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Outre les personnes qui avaient reçu des invitations directes, il arrivait souvent des convives inattendus, car, si un parent ou un ami intime venait vous rendre visite, il était du plus mauvais goût de ne pas le retenir à souper. « Êtes-vous surpris, nous dit Horace, par un convive attardé qui s'invite à diner chez vous? vite on tue un poulet; mais, pour qu'il soit tendre et de facile digestion, vous l'avez plongé au préalable et tout palpitant dans un baquet de vin nouveau. »

Malgré la recette donnée par le poëte latin, l'arrivée d'un ou de plusieurs convives qu'on n'attendait pas, devait bien quelquefois causer un certain embarras à celui qui recevait ou à son cuisinier. Mais cet embarras n'existait que pour les personnes de fortune médiocre, car les riches Romains, pour qui la liste civile de nos rois modernes ne constituerait qu'un maigre revenu, n'étaient pas embarrassés pour si peu de chose. Voici, à ce sujet, un trait singulier, que rapporte Plular-que dans la vie de Lucullus.

« Comme il n'était question dans la ville que de la magnificence de Lucullus, Cicéron et Pompée l'abordèrent un jour qu'il se promenait tranquillement sur la place publique. Cicéron, qui était son intime ami, lui demanda s'il voulait leur donner à souper. « Très volontiers, répondit « Lucullus, vous n'avez qu'à prendre jour. — Ce sera dès ce soir, reprit <i Cicéron, mais nous voulons votre souper ordinaire. » Lucullus s'en défendit longtemps, et les pria de remettre au lendemain ; ils le refusèrent et ne voulurent pas même lui permettre de parler à aucun de ses domestiques, de peur qu'il ne fit ajouter à ce qu'on avait préparé pour lui. Alors il leur demanda seulement de luilaisser diredcvanteux

à un de ses gens, qu'il souperait dans l'Apollon ; ce qu'ils lui accordèrent. C'était le nom d'une des salles les plus magnifiques de sa maison; et, par ce moyen, il les trompa sans qu'ils pussent s'en méfier. 11 avait pour chaque salle une dépense réglée, des meubles et un service particulier; et il suffisait à ses esclaves qu'on nommàtia salle danslaquelle il voulait souper, pour savoir quelle dépense il fallait faire, quel ameublement et quel service ou devait employer. Le souper dans la salle d'Apollon était de ciiiquanlc mille drachmes (environ quarante-trois mille cinq cent francs). On dépensa ce soir-là cette somme ; et il étonna Pompée autant par la magnificence du souper que par la promptitude avec laquelle il avait été préparé. »

Les civilités. —Quand un Romain arrive dans une maison où il doit souper, les esclaves s'occupent de sa toilette de convive. On lui ôte ses chaussures, on lui parfume les pieds, et on le revêt d'une synthèse, tunique blanche sans ceinture, fournie par le maître de la maison, et qui se portait dans les festins. L'invité apportait habituellement une serviette dans laquelle il emportait en sortant de table quelques friandises pour les ofl'rir à ses parents et à ses amis.

L'entrée dans la salle du festin avait une certaine étiquette que Pétrone décrit ainsi dans le festin deïrimalcion : «Au moment où nous nous disposions à entrer dans la salle du banquet, un esclave, chargé de cet emploi, nous cria : — Da pied droit! — 11 y eut parmi nous un moment de confusion, dans la crainte que quelqu'un des convives ne franchît le seuil sans prendre le pas d'ordonnance. »

