LE VÊTEMENT.
pallium n'offre rien de particulier, mais nous appellerons l'attention sur ses bottines retroussées par le haut, comme dans la figure 358.
Voici maintenant (fig. 364) un personnage qu'on prendrait au premier abord pour un page suivant sa châtelaine, ou plut(M encore pour une femme jouant le rôle de page. C'est une femme, en effet, qui est représentée ici ; seulement, cette femme est une amazone, dont le costume ne rappelle en rien celuique la tradition attribue à ces héroïnes. Elle est prise dans un superbe vase du Louvre, connu sous le nom de vase d'Androcidès. Du même vase est tirée la petite scène représentée sur la figure 365. On y voit deux amazones vêtues tout autrement que la précédente, et dont lune, qui parait être d'une extrême jeunesse, est montée sur un cheval, tandis que l'autre, qui est d'une beaucoup plus grande taille, marche devant en tenant une lance. Le casque placé en bas de la figure est d'une forme très-déterminée qui permet de le rattacher à une époque peu éloignée de
celle où Pisistrate usurpa le pouvoir à Athènes. Mais les vêtpments que
le peintre de vase a donné à ses figures sont-ils
la reproduction de ceux qu'on portait de son
temps? C'est ce qu'il est difficile de dire d'une
manière positive ; la scène représentée se rattachait à une légende d'une date fort ancienne,
mais qui, à ce moment, était très populaire.
11 est probable néanmoins que si le costume
a été arrangé pour la circonstance, il n'est pas
non plus de pure fantaisie et qu'il devait rappeler d'assez près les vêtements qu'on portait à
l'époque oii le vase a été exécuté. Quand les
peintres du xiv siècle représentent des scènes
de la Passion, ils ne manquent pas de donner
à leurs personnages les vêtements qu'ils
voyaient à leurs contemporains, par la raison
qu'ils n'ont pas l'idée d'un vêtement aymt une autre forme. Il est
Fig. atia. — Un ambassadeur.
Pig. 304. — Figure du use il iodrocidès
bien probable qu'il ca était de même pour les peintres de vases, et il n'y a aucune témérité à supposer que le justaucorps représenté sur
Fig. 3'35. — Scêno du vaso d'Aadrocidès.
la figure 36!i et le petit capuchon de forme singulière, dont est coiffée la jeune fille à cheval dB la figure 365, reproduisent des formes de vêtements gui existaient dans une époque antérieure aux guerres mé-diques. Une autre remarque à propos de ces figures : ces amazones ont des boucles d'oreilles, et ce bijou apparaît rarement dans les monuments d'une date postérieure où ces héroïnes sont représentées.
LE COSTUME ROMAIN
La toge. — L,\ TCNiQiE. — Le vêtement des femmes. Le costume étrdsqde.
La toge. — La toge est le vêtement distinctif du citoyen romain. Quelles que fussent sa classe et sa position sociale, il y avait droit et il était fier de la porter. Un étranger ne pouvait pas se vêtir de la toge, et quand un Romain, par le bannissement, avait perdu le droit de cité, il devait la quitter; tant qu'il était citoyen romain, il la gardait même en pays étranger. Les esclaves n'avaient pas la toge, parce qu'ils n'étaient pas citoyens.
La loge ne se portait pas dans toutes les circonstances de la vie : vêtement pacifique, on devait l'abandonner quand on partait à la guerre; vêlement incommode pour les mouvements, on le quittait à table pour mettre la synthcse, et les travailleurs, lorsqu'ils étaient à l'ouvrage, ne gardaient que la tunique. Originairement, la toge était en laine ; mais, à la fin de l'empire, on en fit de diverses étoffes. La couleur naturelle de la laine était primitivement celle de la toge. Mais les pauvres employaient une laine sombre et foncée pour éviter les dépenses de blanchissages fréquents {pulla vestis). En revanche, les riches portèrent des toges d'une extrême blancheur, et on employait, pour en augmenter l'éclat, des préparations spéciales. Ceux qui briguaient une charge devant le p.euple se présentaient couverts d'une toge très-blanche : on les appelait, à cause de cela, candidati (vêtus de blanc) ou candidats. La toge de l'empereur était de pourpre.
