La chevelure des hommes est quelquefois enserrée dans une étoffe qui prend à peu près la forme d'un turban et d'où s'échappent des bijoux. Ce qui donne à ce turban une physionomie tout à fait particulière, c'est
f ig. 31S. — Danse (d'après une peinture de vase).
que les cheveux, n'étant pas rasés comme chez les Orientaux modernes, retombent sur le front en petites boucles serrées qui descendent presque jusqu'aux sourcils. Notre figure 318, tirée d'un vase peint, montre un exemple de cette disposition, qui d'ailleurs semble avoir été particulière à l'Asie Mineure et ne pas appartenir à la Grèce propre.
Les villes grecques d'Asie sont arrivées bien avant celles d'Europe à un degré de prospérité qui a donné au luxe un grand développement. Le vêtement est en général très-surcharge de dessins et formé de tissus d'une remarquable finesse.
Le costume de l'hoaime est empreint, bien plus que celui de la
LE COSTCME EN ORIENT.
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femme, d'un caractère oriental très-prononcé. Mais ce qu'ils présentent tous les deux de plus remarquable, c'est leur coiffure. Ce qui distingue en général la coiffure des habitants de la Lydie, ce sont les bijoux qu'ils placent dans leur chevelure, et les étoffes pailletées d'or avec
Fij. 319. Fig. 320.
Coiffures lydiennes {d'après des peintures de vases).
lesquelles ils retiennent leurs nattes (fig. 319, 320). La plupart des villes du littoral étaient habitées par des Ioniens dont la réputation de luxe et de mollesse était proverbiale en Grèce. A défaut des monuments, qui sont en somme peu nombreux, on a quelques fragments cités par Athénée, dans lesquels il est question de la couleur du vêtement.
«Douris,parlant du luxe des Samiens,cite les poésies d'Asius, selon lesquelles ils portaient des bracelets, laissaient flotter, par derrière, leurs cheveux sur les épaules, après les avoir artistement peignés, et célébraient ainsi les fêtes de Junon; usage, dit-il, qui se trouve confirmé par ce proverbe : « Aller au temple de Junon, les cheveux artistement entrelacés. » Or voici ce que dit le passage d'Asius : « C'est ainsi qu'ils se rendaient au temple de Junon, après avoir bien arrangé leurs «heveux, et vêtus d'habits brillants, sur lesquels ils avaient une robe blanche qui couvrait la terre autour d'eux. Des cigales d'or semblaient sortir de leurs boucles, tandis que par derrière, leurs cheveux artistement liés flottaient au gré du vent; à leurs bras étaient des bracelets richement ornés, et ils imitaient par là le guerrier qui se passait au bras le bouclier dont il se couvrait. »
11 nous est difficile d'avoir une idée bien nette des bijoux que portaient les femmes de l'Asie Mineure, les bijoux antiques trouvés dans
LE VÊTEMENT.
cette contrée étant trop peu nombreux pour former dans nos collections une classe pariiculière. Cependant, s'il est permis d'émettre une hypothèse, nous ne croyons pas être bien hardis, en supposant qu'ils devaient ressembler passablement aux bijoux grecs ou étrusques dont le style se rattache à l'art oriental. Nous pouvons ranger dans cette catégorie une pendeloque décorée de griffons ailés et à laquelle sont suspendues trois petites chaînettes (fig. 321).
Fig. 321. — Pendeloques.
LA DRAPERIE
Les vêtements sans coctlres. — La chlamïde. — Le pallium. Le péplos. — Le voile.
