Le rapt. — Au moment oii le cortège se présente devant la demeure de l'époux, les chants recommencent, mais ils changent de caractère et annoncent l'arrivée de la mariée dans la maison qui va devenir la sienne :
(( Habitant de la colline d'Hélicon, fils d'Uranie, toi qui livres la tendre vierge à l'époux, dieu d'hyménée, ô Hymen, dieu d'hyménée.
« Couronne ton front des fleurs de la marjolaine odorante. Prends ton voile; et, ceignant d'un brodequin jaune tes pieds blancs comme neige, viens joyeux parmi nous.
« Animé par la joie de cette journée, chante de ta voix argentine l'hymne nuptial, frappant la terre de tes pieds, agitant dans ta main ton flambeau résineux.
(i Conduis dans cette demeure la maîtresse qu'elle attend ; enchaîne à l'amour de son jeune époux son àme passionnée, comme le lierre fidèle étreint de ses mille replis l'arbre qu'il embrasse.
« Et vous, chastes vierges, pour qui luira bientôt un pareil jour, chantez aussi, chantez en chœur : Dieu d'hyménée, ô Hymen ; ô Hymen, dieu d'hyménée.
« Ouvrez les portes de cette demeure : la vierge s'avance. Voyez comme les flambeaux agitent leur ardente chevelure ; ne tarde plus, le jour fuit, parais, ô jeune épouse!
(i La pudeur ingénue retarde ses pas, et pourtant, déjà plus obéissante,
LE MARIAGE ROMAIN.
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elle pleure, car il faut venir. Ne tarde plus, le jour fuit, parais, ô jeune épouse !
« Enfants, élevez vos flambeaux: j'aperçois un voile qui s'avance. Allez, répétez en mesure : ô Hymen, ô Hyménée ; ô Hymen, ô Hyménée. » (Catulle.)
Alors a lieu le rapt qui se passe comme en Grèce : l'époux enlève sa femme et l'emmène dans sa maison, en ayant soin que ses pieds ne touchent pas le seuil de sa porte, qui est consacré à Vesta. Il remet ensuite à sa femme les clefs de la maison et il la mène au foyer de ses pères devant lequel ils récitent en commun des prières: puis les deux époux partagent un gtàteau de fleur de farine, cuit sur le feu sacré, et versent la libation devant les aïeux qui sont désormais ceux de la femme aussi bien que ceux de son mari. La noce ne suivait pas immédiatement le mariage comme en Grèce. Elle avait lieu le lendemain, et c'était la mariée qui ordonnait elle-même le festin, car elle était devenue maîtresse de maison.
Une peinture antique, connue sous le nom de noces aldobrandines montre différentes scènes relatives au mariage romain. Au milieu
Fi;;, 21G. — Nocos aldnbrandines. (D'après une peinture antique, à Rome.)
(fig. 216) l'époux, dont la tête est couronnée de feuillage, cause avec sa femme qui est assise sur le même lit et porte encore le grand voile nuptial. Sur Tun des côtés, la mariée (fig. 217) met la main dans le
bassin d'eau lustrale destinée à l'aspersion de la chambre, et de l'autre
Fiu'. ~1~. — Noces aidùbr^indines.
(fig. 218) trois femmes, dont Tune tient une lyre, sont occupées aux apprêts du sacrifice.
Fig. 218. — Noces aldobrandines.
Le lit nuptial était généralement très-éievé, et on y montait quelquefois par un petit escalier placé du côté des pieds. C'est ce que nous
LES ENFANTS ROMAINS.
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voyons dans une miniature du Virgile du Vatican, qui représente la mort de Didon ; la reine veut être brûlée sur le lit nuptial où elle va se donner Ja mort et elle a fait disposer le bûcher en conséquence. Toutefois cette
Fis. 219. — Le Ut de Dijon.
forme de lit nuptial appartient à l'époque romaine de la décadence et ne peut en aucune façon nous donner l'idée de ce qu'était un meuble analogue dans l'âge héroïque (fig. 219).
