Outre la toge, qui est le costume du citoyen, et la tunique, qui est un vêtement dô dessous, nous trouvons des vêtements qui ne figurent presque sur aucun monument, mais qui étaient employés très-fréquemment par les Romains. En voyage, par exemple, on portait la pénule, espèce de manteau sans manches, fermé jusqu'en haut par des points de couture, et qui était pourvu d'un capuchon. Dans son plaidoyer en faveur de Milon, Cicéron dit que son client était vêtu d'une pénule et s'appuie sur ce fait pour prouver qu'il n'a pu attaquer Clodius. En effet, ce vêtement devait être fort incommode pour la liberté des mouvements.
La laccrne, manteau ouvert par devant et fixé sur l'épaule par une agrafe, était également fort employée. On la mettait quelquefois pardessus la toge, lorsqu'il pleuvait. Ce vêtement était également pourvu d'un capuchon. Les auteurs parlent fréquemment de ces vêtements; mais, sur les monuinents, les Romains apparaissent toujours vêtus do la tunique et de la toge.
Le vêtement des femmes. — La tunique servait de vêtement de dessous aux femmes comme aux liommes; mais, au lieu de s'arrêter au-dessus du genou, elle descendait jusqu'aux pieds. Primitivement la tunique était toujours en laine, et ce fut seulement lorsque les relations avec l'Egypte devinrent plus fréquentes qu'on commença à porter des tuniques de lin.
Parmi les vêtements de dessus, le vêtement national était la slole, qui était pour les femmes à peu près ce qu'était la toge pour les hommes.
La stole est une longue robe, quelquefois pourvue de manches, qui se plaçait par-dessus la tunique. Un ample manteau, qui ne laissait pas voir la taille, était ordinairement jeté par-dessus cette robe, en sorte que les dames romaines, lorsqu'elles étaient à la promenade, étaient à peu près invisibles. La figure elle-même, la seule partie qui fût découverte, était en partie masquée par le voile que les Romaines portaient presque toujours.
La statue d'Agrippine, que reproduit la figure 370, nous montre le vêtement que porte une dame romaine dans son appartement. Elle est assise et la robe de dessous apparaît dans la partie supérieure du
LE COSTUME ROItlAIN.
205
corps, où l'on voit Irès-bien la disposition des manches, qui ne descendent pas plus bas que le coude, et du vêtement de dessus, qui entoure les membres inférieurs. Si la femme se levait, elle ajustait
Fig. 3"0. — Slatui) d'Agrippiue.
sa draperie d'une autre manière pour en couvrir ses épaules, et la ligure 371 va nous montrer comment on doit s'y prendre. Elle commence par jeter sur son bras gauche un pan du manteau; il passe ensuite sous le bras droit, pour revenir par derrière le corps sur l'épaule gauche, et, en retombant, il recouvrirait la main et tout le bras gauche si, par un mouvement plein d'élégance, la jeune fille ne retenait la dryperie avec la main droite. 11 faut observer que, sous cette draperie, la jeune fille romaine porte une tunique longue qui motive les plis serrés qui recouvrent les jambes, et ceux de l'épaule droite.
Nous allons voir maintenant comment se présente la femme romaine lorsqu'elle a le haut du corps enveloppé dans son vêtement de dessus. Une statue du musée de Naples, la femme de Balbus, représentée sur la figure 372, nous montre une femme romaine avec son manteau le
LE VÈTEMKNT.
plus ample. Après avoir jeté sa draperie autour de son corps, de manière qu'elle redescende pi'esque jusqu'aux talons, elle a dégagé sa
main droite avec un mouvement qui rappelle celui de la statue d'Aristide, dont nous avons parlé à propos du costuuic grec, et que nous avons reproduit plus haut dans la figure 330. Il suffit de voir ces deux figures à côté lune de l'autre pour comprendre que le manteau des dames romaines, qui est quelquefois appelé palla, présente les plus grands rapports avec le pallium des Grecs et devait s'ajuster de la même manière. Quelquefois il est bordé de franges, comme nous le montre la statue de Julie ^lig. 373); mais .'^a forme générale est exactement la même.
