Le costume des femmes devait nécessairement différer de celui des hommes, puisqu'une loi interdit aux hommes de porter un manteau de femme. La pièce caractéristique était le voile, qui de tout temps a été l'attribut des femmes en Orient; mais il n'est pas démontré que les femmes juives se soient caché le visage avec autant de rigueur que les musulmanes modernes. Rebecca reste le visage découvert quand elle parle à Éliézer et n'abaisse son voile que lorsqu'elle voit arriver Isaac, son flancé. Il est néanmoins probable que dans les rues et les endroits publics les femmes étaient habituellement voilées.
Les hommes et les femmes avaient le plus grand soin de leur chevelure, qu'ils portaient longue et touffue. Une loi défendait de raser la chevelure à la façon des Arabes, qui, par suite d'une pratique religieuse, ne laissaient qu'une grosse mèche au milieu de la tête, et il était surtout obligatoire de laisser croître les coins de la chevelure, c'est-à-dire la partie qui couvre les tempes. C'était pour se distinguer des peuples voisins qui se rasaient le tour de la tête, ce qui les fait appeler par Jérémie les hommes au coin coupé : le prophète fait allusion aux cheveux frisés et aux tresses des femmes. Un bandeau ceignant le front,
et qui, chez les femmes riches, était recouvert d'une plaque d'or, servait à maintenir la chevelure.
Les hommes tenaient beaucoup à leur barbe qu'ils portaient fort longue, ce qui était considéré comme une grande beauté : la plus grande injure qu'on pût faire à un Hébreu était de porter atteinte à sa barbe. On se servait d'huiles odoriférantes et de parfums divers pour oindre la barbe et les cheveux.
Les liommes portaient toujours avec eux un anneau à cacheter et un bâton orné. Hérodote signale le même usage parmi les Babyloniens; mais il est certainement fort ancien parmi les Hébreux, puisque Thamar demande à Juda, comme gage, le bâton qu'il tient à la main. L'anneau se^portait à un doii,'t de la main droite.
Les femmes portaient des bijoux que leur vendaient en général des marchands phéniciens. C'est contre ce luxe corrupteur, provenant de l'étranger, que les prophètes s'élèvent continuellement. « Le Seigneur, dit Isa'ie, viendra vous enlever vos magnifiques boucles de pieds, vos filets de perles, vos croissants d'or, vos boucles d'oreilles, vos chaînons et vos voiles, vos rubans de tête et vos petites chaînes de pieds, vos ceintures, vos flacons de senteur et vos amulettes, vos bagues et vos pendants de nez, vos manteaux et vos miroirs. »
Outre ces bijoux, il faut signaler des anneaux qui se passaient dans la narine, où l'on pratiquait à cet effet un petit trou, et retombaient jusque sur les lèvres. C'est à cela qu'il est fait allusion dans les proverbes quand on compare la beauté d'une femme sans sagesse à un anneau d'or placé au museau d'une truie. On peut ajouter encore parmi les bijoux diverses espèces d'amulettes, dont les peuples d'Orient ont toujours été couverts, et qui, chez les Juifs, contenaient probablement des sentences ou des textes extraits de la loi.
Costume phénicien. — Les Phéniciens, pas plus que les Juifs, n'ont laissé de monuments, et, comme ils n'ont pas non plus laissé de livres, on est, pour ce qui les concerne, dans une incroyable pénurie de documents. Le vêtement qu'ils portaient avait probablement une grande analogie avec celui des Hébreux, et, comme le peuple phénicien était beaucoup plus industrieux, il fabriquait une foule d'objets que les peuples voisins, et notamment les Israélites, s'empressaient d'acheter, en échange de montons et de denrées alimentaires qui manquaient à la Phénicie. Ainsi les bijoux dont parlent les Écritures étaient certainement d'origine phénicienne, et, quoiqu'on en ait fort peu.
LE COSTUME EN OUIENT.