Les vêtements sans codtures. — On entend par draperie un tissu sans couture, et qui se porte tel qu'il sort de la fabrique, sans être découpé par un tailleur, ou modifié dans son plan suivant la mode d'un pays ou d"un temps. Un voile ou une couverture peuvent être portés comme vêtement, mais ils peuvent aussi servir à d'autres usages. Si au contraire nous prenons un pantalon, une jaquette ou une robe, nous voyons que le tissu qui les compose a été coupé et cousu en vue d'un usage déterminé. Ce sont donc des vêtements et non des draperies; ces vêtements se transforment sans cesse en subissant tous les caprices de la mode. L'étude de ces variations constitue l'histoire du vêtement dont la draperie peut faire partie, comme elle en peut aussi être absente. Or la grande différence qui existe entre le vêtement des peuples anciens et celui des peuples modernes, c'est que chez les premiers la draperie constitue la partie principale des vêtements de dessus, tandis que .chez nous elle n'entre pour presque rien dans le costume. A l'exception du manteau arabe et du plaid écossais, les derniers héritiers du vêtement antique, la draperie ne se montre nulle part chez les peuples modernes.
Il en résulte une impression assez singulière qu'on éprouve lorsqu'on parcourt un musée. Si c'est un musée de statues ou d'ouvrages antiques, on est frappé tout d'abord par l'allure presque uniforme des vêtements. Pendant les mille ans qui se sont écoulés de Pisistrate à Constantin, il semble que la mode n'ait pas exercé son empire ordinaire, et qu'on se soit vêtu par tradition sans laisser aucune place à la fantaisie. C'est le contraire qui arrive si l'on examine des tableaux ayant trait à l'histoire moderne; la diversité est telle, qu'il semble que chaque génération ait pris à tâche de se vêtir autrement que la précédente.
Cette impression de monotonie qui saisit presque toujours quand on entre dans une galerie de statues disparaît pourtant quand on exa-
LE VÊTEMENT.
mine en détail l'agencement des draperies antiques. Sans parler du vêtement de dessous qui présente un véritable costume et varie d"un peuple à l'autre, quelquefois même d'une ville à l'autre, on s'aperçoit bientôt que la draperie qui recouvre à peu près uniformément toutes les figures vêtues présente des différences assez notables qui proviennent, il est vrai, non de là coupe, mais de l'ajustement. 11 nous semble donc utile pour étudier le vêtement antique d'établir au début des grandes divisions, l'une consacrée à la draperie, qui est commune à toute l'antiquité, l'autre au costume proprement dit, qui varie d'un peuple à l'autre.
La draperie, telle qu'elle sortait de chez le fabricant, était de forme
Fig. 322. — Fils de Niobé ^stalue antique).
carrée ou plutôt rectangulaire. Elle présentait un aspect particulier et portait un nom différent selon la manière dont elle était ajustée. Les auteurs anciens sont très prodigues de noms appliqués au costume et
ces noms se rapportent tantôt à une partie du vêtement, tantôt à une manière de le porter, ce qui jette une grande confusion sur un sujet qui au fond est assez simple. Le personnage représenté figure 322 tient en main une draperie à laquelle on ne saurait donner aucun nom particulier, puisqu'il n'est pas vêtu ; c'est donc simplement une draperie. Ce personnage est un fils de Niobé qui a saisi sa draperie pour échapper aux flèches d'Apollon : il la ramène donc au-dessus de sa tête pour s'en servir comme d'un bouclier. On ne doit donc en aucune façon chercher ici l'attitude d'un homme qui se disposerait à s'envelopper de son manteau dans l'intention de s'en vêtir.
Cette même draperie, si on voulait s'en servir comme vêtement, pourrait s'ajuster au corps de différentes manières qui ont toutes un nom particulier dans les auteurs. Si on la jette autour de son corps pour s'en envelopper, mais sans la fixer dans un point déterminé, ce sera un pallhcm; si, pour s'en couvrir, on en lie les deux coins sur son cou à l'aide d'une agrafe, ou par tout autre moyen, ce sera une chiamyde. Enlin si une femme la prend et veut en faire une robe au moyen de plusieurs agrafes sur les épaules et d'une ceinture qui la rattache au corps, ce sera un ptplos. Il y a encore bien d'autres manières de la porter, mais elles se rapportent toutes aux trois types essentiels que nous venons de nommer et que nous allons maintenant étudier séparément.