Ce vêtement est celui qu'on voit le plus ordinairement représenté. Voici maintenant (fig. 37/|) un costume qui est peut-être unique sur les monuments, mais auquel pourtant plusieurs auteurs anciens paraissent faire allusion. Sa longue tunique à manches courtes est recouverte d'un manteau d'une forme particulière qui est d'origine lacédémonienne, c'était primitivement une sorte de sac percé d'un trou par lequel on passait la tête ; plus tard, on y mit aussi des ouvertures pour les bras. C'était un vêtement do voyage qu'on employait pour se préserver du froid ou de la pluie, et qui était quelquefois fait avec une peau dont les poils se mettaient à l'extérieur. Les soldats le portaient fréquemment lorsqu'ils allaient en campagne, mais les femmes en usaient bien rarement : toutefois, comme cette statue représente Diane, il n'est pas déplacé sur la déesse de la chasse. Les vêtements des femmes étaient dos couleurs les plus variées, surtout sous l'empire, et la foule, qui circulait sous les portiques ou dans les promenades publiques, devait offrir un aspect des plus bigarrés. Tous les auteurs anciens sont d'accord sur ce point. Voici d'abord ce que dit Ovide dans son poëme sur VArl d'aimer :
« Je ne veux point d'étoffes tissées d'orni de laine trempée deux fois dans la pourpre de Tyr. Lorsque nous possédons tant de belles couleurs
■ Jeuue liUe rumuine.
LE COSTUME ROMAIN.
297
d'un moindre prix, quelle est cette fureur de porter tout son revenu sur son corps? Nous avons la couleur du ciel lorsqu'il est sans nuage,
l'ig. '612, — r'emme. (Famille Balbus.)
Fig. '613. — Julie en Cerès.
lorsque la chaude haleine de l'autan n'amène pas la pluie. Nous avons celle do ce bélier, qui jadis servit à Phryxus et à Hellé, pour échapper aux artifices d'iiio. Celle-ci, qui imite le reflet des eaux, en a aussi tiré son nom ; je croirais volontiers que les nymphes en sont revêtues. Celle-là imite le safran ; c'est la couleur dont se couvre la déesse qui verse la rosée, lorsqu'elle attelle ses coursiers qui ramènent le jour. L'une nous rappelle les myrtes de Paphos, l'autre la pourpre de l'améthyste ou la rose pâlissante, ou la grue de Thrace. Nous avons encore celle de vos châtaignes. Amaryllis, et celle des vertes amandes. La cire même a aussi donné son nom aux étoffes. Autant la terre produit des fleurs différentes lorsque, au reiour du printemps, la vigne se couvre de bourgeons et le triste hiver disparaît, autant ou plus encore la laine prend diverses couleurs. »
S98
LE VÊTEMENT.
Les vêtements portaient souvent des noms différents, suivant la couleur dont ils étaient teints, ce qui fait que les auteurs anciens
emploient très souvent, en parlant du costume, des termes qui n'impliquent nullement une différence dans la forme du vêtement, mais seulement dans la teinte. « Et ces femmes, dit Plaute, quels nouveaux noms n'inventent-cllcs pas tous les ans? La tunique transparente, la grosse tunique, la robe à franges, la chemisette, la robe brodée, la jaune souci, la safran, la jupe do toile ou de gaze, la robe montante, la négligée, la royale, 1 "étrangère, la vert de mer, la festonnée, la jaune de cire, la jaune de miel et tant de fariboles. Elles ont été jusqu'à prendre un nom de chien! N'ont-elles pas leurs laconiennes? (les chiens laconicns avaient le poil fauve.) Et c'est pour tous ces beaux noms que les hommes en viennent à vendre leurs biens à l'encan. »
Les Pères de l'Église se sont, à leur tour, élevés contre la recherche des couleurs dans le vêtement : « 11 faut, dit saintCléinent d'Alexandrie, rejeter les couleurs éclatantes; elles sont inutiles et attirent à la corruption de ceux qui s'en parent de justes reproches. Ces vêtements magnifiques n'ont rien de plus que les autres pour défendre contre le froid. Toutes ces innombrables couleurs de mille sortes différentes sont le fruit d'une pensée pernicieuse qui détourne les vêtements de leur usage naturel pour les faire servir seulement aux plaisirs des yeux. Loin de nous donc tous les habits où brille l'or, où la richesse des couleurs se mêle à celle des parfums, et sur lesquelles sont imprimées les trompeuses images des fleurs, des plantes et des animaux. »