Fig. *2~G. — Costume dace.
peuples qui ont combattu ensemble les Romains et qui sont représentés sur les monuments d'une manière à peu près semblable. Ils étaient absolument inconnus des Romains avant la guerre que Trajan a entreprise conire eux, au commencement du n" siècle de notre ère. Les colonnes Trajane et Antonine, ainsi que les arcs de triomphe dont les bas-reliefs retracent les victoires de l'empereur sur ces Barbares, fournissent quelques documents sur leur costume (fig. 275-276).
CONSTITUTION DE LA FA3IILLE.
Nous les voyons couverts de larges pantalons descendant jusqu'à la cheville et quelquefois chaussés de gros souliers ferrés qui se nouent avec des cordons. Le haut du corps est assez souvent nu, mais plus sou-
Fig. ï"ï7. — Costumes daces (colonne Trajane).
vent encore il est couvert d'une tunique en toile et d'un mafileau jeté par-dessus (fig. 277-278). On eu volt aussi qui porieat une longue
Fig. 278. — Daces et Surmates (colonne Trajane^.
jupe reliée à une esp{?cc de corsage, avec des manches descendant jusqu'au poignet. Leur bonnet a la forme d'un cône aplati.
LES BARBARES.
223
La figure 27',) représente des femmes et des enfniits barbares faits prisonniers et implorant leur grâce de l"empereur. Le petit garçon, comme tous les Barbares, porte un pantalon et une tunique à manches sur laquelle est jeté un manteau. La femme et la petite fille ont aussi un long vêtement pourvu de manches, et la femme porte un grand voile sur la tête.
Stralîon, en parlant des populations qui habitent les bords du Danube, nous fournit quelques renseignements curieux sur les mœurs qu'on leur attribuait de son temps. « Suivant Posidonius, dit-il, ce sont des populations tranquilles et pieuses qui, par dévotion, s'abstien-
Fig, 'î'iO. — Famille barbare implorant les RomaiDS ( colonne Antonine).
lient de rien manger qui ait eu vie et se privent, à cause de cela, de la chair même de leurs troupeaux, pour ne se nourrir que de miel, de lait et de fromage. Il existe, selon lui, chez tous ces peuples, des hommes qui se vouent au célibat et qui, revêtus par là comme d'un caractère sacré, sont honorés des populations et protégés contre toute insulte. » Strabon conteste l'authenticité de ces récits, qu'il considère comme contraires au caractère bien connu des Thraces, des Gètes et de tous les peuples riverains du Danube. « Voyez plutôt, dit-il, le portrait que Mé-nandre a tracé d'eux (et évidemment il n'invente rien, il peint d'après nature) : « Nous autres Thraces, tous tant que nous sommes, nous autres « Gètes surtout (car je suis Gète et je me fais gloire de mon ori-« gine),nous ne sommes pas précisément des modèles de continence. » Ce que le poète explique un peu plus bas un donnant de cet amour
COiXSTITUTION DE LA FAMILLE.
immodéré des femmes les exemples que voici : « Chez nous, jamais « on ne se marie à moins de dix, onze ou douze femmes, quand on « n'en épouse pas davantage. Et si, par hasard, quelqu'un vient à mou-ce rir n"en ayant épousé que quatre ou cinq, savcz-vous ce que disent « les gens du pays? Le pauvre homme! mais il n'a point été marié ! » « Et bien d'autres témoignages, ajoute Strabon, conOrment ce que dit ici Ménandre. Or, on Tavouera, il n'est guère vraisemblable que des peuples qui font consister le malheur de la vie à n'avoir pas un grand
Fig. 280.
Fig. 281.
Prisonniers barbarys.
nombre de femmes, regardent en même temps comme l'homme vertueux, comme le juste par excellence, celui qui se voue au célibat. S'il était vrai d'ailleurs qu'aux yeux des Gètes, les plus fervents adorateurs de la divinité fussent précisément les hommes qui fuient le commerce des femmes, il y aurait là quelque chose de tout à fait contraire aux idées reçues partout, car c'est aux femmes généralement qu'on attribue l'initiative des pratiques religieuses, et ce sont bien elles en effet qui entraînent les hommes dans tous ces excès de zèle à l'égard des dieux, dans ces fêtes, dans ces prières et adorations perpétuelles, tandis qu'il est rare de voir un homme vivant seul se livrer à de semblables pratiques. )) (Strabon.)
