La Dgure 330, d'après la statue du musée de Naples qu'on désigne sous le nom d'Aristide, nous montre une manière particulière de porter le pallium. Quand on le portait ainsi, on ne se servait pas davantage de broche, mais, au lieu de placer sur son dos le milieu de la couverture, on lui donnait à droite une plus grande longueur, afin qu'il fût possible de la rejeter jusque par-dessus l'épaule opposée; le bras droit était plié à peu près à angle droit, et n'avait de dégagé que la main, qu'on devait maintenir à la hauteur de la poitrine. L'ajustement du pallium dans cette manière présentait une assez grande difficulté, et lorsqu'il produisait de grands et beaux plis on considérait cela comme une marque de distinction, tandis que, s'il était mal posé, cela était un signe de gaucherie et de vulgarité. Pour le bien porter, il fallait prendre la partie supérieure du vêtement et la rejeter par-dessus l'épaule gauche, mais on n'obtenait pas toujours du premier coup la dignité d'allure que nous voyons ici. L'atiitude de la figure 330 est celle d'un orateur parlant à l'agora : elle est pleine de dignité, mais un peu froide. C'est sans doute ce qu'a pensé Démos-thène, qui, voulant donner plus de chaleur à son discours, préférait laisser le bras droit nu, ce qui nous ramenait à peu de chose près aux figures que nous avons vues précédemment.
Les femmes portaient des vêtements de dessus qui ne diffèrent pas essentiellement de ceux que nous venons de voir aux homme'^, bien que les archéologues leur donnent souvent des noms différents.
Les figures 331 et 332 nous montrent des manteaux de femmes enveloppant tout le corps sans le secours d'aucune agrafe et ne dif-
Fig. 330.
Pallium (d'après une statue du musée
de Naples).
LE VETEMENT.
férant pas beaucoup du pallium. Toutes deux sont prises dans des peintures de vases et elles portent le même ajustement, seulement Tune est en repos, tandis que l'autre accuse un mouvement de marche assez acceniué. Le vêtement de dessous apparaît sur le bras droit qui est demeuré libre et sur le bas du corps où il redescend jusqu'aux pieds. Le bras gauche est complètement enveloppé sous la draperie qui retombe en larges plis.
Fig. 331. — Le manteau sans agrafe. (Figure au repos.)
Fig. 332. — Le manleàu saus agralo, (Figure en mouvement.)
Quelquefois aussi les deux bras sont complètement cachés sous la draperie, qui est ramenée sur la tête comme un voile. La figure 333 nous offre un exemple de cette manière de porter la draperie, dont tous les plis sont motivés, comme on peut le voir, par le mouvement des bras. Le personnage représente Alceste qu'Hercule ramène à son époux après avoir vaincu la 'mort qui l'avait emportée. Elle a la têle enveloppée dans son manteau dont elle ramène les deux côtés qui retombent en plis par devant.
Dans d'autres monuments on voit les plis retomber sur les côtés ou bien par derrière. Voici, par exemple (fig. 33/i), une petite terre cuite
de Tanagra, où la femme porte également le manteau sur la tête.
Fiç. 333. — Femme se drapant sur la tête (d'après une peinture du musée de Naples).
mais le pan de la draperie a éié rejeté par derrière comme le montrent
j?jg. a34. Fjg. aaï.
Terres cuites antiques.
a.
34
LE VÊTEMENT.
les plis dessinés sur le cou. Cette femme a la main gauche complètement dégagée, et porte en arrière sa main droite, qui est probablement enveloppée par la draperie. Un autre monument du même genre (fig. 335) montre une femme dont les deux mains sont complètement cachées sous l'ample manteau dont elle est enveloppée, bien que leur place soit très-nettement déterminée par le mouvement qu'elles impriment à la draperie qui les recouvre. Notons, en passant, que cette draperie retombe jusqu'au bas du corps, tandis que la précédente ne descendait pas plus bas que le genou, ce qui prouve que les vêtements de dessus pouvaient être d'une grandeur très-différente. Le vêtement de dessus, bien que sa forme soit des plus simples, puisqu'il consiste en une pièce d'étoffe carrée ou rectangulaire, présente une très-grande variété, suivant la manière dont on veut le porter.