La toge vient des Étrusques ; mais la forme et la grandeur de ce vêtement a beaucoup varié, ainsi que la manière de l'ajuster. Dans les temps primitifs, la toge se mettait directement sur la-peau et sans tunique. Quelques monuments nous autorisent à penser que la draperie que les peuples de l'Italie ancienne portaient comme vêtement de dessus ressemblait beaucoup au palliimi des Grecs. La figure 366 montre cette draperie sur un personnage vu de dos, et dont l'épaule ei le bras droit sont nus. Elle est bordée d'une riche broderie et retombe par derrière en plis abondants. Les deux épaules sont couvertes dans
LE COSTI'ME ROMAIN.
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la figure 3G7; et, ici, le pan do la draperie, au lieu d'être rejeté en arrière, passe sur l'épaule gauclie et descend en grands plis droits par devant. Pour la manière de porter ce vêtement, nous ne pouvons que renvoyer à ce qui a été dit plus liaut à propos de la draperie grecque avec laquelle celle-ci présente une parfaite analogie.
Cette draperie est-elle une toge? 11 est permis d'en douter, puisque la nature des plis semble indiquer une draperie rectangulaire comme
Fig. 366. — Vêtement de dessus. Vu de dos.
Fig. 367. — Vùtement de dessus. Vu de cûté.
le pallium, tandis que, suivant Denys d'Halicai nasse, la toge avait la forme d'un demi-cercle. Au reste, quoique la toge soit représentée sur un très-grand nombre de monuments, il y a beaucoup d'incertitude sur l'histoire de ce vêtement. Chez les Étrusques, la toge était fort petite et ne pourrait, dans aucun cas, produire les beauxplis que nous voyons sur les statues de l'époque impériale. Quand on posait la toge sur le <los, on s'arrangeait de façon à donner un peu plus d'étendue au côté que tenait la main droite qu'à celui qui était pris par la main gauche. Lorsque le vêtement était ainsi posé sur le derriè.'-e du cou, de manière que les deux extrémités pendissent verticalement par devant, on relevait le côté droit sous le menton et on le rejetait par-dessus l'épaule gauche; on pouvait avoir ainsi une toge qui enveloppait complètement l'individu comme un manteau. Mais, plus habituellement, on la faisait passer par-dessous l'aisselle droite avant de la rejeter sur l'épaule II. 37
gauche, de manière à conserver au bras droit la liberté de ses mouvements.
C'est exactement le mouvement que nous a montré lu personnage représenté sur la figure 366.
Cette petite toge, qui est celle des Étrusques, n'apparaît jamais dans la période impériale: c'est celle qu'on désigne communément sous le nom de toga reslricta.
Comment ce vêtement étriqué s'est-il transformé pour devenir l'ample toge des sénateurs romains? Les monuments de l'époque intermédiaire nous font malheureusement défaut sur cette période. Nous savons seulement que la toge a été, dès le début, le vêtement national des Romains et n'a jamais cessé de l'être. Sous Auguste, la toge prend un caractère monumental, comme la perruque au temps de Louis XIV ; mais ce vêtement ample et superbe n'est assurément pas commode, car la masse du peuple tend de plus en plus à adopter les costumes importés de l'étranger et la toge, que tous les citoyens continuent à avoir le droit de porter, devient peu à peu, comme la robe de nos magistrats, l'apanage à peu près exclusif de ceux qui briguein ou qui exercent les fonctions publiques. Car il ne faut pas s'y ti'omper : si les statues qui représentent des Romains sont toujours drapées de la toge, c'est qu'elle est demeurée le costume national; mais elle n'est pas pour cela le costume habituel. Dans les rues de Rome, ceux qui portent la toge sont ceux qui se rendent au Forum ou ceux qui vont rendre visite à quelques personnages puissants; mais ks autres sont bien plus nombreux, et on se ferait une idée très fausse de la population romaine si on la jugeait d'après Jes statues. Pour qu'un pareil vêtement put être porté à l'habitude, il faudrait supposer un climat où il ne ferait jamais chaud, car la toge devait rendre cette chaleur insupportable; où il ne pleuvrait pas, car ce long vêtement qui traîne jusqu'à terre s'emplirait immédiatement de boue ; où il n'y aurait pas de vent, car si le vent s'engouffrait dans les plis de la toge, il serait impossible d'avancer, etc. Aussi les hommes en toge se faisaient porter en litière quand ils allaient dans un quartier éloigné ; ils se promenaient gravement sous les portiques, mais ils ne formaient pas, sous l'Empire du moins, les foules qui circulent dans les rues d'une grande ville ou qui en encombrent les places.