Les brasiers étaient quelquefois munis de créneaux qui rappelaient l'enceinte des villes fortifiées. En voici un (figure 2^1) qui affecte abso-
Fig. 241. — Brasier en forme de citadelle. (Musée de Naples.)
lument la forme d'une citadelle. Non seulement les murs sont crénelés, mais chaque angle est muni d'une tour carrée également crénelée.
PLATS i;t ustensiles romains.
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Lo mécanisme intérieur de ce brasier n'est pas moins curieux que son aspect. En effet, les quatre tours des encoignures sont creuses et pourvues d'un couvercle : elles forment en réalité quatre bouilloires pouvant contenir un liquide, qui, par le moyen de canaux pratiqués dans l'épaisseur des murs, communique à un robinet, qu'on voit sur la face dessinée dans l'ombre. Le feu se plaçait au milieu, entre les quatre tours, et, en mettant des tiges de fer entre les créneaux d'un mur et ceux du mur opposé, le foyer pouvait chauffer ou maintenir chauds plusieurs mets à la fois. Des charnières placées contre la muraille servaient à transporter ce curieux ustensile.
Coupes et tasses. — On se servait dans les festins de tasses et de coupes d'un travail extrêmement soigné et souvent sculptées à l'extérieur. Ces tasses étaient destinées à des cadeaux qu'on faisait aux invités ; car dans les festins il était d'usage d'emporter comme souvenir la coupe ou la tasse dans laquelle on avait bu. Le musée deNaples en possède i(u. iques-unes qui sont pourvues d'inscriptions. L'une d'elles est fort turieuse (fig. 242) parce qu'elle vient à l'appui de ce que racontent les
Fjg. 242. — Coupe de terre cuite.
écrivains qui ont parlé des mœurs antiques. Sa décoration est formée par trois zones superposées qui entourent la panse du vase. La zone supérieure est composée d'oves et dans la zone inférieure on voit des animaux courant au travers de broussailles. Sur celle du milieu on lit l'inscription suivante : bibe amice de meo; chaque lettre est séparée de la suivante par une feuille d'eau, et, entre le commencement et la fin de l'inscription, on voit une tête de femme sous une guirlande de feuilles et entre deux caducées. La personne qui invite (sans doute celle dontle portrait est gravé sur la tasse) fait un appel gracieux de prendre part à
ses richesses, que symbolisent [les deux caducées placés près du portrait. Les cadeaux qu'on offrait ainsi pouvaient être quelquefois d'un grand prix, car les anciens, à partir des périodes macédonienne et romaine, se servaient fréquemment de vaisselle d'argent et même d'or. La figure 2/|3 nous montre une jolie tasse en argent, avec un gracieux
t'ig. 243. — Tasse en argeut.
feuillage de vigne ciselé tout autour. Quelques-unes de cestasses étaient remarquables par leurs ciselures, et par suite fort recherchées par les amateurs.
Un usage romain, dont il est assez difficile d'expliquer l'origine, consistait à effeuiller les couronnes dans les coupes et à avaler ensuite le vin contenant les pétales; c'est ce qu'on appelait boire les couronnes. Pline raconte à ce sujet l'anecdote suivante : « Lorsqu'on faisait les préparatifs de la bataille d'Actium, Antoine, devenu défiant, redoutait jusqu'aux présents de la reine; il ne mangeait rien qu'on en eût fait l'essai. Cléopâtre, s'amusant de ses frayeurs, mit sur sa tète une couronne de fleurs dont les bords avaient été empoisonnés. Bientôt, profitant delà gaieté des convives, elle invita Antoine à boire les couronnes. Était-ce le moment de soupçonner une trahison? 11 arrache les fleurs et les jette dans la coupe. Déjà, il allait boire; elle l'arrêta : Antoine, lui dit-elle, voilà cette femme, contre laquelle tu prends des précautions si extraordinaires. Crois-tu que je manquerais de moyens ou d'occasions, si je pouvais vivre sans toi? » Un criminel amené en sa présence but la coupe par son ordre et expira sur-le-champ.
PLATS ET USTENSILES ROMAINS.
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Les bouteilles. — Les bouteilles n'avaient pas dans le service de la table l'importance qu'elles ont prise de nos jours. On en faisait
pourtant en terre, en bronze et même en verre -(fig. 2/i4). Mais ces dernières étaient généralement assez rares. Au reste, on ne donnait pas aux bouteilles l'usage pour lequel nous les employons
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Fig. 244. — Bouteille.
Fig. 245. — Huiber ou porte-bouteilles.
aujourd'hui. Elles contenaient rarement du vin, mais plutôt de l'huile ou d'autres liquides comestibles. Ainsi le porte-bouteilles découvert à Pompéi et représenté sur la figure 245 est probablement un huilier. Les bouteilles sont en verre et le porte-bouteilles en terre cuite.
Les cuillères. —On a trouvé à Pompéi un certain nombre de cuil-
Fig. 246.
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Fig. 247. Fig. 248.
CuiUères trouvées à Pompéi.
Fig. 249.
lôres dont le manche imite tantôt une baguette ornée d'une boule, tantôt une patte d'animal. Quant au récipient, il est absolument pareil à II. 24
CONSTITUTION DE LA FAMILLE.
celui des cuillères dont nous nous servons aujourd'hui, comme on peut s'en convaincre par les figures ci-dessus, figures 2/i6 à 249.
Quant à la question si controversée des fourchettes, il est difiicile à présent d'en parler avec certitude. Le silence des auteurs a fait croire généralement que la fourchette de table était inconnue des anciens ; cependant l'opinion contraire a trouvé aussi des partisans, et ils s'appuient sur deux objets antiques qui ressemblent, quoique d'assez loin, à nos fourchettes. Le premier, qui est en argent, est pourvu d'un manche en forme de pied de biche et de deux dents pointues et assez écartées l'une de l'autre: c'est une petite fourche, plutôt qu'une véritable fourchette. Elle a été découverte sur la voie Appienne et a appartenu au comte de Caylus : mais l'authenticité de cette pièce comme objet antique a été plusieurs fois révoquée en doute. 11 n'en est pas de même de l'autre fourchette : celle-ci a été trouvée dans un tombeau de Pœstum et serait, par conséquent, d'origine grecque. Elle est pourvue de cinq dents, mais est-ce une fourchette de table '?
On se servait, pour manger les confitures, les crèmes et autres sucreries dont les dames romaines étaient si friandes, de petites cuillères