La coiffure chez les Romains. — Les Romains ne tenaient pas moins que les Grecs à leur chevelure. Les très jeunes gens portaient la chevelure flottante, mais quand ils arrivaient à la puberté, ils la consacraient à Apollon. Les hommes portaient en général les cheveux courts, et quand ils avaient échappé à quelque grand danger, ils les rasaient complètement. La manière dont les cheveux étaient arrangés a varié suivant les temps: sous la République, ils étaient courts et droits, comme on le voit sur le buste de Brutus. Ils furent au contraire frisés sous l'Empire et redescendaient sur le front pendant le règne d'Auguste et de Tibère. Sous Néron, ils ne descendirent plus autant sur les sourcils, et on imagina de les rejeter en arrière. Les cheveux sont très bouclés au
temps do Domitien, mais sous Philippe et Gordien, ils redeviennent droits.
Les dames romaines se servaient de fers chauds pour friser leur
chevelure, dont les boucles formaient quelquefois plusieurs étages
(fig. ii07). « Les femmes, dit Tertullicn, tournent leurs cheveux à
droite, et se servent pour cela d'une aiguille qu'elles manient déli-
II. . 40
Fig. 40". — Julie, fille de Titus.
LE VÊTEMENT.
catement pour agencer leurs cheveux : la raie qu'elles laissent sur le
devant les font reconnaître pour femmes mariées. »
On a donné différents noms aux différentes manières que les dames
romaines employaient pour s'arranger les cheveux (fig. /|08, /|09, filO, 411,/|12,/il3, fjlïi, 415 et 416). Ainsile Tutulus est le nom d'une coiffure qui consiste à rassembler les cheveux au sommet de la tête en forme de cône, par-dessus lequel on mettait souvent un voile. L'Annulus est une coiffure où les cheveux sont arrangés en cercle comme des anneaux autour du derrière de la tête, comme on le voit dans Plotine, femme de Trajan. Quand les boucles sont disposées par rangées superposées l'une sur l'autre, c'est le Gradus, et la boucle pendante en tire-bouchon comme une vrille ou le tortillement d'une frange est le Cincinnus. Enfln le Torus est une chevelure
il grosses tresses,, ou pour mieux dire une corde de cheveux.
408. — Coiffure romaine.
Fig. 409.
Fiï 410.
Coiffures romaines.
Les Grecs', et les Romains gardaient leur chevelure naturelle et la perruque n'était pas pour eux une nécessité comme pour les Égyptiens. Mais ils ajoutaient à leurs cheveux de grosses tresses pour en augmenter le volume. Cet usage, qui a probablement existé de tout temps, est devenu universel sous l'empire, à l'époque surtout où les femmes se
LA COIFFURE.
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sont mises à porter sur !a tête un véritable monument de tresses et de nattes. C'est à cela qu'Ovide fait allusion dans son Art d'aimer lorsqu'il
Fig. 4U.
Fig. 413
Coiffures romaines.
dit aux femmes: « Vous avez mille manières de voiler vos défauts : les nôtres sont difficiles à cacher. L'âge fait tomber nos cheveux, comme Borée abat les feuilles des arbres. Une femme cache la blancheur des siens avec des herbes de la Germanie et l'art lui fournit une couleur plus belle que la couleur véritable. Une femme peut se parer d'une épaisse chevelure qu'elle aura achetée : avec de l'argent elle répare,
Fig. 413.
Fig. 414.
Coiffures romaines.
par des cheveux étrangers, la perte des siens. Elle ne rougit pas de faire ouvertement cette empiète. »
LE VÊTEMENT.
Les dames romaines, qui avaient généralement les cheveux noirs, mais qui étaient passionnées pour les cheveux d'un blond éclatant, portaient souvent des perruques blondes qui étaient montées sur des peaux de chevreau et qui étaient quelquefois rehaussées de poudre dor. C'est en général de Germanie qu'on faisait .venir ces perruques.