XIV
LES -ENFANTS ROMAINS
Les premiers soins. — La sage-femme. — L'horoscope. L'ÉDUCATION. — Prise de la toge virile.
Les pkemiers soins. — Dès que l'enfant est venu au monde, on l'enveloppe de langes et on lui prodigue les soins qu'il réclame.
Une peinture des Thermes de Titus nous nwntre un enfant nouveau-né dont on fait la première toilette. Tandis que la mère est couchée sur le lit et que la nourrice tient l'enfant, un personnage apporte le bassin pour les ablutions (fig. 220). Dans la famille impériale, ce bassin devait être en écaille-, c'est pour cela qu'un pêcheur ayant apporté la carapace
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
d'une tortue au père d'Albinus, celui-ci voulut qu'on y lavât son fils qui venait de naître et prédit la grandeur de l'enfant, qui fut en effet pru-clamé empereur, après la mort de Pertinax.
Fig. 220. — Nouveau-né. (D'après une peinture antique.)
La naissance d'un enfant cause ordinairement une grande joie dans la famille : on accroche des couronnes de fleurs à la porte de la maison; puis les visites se succèdent, et on ne manque pas de féliciter le père sur la ressemblance étonnante que son enfant présente avec lui. Au bout dequelques jours, la famille est conviée à la purification de l'enfant, solennité qui est toujours accompagnée de fêtes et de repas. La plus âgée des parentes fait au nom de la famille des vœux pour le nouveau-né. (( C'est, dit Perse, quelque grand'mère, quelque tante maternelle, femme craignant les dieux, qui tire l'enfant de son berceau ; et, d'abord avec le doigt du milieu, elle frotte de salive le front, les lèvres humides du nouveau-né pour le purifier; puis, elle le frappe légèrement des deux mains, et déjà, dans ses vœux suppliants, elle envoie ce débile objet de ses espérances en possession des riches domaines de Licin-ius. » Après la purification, on inscrit le nom de l'enfant sur le registie des actes publics.
Pendant toute l'existence d'un Romain, le jour anniversaire de sa naissance est l'occasion d'une fête qu'il olTre à sa famille, et de cadeaux qu'il reçoit.
La sage-femme. — C'est la sage-femme et non le médecin qui est appelée pour l'accouchement. Le médecin viendra ensuite donner ses soins à la malade, et prescrire le régime qu'il faudra suivre pour l'en-
LES ENFANTS ROMAINS.
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fant,. Mais il n'est pour rien dans l'opération. Aussi les sages-femmes formaient une classe nombreuse et fort employée. La sage-femme était habituellement prévenue d'avance et se tenait prête, mais quelquefois on avait besoin de son concours à un moment imprévu. Un esclave alors courait chercher la sage-femme : oii la trouvera-t-il, s'il n'y a pas d'enseigne qui fasse reconnaître la maison?
A Rome, toutes les professions s'annonçaient par une enseigne, mais aucun auteur n'a parlé des enseignes de sages-femmes. Cependant nous trouvons dans les musées des sculptures qui représentent des petits
Fig. aai. Fig. •m.
Nids d'enfants. (Sculptures antiques du musée du Vatican.)
nids d'enfants placés sur les branches d'un arbre. De nos jours, les enfants poussent sur des feuilles de choux. Il faudrait n'avoir jamais vu d'enseigne de sage-femme pour ignorer cela. Est-ce que les petits nids II. 22
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
d'enfauts qu"on voit au musée du Vatican n'auraient pas eu dans l'antiquité une signification analogue? C'est la seule explication qui me paraisse plausible pour ces curieux monuments. Et voyez comme cet usage facilitait la réponse à certaines questions embarrassantes que les enfants font quelquefois. Rien de plus simple avec les nids d'enfants : on invoque Junon, la déesse des mariages, on va dans le bois sacré, dont les arbres ne sont jamais coupés, et portent des petits nids pleins d'enfants : c'est ainsi que le gamin, dont la curiosité s'est éveillée, trouve tout naturel que ses parents lui aient apporté un petit frère ou une petite sœur.