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ceux que l'on possède peuvent approximativement déterminer un style. Les figures 289 et 290 représentent des bijoux qui sont maintenant au Louvre et qui ont été trouvés parmi les fouilles faites à Camiros, dans l'île de Rhodes. M. Salzmann, qui les a découverts, les considère comme provenant de fabrication phénicienne, et en fait remonter la date au vni° siècle environ avant notre ère. « Ces bijoux, dit M. Salzmann, sont en or fin. Les parties planes sont formées de deux
Fig. 289. Fit;. SOO.
Bijoux en or, de fabrication phénicienne, trouves dans rilc de Rhodes,
(Musée du Louvre.)
plaques battues au marteau et soudées l'une à l'autre par les bords. Certains ornements de la plaque supérieure font corps avec elle et ont été exécutés au repoussé; d'autres y sont soudés après avoir été travaillés isolément ; de plus, les surfaces unies sont couvertes d'ornements en filigrane et en granules. Toutes les soudures sont faites à l'or fin. Pour consolider cet ensemble, on a soudé derrière les plaques intérieures des fragments et des fils d'or d'une épaisseur et d'un diamètre H. 30
LE VÊTEMENT.
Ruffisants pour soutenir les plaques et les empêcher de ployer sous la moindre pression. »
Le costume assyrien. — Les jurandes figures sculptées et surtout les bas-reliefs réunis dans la grande salle des Taureaux au musée _
du Louvre nous fournissent des renseignements assez complets sur le costume assyrien. Ce costume se compose de deux parties distinctes, une tunique formant le vêtement de dessous et un manteau frangé jeté par-dessus. Un personnage ailé et à tête d'aigle nous montre clairement le vêtement de dessous des Assyriens. Nous lui voyons une petite jupe serrée et presque collante, qui descend jusqu'aux genoux, ou plutôt qui s'arrête un peu au-dessus du genou (fig. 291). Cette jupe est décorée d'une grecque par le bas, et d'un appendice, également orné d'une grecque. Cet appendice, placé sur le côté, supporte un gros gland, qui pend jusqu'au milieu de la jambe et qu'on retrouve sur plusieurs monuments. Le personnage ici représenté a les bras nus et lient dans la main gauche un petit panier.
Dans la belle figure du Louvre connue sous le nom de personnage au lion, ou Hercule assyrien, on entrevoit la tunique ornée de glands par le bas; par-dessus cette tunique est jeté un manteau bordé de franges et décoré de riches broderies. Mais ce manteau est ouvert de telle façon que, dans la marche, la jambe qui se porte en avant se trouve complètement dégagée. Nous avons déjà donné la représentation de ce monument tome I, fig. 258, et on a vu d'autres robes assyriennes sur les figures 137 et 138 du tome I". Les personnages repré-
Fig. -201. Personnage au sceau. ^Sculpture au Louvre.)
LE COSTUME EN ORIENT.
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sentes sur ces monuments sont tous de face ou de profil : la figure 292, qui représente un personnage vu de dos, nous montre de quelle manière le manteau frangé se présente par derrière.
Un convoi de prisonniers, figuré sur un bas-relief assyrien du Louvre, montre plusieurs sortes de vêtements usités dans le vaste empire dont nous nous occupons. Ces prisonniers sont de deux sortes : ceux qui sont enchaînés et qui probablement sont des rebelles qu'on va châtier, et ceux qui apportent le tribut dû par leur province. Ils traversent une forêt de palmiers, et sont conduits par de3 soldats. La figure 293 présente cinq prisonniers qui marchent à la file et deux soldats qui les suivent. Ces prisonniers ne sûJit pas attachés et tiennent différents objets dont il est assez difficile de préciser la nature : les premiers sont pourvus d'une espèce de sac qui pend sur leur épaule et contient probablement du grain. Il y en a deux qui tiennent à la main un grand poisson et un autre qui porte des liges de plantes réunies en faisceau. Jls sont tous barbus, et leur coiffure est une espèce de bonnet rond, d'où s'échappe une chevelure abondante, qui retombe jusqu'à la hauteur des