Parmi les usages romains dont il ne serait pas impossible de retrouver la trace de nos jours, il y en a un qui consistait à faire certaines petites réserves, lorsqu'on était invité à souper. On suppliait la personne qui vous invitait de ne pas se mettre en frais, de ne faire aucun extra; en acceptant, c'était toujours sous la condition expresse qu'on aurait un petit repas intime, sans cérémonie, car on y allait uniquement pour le plaisir de se voir, de causer un peu ensemble, et nullement pour celui de bien dîner. Dans sa comédie intitulée \e Soldai fanfaron^ Plante tourne cet usage en ridicule : —« Plemide. Puisque vous le voulez, au moins ne prenez pas tant de choses; pas de folies, le moindre repas me suffit.— Périplcctomene. Eh! laissez donc cette vieille formule des anciens jours. C'est un compliment de petites gens que vous me faites là, mon cher hôte. Ils sont à peine à table, on ne fait que de servir, vous les entendez dire : A quoi bon vous mettre en si grands frais

poumons? Par Hercule! cela n'est pas raisonnable; voilà à manger pour dix personnes. Ils se plaignent qu'on ait fait tant de provisions pour eux; mais, en attendant, ils les expédient beletbien.Les mets ont beau être nombreux, jamais ils ne disent : Faites enlever celui-là; ôtez ce plat; qu'on desserve ce jambon, je n'en veux pas; mettez de côlé ce quartier de porc avec sa queue; voilà un congre qui sera excellent à manger froid; retirez-le, allons, enlevez! Non, vous n'entendrez dire cela à personne. Ils s'allongent, se couchent à moitié sur la table pour arriver aux plats. »

Les coutumes que l'on devait observer à table formaient un code de civilité assez compliqué, et on no pouvait y manquer sans passer pour inconvenant. Lucien dépeint ainsi l'embarras d'un philosophe instruit, mais dépourvu de l'usage du monde, qui se trouve, contrairement à ses habitudes, invité à la table d'un homme opulent. «Tu te crois déjà dans le palais de Jupiter; tu admires tout; tu ne cesses d'avoir la tête en l'air; tout est pour toi nouveau, inconnu ; cependant tous les esclaves ont les yeux sur toi et chacun des convives épie tes actions. Ils remarquent ton étonnement, ils se rient de ton embarras et concluent que tu n'as jamais mangé chez un riche, de ce que l'usage d'une serviette te semble extraordinaire. Il est aisé, du reste, de voir ta perplexité à la sueur qui te monte au visage : tu meurs de soif, et tu n'oses demander à boire; tu crains de paraître trop aimer le vin; do tous les mets variés qui sont placés et rangés devant toi avec symétrie, tu ne sais, sur lequel tu dois d'abord porter la main; tu es contraint de regarder ton voisin à la dérobée, de le prendre pour modèle et d'apprendie de lui l'ordre qu'il faut suivre dans un repas... Mais voici le moment où l'on porte les santés. Le patron demande une large coupe, il te salue en l'appelant son maître ou en te donnant quelque autre titre. Tu reçois la coupe, mais tu ne sais que répondre à cause de ton embarras, et tu y gagnes la réputation d'un homme mal élevé. »

Les parasites. — De tous les usages relatifs aux repas, le plus curieux est celui des parasites, sorte de gens qui faisaient leur état de dîner en ville, et qu'on invitait pour divertir la société. Ils n'avaient pas les honneurs des lits, et se tenaient ordinairement sur des bancs. 11 y avait trois espèces de parasites : les railleurs, dont la profession était de se moquer de tout, de raconter les nouvelles et de faire des bons mots ; les flatteurs, qui devaient à tout propos faire des compliments ou trouver des mots aimables, et les souffre-douleurs, qui étaient spô-

cialement chargés de supporter non-sculcment les quolibets, mais encore les farces de toute sorte et même les coups pour amuser les convives.

Les écrivains latins parlent fréquemment des parasites, parmi lesquels on comptait quelquefois des jeunes gens de bonne famille, qui s'étaient ruinés au jeu ou dans les orgies. Lesparasitesétaient la plupart du temps des gens déclassés, doués d'un certain esprit de saillie, qu'ils exploitaient au jour le jour pour avoir de temps en temps un souper. Ce triste métier de faiseurs de bons mots jurait singulièrement avec l'ancienne fierté romaine. Aussi Juvénal parle avec indignation de ces descendants d'Énée qui recherchent les tables somptueuses où ils sont insultés par les valets et traités avec dédain par le maître de la maison.