyménée.
« Le père t'invoque pour les siens ; pour loi la jeune fille dénoue sa ceinture ; et l'époux inquiet recueille d'une oreille avide tes chants joyeux.
« C'est toi qui livres aux mains de l'amant fo igueux la vierge florissante, ravie au sein de sa mère, dieu d'inmenée, ô Hymen, dieu d'hyménée.
«Sans toi, Vénus ne peut goûter des joies que l'honneur avoue; mais elle le peut sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu?
« Sans toi, nulle maison ne connaîtrait de postérité, le père ne renaîtrait pas dans sa race ; il y renaît sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu ?
« Privé de tes mystères sacrés, un pays ne pourrait donner des défenseurs à ses frontières : il le peut sous tes auspices. Qui oserait se comparer à un tel dieu? » (Catulle.)
L'arrivée du cortège. —C'est à l'arrivée du cortège devan tlo domicile conjugal que se passe la cérémonie caractéristique du mariage romain. L'époux va se placer devant sa porte, et il feint d'en barrer l'entrée : quand la mariée se présente, il lui dit : Qui e5>tu ? — Elle répond : Là où tu serasCaius, je serai Caia.— Ce mot, suivant Plutarquc, signifie: Là où tu seras maître et chef de maison, moi aussi je commanderai et je serai maîtresse de maison. On faisait remonter cet usage au temps
de Tarquin, dont la belle-fille, Caia Cœcilia, avait laissé la réputation d'une femme exemplaire.
Quand la mariée a fait à son époux la réponse consacrée, on lui présente une torche de pin enflammée et une coupe d'eau, dans laquelle elle mouille aussitôt ses doigts. Le feu est lemblème du foyer, et l'eau lustrale, que touche la mariée, représente les purifications et les cérémonies pieuses auxquelles elle va désormais participer avec son époux. Ensuite la mariée prend une bandelette de laine blanche qu'elle accroche à la porte pour indiquer qu'elle sera bonne fileuse, ce qui, dans les temps primitifs est synonyme de bonne ménagère, puis elle frotte les jambages de la porte avec un onguent qui écarte les maléfices. Pendant ce temps-là, le marié jette des poignées de noix et des petits hochets aux gamins qui, dans ces circonstances, afiluent toujours devant la maison : cet usage, qui est fort ancien, avait pour but de montrer qu'il renonçait à tout ce qui avait amusé son enfance.