L'horoscope. — Quand un enfant vient au monde, les Parques (ou les Moires) président à sa destinée, et l'arrêt qu'elles ont rendu est iné-\itable; les dieux eux-mêmes ne sauraient le modifier. « Aujourd'hui, disent les dieux, nous sommes tous descendus de l'Olympe pour prendre part à ce combat et empêcher qu'Achille n'ait à souffrir de la part des Troyens. Cependant il doit subir le sort que les Parques lui ont filé à sa naissance lorsque sa mère le mit au monde. » (Homère.) La croyance à une destinée fixée dès la naissance était commune aux Grecs et aux Romains.
Un bas-relief antique (fig. 223) nous montre les Parques assistant à
Fig. 223. — L'iiùroscope (d'après un bas-relief antique}.
la naissance d'un enfant. Le monument présente plusieurs scènes réunies à côté l'une de l'autre suivant la coutume anlique. A gauche, on voit les
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époux qui se donnent la main; adroite, la mère qui regarde le nouveau-né que sa nourrice est en train de laver, tandis qu'une servante tient les langes dont on va l'envelopper. Derrière sont les Parques qui tirent l'horoscope sur un globe placé devant elles. On n'en voit que deux, mais habituellement il y en a trois : Clotho qui file, Lachésis qui marque les événements de la vie, et Atropos qui s'apprête à couper au moment voulu le fil de la destinée.
La mère sait que les Parques sont présentes, lorsque son enfant vient au monde, mais elle ne connaît pas leur arrêt, et elle a recours à la magicienne, qui vient dire la bonne aventure du nouveau-né. La magicienne (ûg. 224) a une grande importance dans le monde antique; mais son importance double, au mcmmt oii il naît un enfant, car elle connaît les formules qui peuvent conjurer une destinée fâcheuse, et si elle n'a '-pas la puissance d'empêcher les arrêts '''°- ^■^-'- ~ Magicienne. de s'accomplir, elle possède des recettes iDaprès une statue antique.) pour tourner les diCTicultés prévues et tromper le destin tout en ayant l'air de s'y conformer.
L'ÉDUCATION. — Nous avons déjà parlé, à propos des Grecs, des premières années de l'enfance, qui devaient se passer à peu près de la même manière chez les Romains.Voici (fig. 225 et 226) deux petites poupées romaines qu'on pourrait comparer avec la poupée grecque représentée plus haut (fig. 143). Elles sont d'un travail beaucoup plus soigné, ce qui semblerait démontrer qu'elles ont appartenu à des enfants d'une classe plus aisée.
A Home, comme en Grèce, la direction des garçons était confiée à un précepteur qui s'occupait de l'instruction des enfants en même temps que de leur éducation.
Il fallait d'abord faire faire à l'enfant ses premières études, et, dans l'antiquité comme de nos jours, cela n'était pas toujours une besogne aisée. Vous souvient-il, dans Perse, du maître qui éveille son élève
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
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et veut le faire lever? « Enfin le voilà avec son livre, avec le parchemin bicolore, dont le poil est tombé, avec les cahiers et le roseau noueux
entre les mains. Nouvelles plaintes alors : tantôt c'est l'encre trop épaisse qui ne veut point quitter la plume ou qui, trop délayée, ne marque plus sur le papier; tantôt c'est la plume qui laisse deux traces au lieu d'une...» Le précepteur était pres([ue toujours un lellré, qui remplissait les mêmes fonctions que dans nos sociétés modernes. Mais il était plus directement attaché à la famille, qu'il ne quittait pas lorsque le jeune homme était devenu grand, parce qu'il était considéré comme un aide et un conseiller, moins élevé par le rang et la position que les membres de la famille, mais supérieur par son savoir et son expérience. 11 arrivait quelquefois que le précepteur ne méritait pas la confiance que les parents avaient en lui, et qu'il devenait le corrupteur du jeune homuie dont l'éducation lui avait été confiée. Les écrivains comiques ont souvent exploité cette situation.Tantôt le maître se fait le complice de son élève; tantôt il se vante de la manière dont il a su le diriger dans la vie. « Par-minon. — J'ai un mérite dont je fais mon principal titre de gloire : c'est que j'ai trouvé une occasion de mettre ce jeune adolescent au fait du caractère et des mœurs des courtisanes. Du moment qu'il les aura connues de bonne h:ure, il les détestera à tout jamais. Dehors, en public, elles paraissent tout ce qu'il y a de plus propre, de mieux tenu, de plus élégant. Lorsqu'elles soupent avec un amoureux, elles font la petite bouche. Mais il faut voir leur gloutonnerie, leur saleté, leur dénù-ment, lorsqu'à la maison elles ne conservent plus de décorum et ne pensent qu'à manger. Il faut les voir dévorant un pain noir qu'elles trempent dans du bouillon de la veille. Quels salutaires enseignements pour la jeunesse que toutes ces révélations! » (Tércncc, l'Eunuque.)