Que ferait maintenant cette femme si elle voulait prendre en main un fardeau, comme le montre la figure 336. Après avoir dégagé son
bras droit, elle ferait passer le pan de la draperie par-dessous ce bras devenu libre, et, pour l'empêcher de traîner, le rejetterait sur l'avant-bras gauche. La figure que nous reproduisons est tirée d'un bas-relief antique représentant Rhéa, qui présente à Saturne une pierre emmaillottèe, que le dieu avale aussitôt croyant avaler Jupiter.
Une terre cuite de Tanagra nous montre une femme assise et complètement enveloppée dans son manteau. L'ample draperie qui la recouvre n"est retenue par aucune agrafe. En effet, les draperies grecques ne diffèrent pas par la forme, mais simplement par la manière dont elles sont portées. C'est ce que nous allons voir en parlant du péplos, qui n'est qu'une draperie comme celle que nous venons de voir, mais qui, au lieu d'être jetée autour du corps comme nos châles, s'attache avec des agrafes.
Fig. 336. — Rhéa (d'après un bas-relief antique).
Le péplos. — Le péplos est une draperie sans couture qui s'ajuste au moyen d'agrafes ou de broches et qui peut être serrée autour du
LA DRAPERIE.
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corps à l'aide d'une ou deux ceintures. Quelquefois aussi il n'y a pas de ceinture du tout, comme dans la figure 337, où, le péplos étant livré à lui-même et tombant sans interruption du haut en bas, présente une disposition très-aisée à comprendre. C"est une grande pièce d'étoffe qui enveloppe entièrement le corps du côté gauche et dont les deux parties, en se rejoignant sur le côté droit, forment les grands plis qui de l'épaule redescendent jusqu'aux pieds. Des agrafes les relient en différents points. Cette manière de poiter le péplos se voit assez souvent sur les peintures de vases, mais on la trouve beaucoup plus rarement sur les statues et les bas-reliefs, dans lesquels on voit généralement une ou deux ceintures rattachant le vêtement autour du corps. L'usage de la double ceinture est extrêmement ancien, car on la voit représentée sur les monuments de la période arciiaïque. Quand les deux ceintures sont employées, la première a pour mission de fixer le vêtement autour de la taille, et la seconae remédie à la
Flg. 337. Femme portant le péplos.
Flg. 338. — Patron.
trop grande longueur de l'étoffe, qui sans ce secours traînerait souvent
LE VETEMENT.
à terre. Le redoublement de cette étoffe produit à l'aide de ces cordon ces sortes de secondes jupes que l'on voit fréquemment sur les statues antiques.
Fig. 339. Fig. 340.
statuettes d'Heroulanum.
La figure 338 va nous faire comprendre le vêtement de dessus des femmes grecques. Le plan nous montre que sa forme générale est carrée ou plutôt rectangulaire; mais il n'est pas toujours aisé de comprendre comment cette pièce d'étoffe produisait les plis que nous voyons dans les statues. Avant de s'en servir, il fallait la plier d'une manière particulière. — D'abord on pliait par le haut la pièce entière A B C D en ligne E F, ce qui la réduit au parallélogramme E F C D, la ligne A B coïncidant par derrière avec la ligne G H sur le devant. Ensuite on la pliait en deux par le milieu, suivant la ligne I K L et l'on amenait le côté F C à coïncider avec le coté opposé E D, la portion de l'étoffe dont on avait fait un repli restant en dehors, de sorte que le tout se trouvait enfin réduit à [la figure E D L I, qui est double et entièrement fermée d'un côté IK L, tandis qu'elle est ouverte dcl'autreE G D. Alors voici comment on mettait la palln : la personne