Les figures 280 et 281 représentent des prisonniers barbares dont
LES BARBARES.
225
il est assez difficile de préciser la nationalité, leur costume n'ayantrien qui se rattache directement à un peuple déterminé ; mais comme elles sont tirées d'un monument élevé sous Théodose, on peut croire que ces personnages devaient habiter dans le voisinage du Danube ou sur les bords du Pont-Euxin.
Les Scythes. — Les monuments nous fournissent quelques renseignements sur les costumes des Scythes ; les Grecs avaient des colonies en Tauride (Crimée), et dans les fouilles exécutées dans cettecon-
Flg. •282. Fig. 283.
Custumes scythes (d'après les ciselures d'un vase trouvé dans un tombeau en Tauride).
trée, on a retrouvé des vases avec des ciselures qui représentent les habitants du pays avec lesquels ils avaient établi des rapports. La figure 282 nous montre un Scythe en train d'arranger la corde de son arc. Son bonnet, qui retombe par derrière de manière à couvrir le cou, est pointu par le haut; mais cette pointe ne se rabat pas en avant comme dans le bonnet phrygien. Il porte une tunique à manches collantes, serrée à la taille par une ceinture et un pantalon à larges bandes entrant dans des bottes qui montent jusqu'à mi-jambes. Le môme costume se retrouve sur la figure 283, sauf qu'un des deux personnages a une coiffure différente: l'autre est pourvu d'un bouclier rectangulaire arrondi dans les angles.
On peut affirmer que, par-dessus les vêtements que nous voyons représentés sur les monuments, les Scythes portaient souvent une peau de bête en guise de manteau; la rigueur du climat l'exigeait.
Voici d'ailleurs un passage d'Hérodote qui est significatif : « Il paraît que ces peuples sont des enchanteurs. En effet, s'il faut en croire les II. 29
Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque homme se change une fois par an en loup pour quelques jours et reprend ensuite sa première forme. Mais les Scythes ont beau dire, ils ne me feront pascroire de pareils contes; ce n'est pas qu'ils ne les soutiennent et même avec serment. » On peut conclure de là que, dans le canton des Neures, dont Hérodote parle ici, on portait des peaux de loups pendant les grands froids et qu'on les quittait ensuite. Les peuplades voisines ont sans doute cru qu'ils devenaient de véritables loups et ont raconté cela aux Grecs de la Tauride.
La plupart des Scythes étaient nomades.
Hérodote nous donno les renseignements suivants sur leurs habitations et leur façon do vivre : « Les Scythes sont, de tous les peuples que nous connaissions, ceux qui ont trouvé les moyens les plus sûrs pour conserver les avantages les plus précieux; mais je ne vois chez eux rien autre chose à admirer. Ces avantages consistent à ne point laisser échapper ceux qui viennent les attaquer et à ne pouvoir pas être joints quand ils ne veulent pas letre, car ils n'ont ni villes ni forteresses. Ils traînent avec eux leurs maisons; ils sont habiles à tirer de l'arc étant à cheval. Ils ne vivent point des fruits du labourage, mais du bétail, et n'ont point d'autres maisons que leurs chariots. Comment de pareils peuples ne seraient-ils pas invincibles, et comment serait-il aisé de les joindre pour les combattre? Ils ont imaginé ce genre de vie, tant parce que la Scythie y est très-propre, que parce que leurs rivières la favorisent et leur servent de rempart. Leur pays est un pays de plaines, abondant en pâturages et bien arrosé; il n'est, en effet, guère moins coupé de rivières que l'Egypte ne l'est de canaux. » Telles étaient, suivant l'historien grec, les mœurs des Scythes, qui sont les ancêtres des Cosaques et desTartares modernes.