Fig. 225.
Poupées romaines.
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Prise de la toge virile. — La prise do la toge virile est l'acte le plus important de 1 existence d'un jeune Romain. « Tu n'as pas oublié, écrit Sénèque à Lucilius, quelle a été ton allégresse, lorsque tu as déposé la prétexte pour prendre la toge virile et que tu as été conduit au forum. )) C'est qu'en effet, quand un Romain a pris la toge virile, il a cessé d'être un enfant et il est devenu un citoyen. Cet acte solennel, qui est une déclaration de majorité, impliquait à Rome un changement de costume. Tant que l'enfant a appartenu à ses parents, tant qu'il n'a pas eu de vie propre et qu'il a été gouverné par sa mère, il a porté la robe prétexte bordée d'une bande de pourpre; il a été couvert d'amulettes protectrices, et surtout il n'a pas oublié de suspendre à son cou la huila.
La bidla (fig. 227-228) était une amulette en même temps qu'un bijou.
Flg. 227.
Fig. ■^■is.
Bulles.
Son nom lui vient de la ressemblance qu'elle avait avec une boule d'eau. Pour les Romains c'était la marque de l'adolescence. Dans les familles riches, la huila se composait de deux plaques d'or attachées ensemble et formant un globe complet 'dans lequel était enfermée l'amulette. Pour les pauvres, la bulla était faite de buis au lieu d'or, mais c'était toujours un bijou sacré.
Le jour où le jeune homme devait prendre la toge virile, il enlevait la hulln qu'il avait toujours portée attachée au cou, et allait la mettre à celui des dieux lares. Ce jour-là, la famille entière était réunie, et, en présence des parents, on remettait la toge au jeune homme, qui se plaçait sous l'invocation des dieux (fig. 229).
CONSTITLTIO.N DE LA FAMILLE.
Dans toutes les familles cette fête avait lieu le même jour, le 16 des calendes de mars, au moment des fêtes de Bacchus. 11 est assez difficile d'expliquer la raison de cette date, et les auteurs anciens ne donnent pas à ce sujet d'explications bien satisfaisantes. « C'est peut-être, dit Ovide, parce que Bacchus est toujours jeune et que son âge tient le
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milieu entre la maturité et l'enfance; ou bien c'est parce qu'ilest père, et que nos pères veulent nous confier, tendres gages de leur amour, à ses soins et à sa vigilance ; ou bien c'est parce que son nom est Liber, et que c'est sous ses auspices que doit se prendre la toge libre et la route d'une vie libre. » Quoi qu'il en soit, le jeune homme doit offrir ce jour-là un gâteau de miel à Bacchus. Dès le matin de cette fête solennelle, une
PLATS ET USTENSILES ROMAIKS.
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multitude de femmes couronnées de lierre, la plante consacrée au dieu, encombrent les rues et vendent des gâteaux de miel aux familles qui se rendent à son autel, en compagnie du jeune citoyen. Quand la cérémonie est terminée, il y a un festin en l'honneur de Bacchus, et les coupes n'y sont pas oubliées. Le lendemain, l'enfant devenu homme ira au forum se mêler aux affaires publiques, s'attachera à un jurisconsulte pour apprendre la législation, ou partira aux armées faire acte de citoyen.