On attachait une telle importance à la couleur des cheveux, que le.s femmes qui portaient les leurs avaient presque toujours soin de les teindre. On employait pour cet usage diverses préparations, telles
Coiffures romaines.
Fig. 41G.
qu'une infusion de brou de noix, ou de la lie de vinaigre mêlée à de-l'huile de lentisque. On fabriquait aussi un savon composé de cendre de hêtre et de suif de chèvre; ce savon, qui était tantôt en pâte, tantôt liquide, venait de la Gaule.
Tous ces usages ont été flétris par les Pères de l'Église. « Nous ne devons pas, dit saint Clément d'Alexandrie, changer par des couleurs artificielles la couleur naturelle de nos cheveux et de nos sourcils. S'il nous est défendu de porter des habits de couleurs différentes et mélangées, il nous l'est à plus forte raison de détruire la blancheur de nos cheveux, qui est une cause de respect et un signe d'autorité. »
Les chrétiens cependant cédaient souvent à l'entraînement général; non seulement ils teignaient leurs cheveux, mais encore ils portaient perruque. Aussi ils s'attiraient quelquefois de sévères admonestations. Tertullien, les blâmant des soins excessifs qu'ils prennent de leur chevelure, ajoute : « Vous faites encore quelque chose de pis que cela.
VOUS attachez à vos cheveux naturels je ne sais quelle énormité de cheveux étrangers, tantôt en forme du fourreau de tête, tantôt en forme de bourrelet. Je me trompe fort si ces manières ne combattent pas directement le précepte du Seigneur. Il a prononcé que personne ne pourrait rien ajouter à sa taille ; cependant vous appliquez des perruques élevées en rond sur vos têtes, comme si vous vouliez les armer de boucliers. Si ces énormités ne vous font pas honte, rougissez au moins de la faute que vous commettez en les portant. Ne parez pas vos têtes saintes et chrétiennes de la dépouille de quelques têtes étrangères qui sont peut-être impures, malsaines et condamnées aux peines de l'enfer. »
Saint Clément d'Alexandrie est encore plus explicite : « Par-dessus tout, dit-il, les femmes doivent éviter de placer sur leurs têtes des cheveux qui aient appartenu à la tête des autres. Cet usage est souverainement impie. A qui, en effet, le prêtre imposera-t-il les mains? A qui donnera-t-il sa bénédiction? Ce ne sera point certes à cette femme, mais aux cheveux trompeurs qu'elle porte, et par ces cheveux, à une tête qui n'est pointla sienne. »
Les admonestations sévères des Pères de l'Église suffiraient pour montrer l'importance qu'on attachait à la coiffure sous l'empire romain. « Quant aux femmes, dit saint Clément d'Alexandrie, il doit leur suffire de rendre leurs cheveux plus dociks et de les retenir dans les nœuds modestes d'un simple ruban; plus leur chevelure est simplement arrangée, plus leur beauté est waie et digne de la pudeur de leur sexe. Tous ces plis, toutes ces tresses, ces boucles qu'elles entrelacent les unes dans les autres, les font ressembler à des courtisanes et les enlaidissent au lieu de les embellir, en leur faisant arracher violemment ceux de leurs cheveux qui n'obéissent point à leurs caprices. La tête ainsi couverte d'ornements fragiles, elles n'osent point y porter les mains; elles craignent même de se livrer au sommeil de peur de détruire, sans le vouloir, ces parures bizarres et artificieuses qui leur ont coûté tant de soins.
« Toutes ces bandelettes, tous ces réseaux de formes et de couleurs différentes dont elles attachent et enveloppent leur chevelure; toutes ces tresses innombrables qu'elles enlacent les unes dans les autres avec mille soins curieux et recherchés; tous ces miroirs de forme et de matière magnifique à l'aide desquelles elles composent leur visage et leur maintien, afin de mieux séduire ceux qui, comme des enfants privés de raison, se laissent prendre à ces trompeurs appas ; tous ces soins.